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France / Zone euro / Entretien

Crise économique en zone euro: il faut «une approche plus coordonnée»

Le nouveau commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici, à Bruxelles, le 4 novembre 2014.
Le nouveau commissaire européen aux Affaires économiques Pierre Moscovici, à Bruxelles, le 4 novembre 2014. REUTERS/Yves Herman

4,5% du PIB en 2015, 4,7% en 2016, c'est le déficit public de la France sur lequel table la Commission européenne, arguant du fait que la situation économique dans le pays risque de s'aggraver. La France mauvaise élève de la zone euro, réalité ou exagération. Entretien avec Christophe Blot, directeur adjoint au département analyse et prévision de l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques).

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RFI : Vous critiquez les prévisions de la commission européenne ?

Chritophe Blot : Des critiques à la fois sur le schéma de croissance prévu pour 2015 mais aussi sur le déficit prévu pour l’année 2016. C'est-à-dire que dans l’exercice de prévision fait par la Commission européenne, pour l’année 2016, - et ce chiffre est de 4,7 % pour le déficit budgétaire - la Commission n’intègre pas les éventuelles mesures qui seront prises et votées par le gouvernement en fin d’année 2015. Donc de fait, c’est à politique économique inchangée, or il est peu probable que ce scénario se réalise. Donc le déficit prévu pour l’année 2016 ne sera pas le déficit probablement du gouvernement parce qu’il y aura des mesures de politique économique.

Cela veut-il dire pour vous que la Commission européenne va trop loin ?

Il y a deux éléments. Si on regarde juste sur l’année 2016, elle résonne toujours de cette façon-là, donc c’est l’hypothèse qu’elle prend, donc il ne faut pas surinterpréter les chiffres qu’elle donne en matière de déficit budgétaire pour 2015. Ensuite, il y a la question des mesures de politique économique qui sont prises dans la zone euro et en France depuis le début de la crise 2010 et 2011, qui mettent en avant une politique de consolidation budgétaire et de réduction des déficits pour l’ensemble des pays de la zone euro, et qui a conduit à la double récession dans laquelle est entrée la zone euro à partir de 2011. Donc évidement, les politiques économiques suivies ont un rôle majeur dans la crise économique qu’a traversée la zone euro et son absence de reprise depuis 2008-2009.

Ça veut dire que les politiques d’austérité ont fait leur temps, il faut passer à autre chose ?

Dès le départ, on pouvait se rendre compte que ces politiques auraient un effet négatif sur l’activité, c’est un élément bien connu du débat de politique économique. La question était à la rigueur de savoir quelle aurait été l’ampleur de l’effet négatif. Il se trouve que cet effet négatif a probablement été sous-estimé par la Commission, mais pas uniquement, par le FMI qui l’a reconnu dans une publication où il disait : "on a sous-estimé l’effet négatif des politiques budgétaires". A partir de ce moment-là, on n’a pas tenu compte de ce qu’on observait. C'est-à-dire que, du fait que la zone euro entrait en récession et qu’un certain nombre de pays ne parvenait pas à s’en sortir - je pense notamment à l’Espagne, à la Grèce ou au Portugal -, on n’a jamais su dire à ce moment-là, il aurait fallu arrêter, ralentir l’austérité, réfléchir à une autre politique économique, ce qui n’a pas été fait.

C’est quoi une autre politique économique, quelles sont les alternatives aujourd’hui ?

Dans la mesure où l’un des éléments principaux de la crise est une austérité budgétaire excessive, il aurait fallu repenser cette austérité budgétaire, de façon à ce qu’elle soit moins drastique. Probablement qu’on n’aurait pas pu se passer d’austérité budgétaire dans un certain nombre de pays, mais il aurait fallu qu’elle soit moins forte. On a atteint des niveaux de consolidation budgétaire historique en Grèce ou en Espagne. Il aurait fallu probablement éviter d’aller aussi loin dans les mesures qui ont été prises.

Un autre élément important était qu’on a synchronisé les restrictions budgétaires à l’ensemble des pays en même temps. Et comme nos pays européens sont fortement interdépendants, les effets négatifs des uns se sont reportés sur la croissance des autres, et comme tout le monde a fait la même chose, ça a été la catastrophe qu’on a pu observer. Il aurait fallu moins d’austérité et essayer d’avoir une approche plus coordonnée et d’envisager des moyens de relancer l’activité économique comme semble aujourd’hui décidée à le faire la Commission européenne via un plan d’investissement.

La croissance passera-t-elle automatiquement par l’investissement ?

C’est un élément assez important. Aujourd’hui on voit que l’investissement privé est en panne, on ne fait pas d’investissement public ou peu, parce qu’on a ces mesures d’austérité budgétaire qui sont mises en œuvre. Une façon de s'en sortir aujourd’hui est de dire qu'il faut un plan d’investissement, qui fait de la demande à court terme, qui peut permettre d’avoir des effets positifs sur la croissance à long terme et pour faire ce plan, il faut une initiative publique assez importante.

Quels sont les atouts de la France pour se sortir de cette situation et aller vers ces investissements ?

On voit que la France a des atouts économiques assez importants. On a un niveau d’éducation dans la population qui est élevé, on a un rôle central dans l’économie européenne, à la fois par la taille de notre activité économique et par notre position géographique. Il y a un niveau de la productivité de la main d’œuvre qui est élevé, même si au gré de la crise, il a pu évoluer. Il y a des forces qui sont importantes, il y a aussi une interdépendance avec nos autres partenaires économiques de la zone euro qui font que cette dynamique française doit s’inscrire dans la dynamique de l’ensemble des pays de la zone euro. Donc la réponse à la crise n’est pas uniquement française, elle est dans la coordination des politiques économiques et des bonnes politiques économiques au niveau européen.

Et c’est réalisable rapidement, selon vous ?

C’est là malheureusement la principale difficulté. Au niveau politique, on voit bien que ça coince, il n’y a pas d’accords très forts entre les différents pays. Certains poussent pour la poursuite de l’austérité budgétaire. La France essaie de pousser pour un plan d’investissement, peut-être un peu trop timidement. Le blocage est plus politique que sur les mesures qu’on peut prendre, c'est quel est le degré de consensus sur lequel on arrive à s’entendre entre pays européens.

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