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Télécoms

Rachat de Bouygues Telecom: l'offre de SFR fait craindre pour l'emploi

Le groupe Numericable-SFR propose 10 milliards d'euros pour racheter Bouygues Telecom, ce qui pourrait faire passer les opérateurs de 4 à 3 en France.
Le groupe Numericable-SFR propose 10 milliards d'euros pour racheter Bouygues Telecom, ce qui pourrait faire passer les opérateurs de 4 à 3 en France. Reuters/Charles Platiau
Texte par : RFI Suivre
4 min

Coup de poker dans le secteur des télécoms en France : Numericable-SFR met 10 milliards d'euros sur la table pour racheter Bouygues Telecom. Une nouvelle opération qui fait craindre la concentration sur un marché très convoité et une hausse des prix pour les consommateurs.

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C'est une offre très alléchante à laquelle le patron de Bouygues aura du mal à dire non, même si Martin Bouygues l'a dit et redit, sa filiale télécom n'est pas à vendre. Mais 10 milliards d'euros, c'est bien plus que la valorisation boursière de Bouygues Telecom, qui se situe entre 3 et 5 milliards d'euros.

Ce marché risque donc de se concentrer encore plus, puisque l'on passerait de quatre à trois opérateurs en France, le nouvel ensemble devenant ainsi le premier opérateur mobile en France et le deuxième fournisseur d’accès à Internet derrière Orange.

Cette offre semble bien accueillie par les intéressés, car pour éviter les critiques de l'autorité de la concurrence, Free serait prêt à récupérer des fréquences et des antennes de Bouygues Telecom tandis qu'Orange reprendrait des salariés, ce qu'Orange a démenti tout en se déclarant ouvert aux discussions.

Reste que rien n'est fait pour le moment, seule l'autorité de la concurrence peut empêcher cette opération. Et le conseil d'administration de Bouygues doit se réunir mardi 23 juin pour examiner l'offre de son concurrent.

La crainte de conséquences néfastes

Emploi. Ce possible rachat ne serait pas sans conséquence pour les salariés du groupe. Les syndicats craignent des suppressions de postes. « Les conséquences seraient catastrophiques, ça serait la casse sociale de l'année », alerte Aziz Azam, représentant CFDT chez Bouygues Telecom, joint par RFI.

Pour lui, pas moins de 3 000 postes seraient menacés dans cette affaire, à cause du doublon engendré entre Bouygues et SFR. « Par exemple, chez Bouygues Telecom, il y a un réseau des télécommunications, chez SFR il y a un autre réseau. Il y en aurait donc un de trop. Vous pouvez faire le même raisonnement pour la direction informatique, pour les achats, la finance, etc. »

Prix. Un éventuel rachat pourrait également faire monter les prix, ce qui ne rassure pas non plus le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, qui a immédiatement manifesté sa désapprobation au nom de « l'emploi, [de] l'investissement et [du] service aux consommateurs ».

Investissement. La question de l'investissement est elle aussi cruciale, alors que le gouvernement souhaite un engagement des opérateurs sur la couverture mobile et s'apprête à lancer un appel à candidatures pour les fréquences 4G. Par ailleurs, si le groupe de Patrick Drahi rachète Bouygues Telecom, cela pourrait geler les investissements.

En mars 2014, Numericable avait déjà racheté l'opérateur SFR pour plus de 13 milliards d'euros. Depuis cette date, plusieurs autres opérateurs de moindre importance ont été repris par le géant des télécoms ou sa maison-mère Altice. 

L'empire surendetté mais gourmand de Patrick Drahi

Troisième fortune de France selon le magazine Forbes, avec ses 18,5 milliards d’euros, l’homme d’affaires franco-israélien a été découvert récemment par le grand public. Et pourtant, ce polytechnicien est le champion des fusions à répétition.

A 51 ans, Patrick Drahi est aujourd'hui à la tête d’un empire des médias et des télécoms qui compte le groupe Altice, Numericable-SFR, des réseaux câblés ainsi que le journal quotidien Libération et l'hebdomadaire L'Express. Son groupe est présent en France, aux Etats-Unis, au Portugal, au Benelux, en Israël et en Afrique de l’Est.

Des milliards d’achats à travers le monde, mais également des dettes pharaoniques : 32 milliards d'euros. « On veut ajouter à ces 32 milliards encore 10 milliards, critique le représentant CFDT chez Bouygues Telecom. Je comprends qu'on emprunte pour investir et créer des emplois, mais là en l'occurrence, on est en train d'emprunter pour casser des emplois, ce qui est inacceptable. »

« Et après, ce qu'il faut savoir, c'est comment on va rembourser ces milliards. Moi je ne vois que la hausse des tarifs, et ce sont les consommateurs qui seront certainement pénalisés », prévient le syndicaliste.

« Fonder un empire sur le sable de l'endettement »

Patrick Drahi est réputé pour ses acquisitions effectuées avec des méthodes financières peu orthodoxes, en empruntant beaucoup sur les marchés. L'argent est ensuite remboursé avec la société achetée en l’introduisant en bourse ou bien en la revendant. Son statut fiscal est également très étudié. Le siège social d'Altice est basé au Luxembourg. La société est par ailleurs cotée à Amsterdam et Patrick Drahi, lui, est résident suisse.

Cette situation a de quoi alerter Michel Sapin. Il estime qu'il ne faudrait pas « fonder un empire sur le sable de l'endettement ». Le ministre français des Finances était ce lundi l'invité de RFI. Ci-dessous, un extrait de l'entretien, au sujet de l'offre de rachat soumise par Numericable-SFR (pour écouter l'entretien complet, cliquer ici).

Si c'est pour tout concentrer et faire monter tous les prix, je pense que personne ne serait gagnant, en tout cas pas du côté des consommateurs.

Michel Sapin, ministre des Finances

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