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Economie

Emmanuel Macron: il faut «créer plus de mobilité dans notre économie»

Emmanuel Macron, le ministre français de l'Economie est en déplacement pour la première fois en Asie.
Emmanuel Macron, le ministre français de l'Economie est en déplacement pour la première fois en Asie. REUTERS/Charles Platiau

Emmanuel Macron, le ministre français de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, est en visite officielle en Corée du Sud depuis dimanche 23 novembre. Il partira ce lundi soir pour le Japon, où il restera jusqu’à mardi. A Séoul, le ministre a rencontré la communauté d’affaires française, ainsi que son homologue coréen Yoon Sang-jick. Les deux hommes ont lancé le premier forum franco-coréen sur les industries innovantes, qui doit favoriser la coopération entre les entreprises des deux pays notamment dans le secteur de l’automobile, de l’« e-santé » et des nanotechnologies. Emmanuel Macron a répondu aux questions de notre correspondant à Séoul, Frédéric Ojardias.

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RFI : Quelles sont les raisons de votre première visite en Asie ?

Emmanuel Macron : C’est en effet mon premier voyage en Asie, en Corée puis au Japon, parce que ce sont deux partenaires économiques et industriels importants pour la France. Pour ce qui est de la Corée, nous avons aujourd’hui des relations déjà fortes, plusieurs entreprises sont présentes. Le président de la République et la présidente coréenne ont, l’année dernière, souhaité un renforcement de ces relations.

Je viens ici aussi parce qu’il y a la première réunion de ce forum industriel pour l’innovation avec plusieurs priorités sectorielles sur le véhicule autonome, sur la nanotechnologie, sur « l’e-santé » également, qui sont trois secteurs-clés. La Corée, comme le France, veut véritablement prendre aujourd’hui le tournant de la révolution industrielle du numérique. Mon souhait, c’est que nous puissions renforcer la coordination de nos économies et de nos échanges.

On observe en Corée un esprit d’entreprenariat très fort, une volonté d’aller vers l’avant. En France, c’est plutôt le sentiment inverse, celui du défaitisme, qui semble prédominer ?

La France est un pays d’entreprenariat. Le mot entrepreneur est un mot français, il ne faut jamais l’oublier. En France, il y a énormément d’entrepreneurs. Il y a simplement un microsystème, un écosystème politique, journalistique, etc. qui passe son temps à regarder les mauvaises nouvelles. Je ne connais pas assez le fonctionnement du microcosme coréen pour le comparer. Mais je pense qu’en France, c’est le même esprit qui nous anime. Aujourd’hui, j’ai emmené beaucoup de PME comme de grands groupes avec moi, je peux vous dire qu’il n’y a que des gens enthousiastes qui veulent entreprendre.

La France maintenant doit accélérer sa modernisation, elle doit renforcer son action et ses réformes pour sortir de cette forme de langueur que certains peuvent avoir. Mais des entrepreneurs, nous en avons, des idées, nous en avons. Il faut leur laisser toute liberté pour déployer cette énergie.

Vous avez déclaré : « On peut défendre les 35h sans les mettre sur un piédestal ». Est-ce que vous pensez que les 35h sont un frein à la relance de l’économie ? Que voulez-vous faire concrètement quand vous parlez d’adaptation des 35h ?

Les 35h ne sont en rien un frein à l’adaptation de notre économie. J’ai eu l’occasion de le dire, les 35h ont été une conquête sociale et c’est un progrès. Mais ce qui est dans la loi, n’est pas forcément applicable partout et en toute circonstance, de la même façon, de manière intelligente. On parle tous les jours du temps de travail en France dans des accords d’entreprises ou dans des accords de branches. Contrairement à ce que les gens peuvent penser, c’est un débat permanent. Les 35h ont aussi donné de la flexibilité d’organisation aux entreprises. Nous avons fait une réforme en 2013, importante, qui a permis pour les entreprises qui connaissaient quelques difficultés de pouvoir s’adapter un peu plus.

