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France: conseil d’administration chez Renault pour remplacer Carlos Ghosn

Carlos Ghosn, le 1er octobre 2018 à Paris.
Carlos Ghosn, le 1er octobre 2018 à Paris. REUTERS/Regis Duvignau

Un conseil d'administration décisif se tient ce jeudi matin chez Renault. Qui pour remplacer le PDG Carlos Ghosn incarcéré depuis deux mois au Japon? Une déchéance improbable à la hauteur de ce que fut son parcours à la tête de l'alliance avec les constructeurs japonais Nissan et Mitsubishi.

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C'était l'homme des superlatifs : le boss des boss, le samouraï ou encore l'imperator comme le surnommait la presse internationale. Il a réussi ce que peu de dirigeants ont réussi avant lui : unir des constructeurs automobiles et en faire le premier groupe mondial, comme le rappelle Flavien Neuvy, directeur de l'observatoire automobile Cetelem.

« L’alliance de deux constructeurs c’est quelque chose de très compliqué et c’est vrai que réussir finalement à faire travailler ensemble des ingénieurs, des entreprises à la culture si différente – culture européenne française d’un côté, culture japonaise de l’autre- , c’est quelque chose qui n’était pas gagné d’avance », commente-t-il.

Après avoir redressé Nissan en 99 au prix de 21 000 licenciements, Carlos Ghosn va appliquer la même méthode chez Renault. En 14 ans de règne, les ventes de la marque au losange passent de deux millions et demi à 4 millions grâce à Dacia, mais à quel prix ? Salaires en baisse, cadences infernales, suicides sur le site de Guyancourt, la méthode Ghosn a un coût humain désastreux comme le rappelle Fabien Gâche, délégué CGT à Renault.

« C’est l’homme de la régression. Depuis 2005, le groupe Renault en France a perdu 22 000 salariés, c’est l’augmentation du temps de travail. Carlos Ghosn aura taillé dans le vif », estime le syndicaliste.

Un bilan terni également par l'affaire des espions et sa gouvernance sans partage. Renault au pied du mur lui trouve ce jeudi un successeur à la tête d'un constructeur français ébranlé par l'affaire Carlos Ghosn.

Ce ne sont pas un mais deux successeurs qui devraient être désignés : Jean-Dominique Sénard et Thierry Bolloré. Un tandem réclamé par Bruno Azière, délégué syndical central chez Renault pour la CFE-CGC. 

Nous souhaitons qu'il y ait un président qui structure la gouvernance de l'alliance, mais dans le même temps on veut que quelqu'un d'autre s'attache à construire l'opérationnalité, les mises en commun des fonctions : un directeur général.

Bruno Azière, délégué syndical central chez Renault pour la CFE-CGC


Affaire Carlos Ghosn: ce qu’on en dit à Davos

Carlos Ghosn, c’est un peu le patron symbole de la mondialisation, un habitué du Forum économique mondial de Davos (WEF) où ses pairs sont très partagés sur ce qui lui arrive. Reportage.

Avec notre envoyée spéciale à DavosMounia Daoudi

« Si Davos était une personne, elle s’appellerait Carlos Ghosn ». Un titre provocateur en 2017 de l'agence Bloomberg, mais qui en dit long sur ce que symbolisait le patron de Renault.

Alors forcément cette année, Khalid Abdullah Jahani, un financier du Golfe qui le connait bien ne peut que regretter ce qui lui arrive :

« C’est l’un grands absents, sans aucun doute. C’est triste. Je pense que ça a été un choc pour nous tous. Le connaissant, il va se défendre, par tous les moyens. Espérons juste que cela n’affecte pas sa santé », commente-t-il.

Bjorn Johansson est un habitué de Davos, fin connaisseur du monde de l’entreprise, il dirige un cabinet de recrutement. L’Affaire Ghosn est pour lui emblématique.

« Ça montre à quel point les choses peuvent aller très vite. On est au sommet et en un rien de temps on se retrouve en prison. Mais il a fait beaucoup de bonnes choses. Il devrait aussi être jugé pour ça. Peut-être qu’il a eu tort. On est tous des êtres humains. Mais certains sont plus avides que d’autres », dit-il.

L’Américain Patrick Conway se montre, lui, sans concession : « Je ne connais certainement pas tous les détails. Mais c’est important d’avoir de l’éthique et de l’intégrité dans les affaires, estime-t-il. J’ai travaillé pendant 10 ans pour le gouvernement américain. Puis je suis devenu grand patron dans le secteur privé. Et je pense que l’intégrité et l’honnêteté sont importantes aussi bien dans le privé que dans le public. »

Une chose est sûre, l’affaire Ghosn va laisser des traces.

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