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Chronique de Jean-Baptiste Placca

Tévoédjrè : « grandir sans écraser les autres »

Audio 02:44

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Nous attendions ses mémoires. Il nous propose « Le Bonheur de servir » ( aux Editions L’Archipel, préface de Kofi Annan). Un ouvrage inclassable, d’une surprenante originalité, comme un portrait de son univers intellectuel. A l’occasion de ses quatre-vingts ans, le professeur Albert Tévoédjrè nous entraîne dans le halo de culture dans lequel il aime baigner, dans l’univers des auteurs et des penseurs qui, selon sa propre expression, l’ont beaucoup soutenu quand il devait prendre la parole à l’improviste, et l’ont toujours aidé à ne pas paraître inaudible, sans idées, banal ou insignifiant.

Certains le classent même parmi les plus flamboyants des intellectuels africains. Les titres puissants qu’il a donnés à certains de ses ouvrages sonnent comme autant de manifestes vivifiants : « L’Afrique révoltée » (1958), « La pauvreté, richesse des peuples » (1977), « Mes certitudes d’espérance » (1984) et, aujourd’hui, « Le bonheur de servir ».

Il courait d’autant moins le risque de paraître inaudible que son discours a toujours été clair, souvent brillant. Mieux, comme quelques intellectuels africains de sa génération, le Béninois Albert Tévoédjrè a, à la langue française, un rapport quasi-sculptural, avec ce souci du détail et de la précision de l’œuvre bien galbée. Ce n’est pas anodin, par ces temps de définition de l’identité nationale, en France.

Parce qu’il est de ces intellectuels qui ont réfléchi à tous les problèmes qu’il peut y avoir à résoudre dans la vie d’un peuple en Afrique, le professeur Tévoédjrè ne court pas davantage le risque de manquer d’idées. Mieux, il en foisonne et n’a jamais manqué un rendez-vous qui interpelle l’intelligentsia africaine. Ainsi, en 2007, lorsque l’Afrique, bien malgré elle, était malmenée dans la campagne présidentielle en France, il a pris sa plume pour rappeler, avec force argumentations historiques, que l’Afrique avait aussi quelques droits à la France, davantage, même que ce à quoi pouvaient prétendre les Polonais, les Hongrois et d’autres Européens. La densité y était, et nullement le risque d’être banal ou insignifiant.

Le professeur Tévoédjrè a cependant tort de suggérer que « Le bonheur de servir » le dispense de publier ses mémoires. Dans une Afrique où les repères se perdent, au point que certains jeunes, aujourd’hui, n’ont plus pour seul projet d’avenir que le violent désir de s’enrichir, il n’est pas inutile de passer par le menu certaines vies, pour montrer que, sans être parfait, l’on peut être grand, brillant, heureux et utile à son peuple et à ce continent, sans passer par toutes les compromissions de la terre. Pour montrer, comme il l’écrit lui-même, que l’on peut grandir sans écraser les autres.

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