Je pense que c’est sur cette base qu’il faut pouvoir travailler parce que quand il y a un accord majoritaire, quand les partenaires sociaux se mettent d’accord, il y a toujours la possibilité de pouvoir adapter les règles aux conditions de l’entreprise, de manière juste pour les salariés et pertinente pour tout le monde.

Donc je vois bien les réactions des uns, des autres… Je pense qu’elles sont disproportionnées. Les Françaises et les Français, je crois, sont d'ailleurs sur cette ligne. Nous tenons tous aux 35h, mais il faut les considérer avec pragmatisme et avec un esprit d’égalitarisme vrai. Je suis pour l’égalité réelle. L’égalité réelle qu’est-ce que c’est ? C’est faux de dire aujourd’hui qu’il y a une égalité sur tout le territoire en France. Il y a des gens qui ont le droit de travailler, d’autres qui ne l’ont pas. Quand on est un jeune moins bien formé en France, on n’a pas la même égalité. Donc on peut continuer à dire que notre droit est intangible et parfait, mais c’est faux parce qu’aujourd’hui, il pénalise ceux et celles qui n’ont pas les mêmes qualifications ou qui sont plus jeunes. Donc quand il faut parfois sur le terrain ou dans certaines branches s’adapter un peu d’avantage, il faut savoir le faire.

On observe en France, un immobilisme assez étonnant dans l’entreprenariat français. Les entreprises qui composent le CAC 40 sont les mêmes depuis deux décennies alors que le monde a changé. Le contraste est assez frappant avec ce qui se passe aux Etats-Unis ou en Asie. Pourquoi cet immobilisme français ? Pourquoi, nous n’avons pas des géants du numérique qui ont émergé en France ?

Vous avez raison. Je ne parlerais pas d’immobilisme, mais il y a un effet de rémanence. Il y a en tout cas, ceux qui ont à un moment réussi, voient leurs intérêts préservés. Je crois que l’on est une société et une économie forte, résiliente mais du coup dans laquelle, ceux qui sont dans le système, les « insider » voient souvent leurs intérêts préservés. Nos grands groupes sont fondamentaux pour notre économie, je les défends, j’y suis attaché, je les encourage à constituer des cordées pour tirer nos OTI, nos PME à l’international vers plus d’innovation. Mais c’est vrai que nous avons besoin de créer plus de mobilité dans notre économie et dans notre société. Pourquoi ? Parce qu’en France, nous pouvons innover, il y a beaucoup d’entrepreneurs mais c’est très dur de grandir. Il y a quelques exemples. Iliad en est un, mais ils ne sont pas nombreux à citer parce que c’est un parcours du combattant. Donc si on veut créer des emplois, si on veut le bien commun, il faut aider les entreprises qui ont des idées et qui innovent, à réussir plus vite et plus facilement, c’est ça notre responsabilité.

Jeudi, le commissaire européen à l’Economie numérique, Günther Oettinger, a déclaré que la France était un pays déficitaire récidiviste et que la commission perdrait toute crédibilité si elle prolongeait pour la troisième fois le délai accordé à Paris. La France doit-elle faire plus pour contenter ses partenaires européens ?

D’abord, je crois que la règle c’est que la commission a un fonctionnement collégial et que ce n’est pas les propos de l’un ou de l’autre, qui ensuite créent du bruit, qui ont de l’importance. Ce sont les décisions que la commission prend. Je pense que la France a pris ces responsabilités. Elle est train d’exécuter un programme ambitieux d’économie, d’autant plus ambitieux qu’il n’a jamais été pris à ce niveau là. Elle s’y tiendra jusqu’au bout. Elle se tiendra à ce programme comme elle se tiendra à ses engagements également en matière de réforme et de compétitivité. C’est comme cela que nous fonctionnons.

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