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Japon/France

Affaire Carlos Ghosn: l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi fragilisée

Hiroto Saikawa, PDG de Nissan, lors d'une conférence de presse lundi 19 novembre, a déclaré qu'il faudra tirer les leçons de la concentration des pouvoirs par le dirigeant français.
Hiroto Saikawa, PDG de Nissan, lors d'une conférence de presse lundi 19 novembre, a déclaré qu'il faudra tirer les leçons de la concentration des pouvoirs par le dirigeant français. REUTERS/Issei Kato
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Il était l'architecte de la fameuse «alliance» entre Renault, Nissan et Mitsubishi. Carlos Ghosn, arrêté hier lundi au Japon sur des soupçons de malversations financières, va être démis de ses fonctions au sein des conseils d'administration de Nissan et de Mitsubishi. En attendant une décision concernant Renault. Cela pose évidemment beaucoup de questions sur l'avenir de cette alliance, un attelage complexe dont tout le monde aujourd'hui se demande s'il lui survivra.

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C'était devenu la mission première de Carlos Ghosn: rapprocher encore les trois entités de l'alliance dont il siège aux trois conseils d'administration. Aller vers plus de fusion et rendre ainsi plus lisible la structure pour faciliter sa valorisation par les investisseurs. Par sa présence à la tête des trois entités, Carlos Ghosn s'était rendu incontournable à ce chantier.

Cela n'est pas allé sans des frictions. On l'a senti hier lundi à la conférence de presse du PDG de Nissan. D'après Hiroto Saikawa, l'alliance survivra au départ annoncé de Carlos Ghosn. Mais il faudra, dit-il, tirer les leçons sur la concentration des pouvoirs par le dirigeant français. Des critiques d'autant plus vives que Nissan est le moteur des bénéfices de l'alliance.

Un règlement de compte au sein de l'alliance ?

On sait que Carlos Ghosn a été placé en garde-à-vue sur la foi d'une enquête interne réalisée par Nissan et remise à la justice par un employé du groupe. Pour le chercheur Sébastien Lechevalier, interrogé par RFI, cela « ressemble quand même beaucoup à un règlement de compte ».

« L’arrivée de Ghosn et ce qu’il a fait pour Nissan a été une réussite, bien entendu, mais même si l’accord entre Nissan et Renault est officiellement une alliance, il y a une relation hiérarchique très vive entre les deux entreprises ; inversée puisque Renault domine l’alliance alors que Nissan est beaucoup plus important », nous explique ce spécialiste du capitalisme japonais, chercheur à l'Ecole des Hautes études en Sciences sociales (EHESS). Il s'agirait de « reprendre en main une entreprise importante dans l’histoire du capitalisme japonais et ne pas la laisser aux mains de quelqu’un qui a véritablement travaillé pour Nissan, mais qui est marqué par ses engagements pour d’autres entreprises, en l’occurrence pour Renault ». Selon Sébastien Lechevalier, « il y a à un moment donné, inévitablement, dans la diffusion de documents confidentiels, une intervention, un feu vert donné par d’autres dirigeants de Nissan qui souhaitaient se débarrasser de Ghosn ».

Le Franco-libano-brésilien peut-il rester à la tête de la marque au losange ?

Hiroto Saikawa, patron de Nissan, a demandé le départ de Carlos Ghosn qui sera certainement démis de ses fonctions à la tête de Nissan, jeudi. Mitsubishi-Motors annonce vouloir faire de même. Le Franco-libano-brésilien peut-il rester à la tête de la marque au losange ?

Son départ serait en tous cas un sérieux tournant dans l'histoire de Renault, qu'il dirige d'une main de fer depuis 13 ans, et même bien plus puisqu'il a intégré la direction en 1996, il y a 22 ans, aux côtés de Louis Schweitzer, le cerveau de l'alliance avec Nissan. Carlos Ghosn a mis ce mariage en musique, avec un certain succès puisque cet attelage inédit multiplie les bénéfices. Ce sont les synergies avec Nissan qui lui ont donné les ressources pour aborder le virage de la voiture électrique.

Sauf que depuis quelques années, celui qui a acquis sur le tard la nationalité française est remis en cause, notamment par les actionnaires. A 63 ans, il a arraché au début de l'année un dernier mandat de quatre ans, en acceptant la nomination d'un directeur général adjoint, Thierry Bolloré, amené à prendre sa succession. Le Breton, cousin du plus célèbre Vincent Bolloré, est présenté comme un successeur potentiel. Lui qui a fait ses armes chez Michelin, puis chez l'équipementier Faurecia, venu de la finance, a des méthodes apparemment moins musclées que celle de Carlos Ghosn, des relations plus fluides avec les syndicats.

La nomination de Thierry Bolloré était pour Carlos Ghosn une façon aussi de rassurer les pouvoirs publics, l'Etat étant toujours actionnaire à 15% de Renault, entreprise liée à l'Histoire de la France du 20ème siècle, à sa société.

Gêne de l'exécutif français

Bruno Le Maire: «Notre priorité, c'est la stabilité de Renault et la stabilité de l'alliance entre Renault et Nissan. Ensuite il faut une gouvernance intérimaire...»

D'où la préoccupation mais aussi la gêne de l'exécutif hier. L'Etat détient 22% des droits de vote au conseil d'administration, et ne pourra pas faire l'économie d'une prise de position. Le président Emmanuel Macron comme le ministre de l'Economie Bruno Le Maire n'ont qu'une priorité: stabilité de Renault, consolidation de l'alliance. C'est vrai qu'un éclatement pourrait avoir de lourdes conséquences industrielles. Rien en revanche sur le cas de Carlos Ghosn. Prudence. On attend surtout d'éventuels développements judiciaires de l'affaire sur le sol français, ou pour le moment Carlos Ghosn est présumé innocent.

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