UE / Royaume-Uni

Les entreprises européennes face au Brexit

Avec la sortie du Royaume-Uni de l'UE, la City, le quartier des finances de Londres, perd son «passeport européen», estime une économiste.
Avec la sortie du Royaume-Uni de l'UE, la City, le quartier des finances de Londres, perd son «passeport européen», estime une économiste. ©AFP/NIKLAS HALLE'N

Après le vote des Britanniques en faveur de la sortie de leur pays de l'Union européenne, les grandes entreprises de l’Union commencent à réagir à cette décision. Et c'est une certaine prudence qui domine. Pour les fonctionnaires britanniques, qui travaillent au sein des institutions européennes, c'est le sentiment d'incertitude qui prédomine.

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Les banques sur le qui-vive

Les répercussions du Brexit sont encore très difficiles, voire impossibles à évaluer, mais en attendant, les grands groupes européens prennent la chose avec un certain flegme, tout en annonçant qu'ils vont se préparer à de grands changements. Même celles qui sont le plus chahutées en bourse, les banques.

BNP Paribas affirme avoir une exposition au Royaume-Uni limitée, la Société Générale se contente d'indiquer qu'elle suivra de près la période de négociation qui va s'ouvrir. La banque américaine Morgan Stanley annonce qu'elle pourrait d'ores et déjà délocaliser 2 000 emplois de la City vers Dublin ou l'Europe continentale. JP Morgan annonce étudier des changements dans la structure de sa filiale européenne.

L'Allemande Deutsche Bank ne doute pas que les conséquences seront négatives de tous les côtés. Le transporteur aérien British Airways abaisse d'ores et déjà ses perspectives financières.

Au contraire, Eurotunnel maintient ses objectifs et les trains transmanche Eurostar précisent que leur service fonctionne normalement et qu'il n'y a aucun changement concernant la sécurité et l'immigration.

■ La City perd son « passeport européen »

Avec le Brexit, c'est aussi la première place financière du continent qui est menacée. Les grandes banques et assurances installées dans la City de Londres menacent depuis plusieurs semaines de délocaliser une partie des emplois à Francfort, Paris ou Dublin. Car sortir de l'Europe, c'est aussi perdre ce que Stéphanie Villers, chef économiste chez Humanis, appelle « le passeport européen ».

« Tous les produits financiers qui proviennent de la City disposent d’un passeport européen. C’est-à-dire qu’ils peuvent être vendus sur l’ensemble de l’Union européenne. A partir du moment où il y a Brexit, le passeport européen est remis en cause. La City ne va plus pouvoir profiter de ce passeport », explique-t-elle.

La City était pour les banques internationales une base qu’elles utilisaient pour pouvoir « irradier sur l’ensemble de l’Union européenne et vendre leurs produits financiers », ajoute Stéphanie Villers. Après le Brexit, les banques, notamment américaines vont chercher s’installer ailleurs dans l’une des places financières de la zone européenne. « Il va y avoir une bataille entre les différentes places financières. A priori pour la zone euro, ça peut être une opportunité. »

■ Le patronat français consultera secteur par secteur

Le ministre français des Finances s’est voulu rassurant. « Le choc a été important, les conséquences sont maîtrisées », a dit Michel Sapin au sujet des premiers effets sur les marchés, ajoutant ne pas s'attendre à un impact négatif du Brexit sur la consommation ou l'investissement en France. Selon lui, la zone euro a les moyens de réagir si la situation devait se détériorer.

Après le référendum, le patronat français a aussi réagi. Le Medef appelle à faire de la victoire des partisans du Brexit une opportunité pour changer ce qui ne marche pas dans l'Union européenne. L'organisation patronale consultera les entreprises secteur par secteur pour examiner les conséquences.

« Les secteurs de l’économie sont affectés de façon différente selon leur nature. Il va de soi que la situation pour certaines entreprises industrielles n’est pas du tout la même que pour certaines entreprises financières. Donc il y aura à la fois des choses qui vont concerner tout le monde et d’autres qui vont être spécifiques secteur par secteur », explique Bernard Spitz, président du pôle international du Medef.

Le secteur financier va poser un problème particulier, car l’UE offrait un statut très avantageux au Royaume-Uni sans que le pays ne fasse partie de la zone euro. Un statut que Londres a perdu avec le Brexit. « Ça va poser un problème majeur à la place financière de Londres et par conséquent, ça appelle à une réponse pertinente, rapide, efficace pour les autres pays de l’Union et en particulier évidemment la France et l’Allemagne », souligne encore Bernard Spitz.


Les fonctionnaires britanniques des institutions européennes inquiets pour leur avenir

Le Brexit a des conséquences déjà très concrètes pour les fonctionnaires britanniques qui travaillent au sein des institutions européennes, ils sont plusieurs centaines. L'article 28 de la « réglementation du personnel » de l'UE indique qu'un fonctionnaire « est recruté à condition qu'il soit ressortissant d'un des pays membres, sauf si une exception est autorisée par les autorités qui le nomment ». Ces fonctionnaires seront-ils licenciés, verront-ils leur carrière interrompue, devront-ils changer de vie ? Laxmi Lota, notre correspondante à Bruxelles, est allée à leur rencontre.

Drapeaux britannique et européen à la main, une jeune femme contemple tristement le Parlement. Reese Walker, originaire de Nottingham, est stagiaire au sein de l'institution, son rêve, devenir interprète. Aujourd'hui, elle a des doutes. « J’ai peur pour mon avenir ici maintenant. J’en ai parlé avec mes collègues, il se peut que l’anglais soit de moins en moins utilisé au sein du Parlement. Je ne sais pas si ça va être possible maintenant, je suis très malheureuse. Je rentre avec mes drapeaux toujours fière, mais aussi très déçue », confie la stagiaire.

A la sortie du Parlement européen, une employée qui souhaite garder l'anonymat, téléphone à ses proches : « On m'a dit de continuer à travailler normalement », indique-t-elle. Il n'est pas encore temps de faire ses valises, mais elle s'interroge sur son avenir. « Pour tous les fonctionnaires britanniques, c’est l’incertitude, donc tout le monde est un peu inquiet. Au moins on a quelques années pour que ça prenne effet. J’ai un boulot qui est très intéressant, donc je vais me concentrer dessus et ne pas trop penser au futur, et après on verra », assure-t-elle.

Quand ils ont débuté leur journée ce vendredi matin, les fonctionnaires britanniques ont reçu un email de soutien des présidents de la Commission et du Parlement : « Nous ferons tout pour continuer à bénéficier de vos remarquables talents », peut-on lire.

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