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A la une : l’incertitude en Guinée après l’attentat contre Dadis Camara

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« Wanted »… C’est une véritable chasse à l’homme qui a été lancée en Guinée. Objectif : mettre la main sur le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité, alias Toumba, l’aide de camp de Dadis qui a tiré sur son chef jeudi dernier. Le CNDD, la junte militaire, a annoncé qu’une « forte récompense sera attribuée à toute personne dont la contribution permettra de mettre la main sur ces dangereux criminels », à savoir Toumba et ses complices. L’information est bien sûr relayée par tous les médias guinéens, dont le site Guinée Conakry Infos, qui s’interroge sur le montant de la récompense et qui précise que trois numéros verts ont été mis à disposition du public pour d’éventuels renseignements concernant Toumba et ses hommes.

Toumba introuvable…

Toujours est-il que selon des informations relayées par GuinéeNews, autre site guinéen, plusieurs complices de Toumba ont déjà été arrêtés, dont « l’adjudant-chef Beugré, ex-commandant du camp Koundara », là où Toumba a tiré sur Dadis. Beugré et deux autres cadres de l’armée auraient été stoppés à la frontière entre la Guinée et la Sierra Leone, rapporte GuinéeNews, sans plus de détails.
Quant à Toumba, il reste introuvable. Les médias guinéens rapportent le contact téléphonique qu’il a eu samedi avec l’Agence France Presse et dans lequel il affirmait être « libre » et « en lieu sûr en Guinée ».
Alors on sait que l’aide de camp de Dadis avait une certaine influence au sein de l’armée. Et le site d’information Aminata de s’interroger : « Toumba sera-t-il le prochain homme fort de la Guinée ? » Aminata qui insiste sur « les graves dissensions au sein de l’armée guinéenne » et sur la relative discrétion, selon lui, de la classe politique sur cette affaire.

« Wankage à Conakry »

Et puis, il y a l’état de santé du capitaine Dadis, avec une seule source d’information : les services de santé des Forces armées royales marocaines qui affirmaient hier que l’état du chef de la junte n’inspirait pas d’inquiétude. Dadis a tout de même été blessé à la tête. « Est-il entre la vie et la mort ? », s’interroge L’Observateur au Burkina. « A-t-il vraiment marché pour embarquer dans l’avion que lui a envoyé le facilitateur, Blaise Compaoré ? Pourquoi a-t-il refusé l’avion médicalisé que lui proposait Abdoulaye Wade ? » Aucune réponse pour l’instant.
En tout cas, l’histoire se répète, constate L’Observateur. L’Observateur qui parle de « Wankage à Conakry » : référence à ce qui s’était passé au Niger en 1999. Daouda Malam Wanké, le chef de la sécurité du président Ibrahim Baré Maïnassara, qui avait tiré sur celui-ci.

L’armée guinéenne divisée ?

Alors, beaucoup de questions, on le voit. « De quoi demain sera-t-il fait à Conakry était une question pertinente avant le massacre du 28 septembre dernier, relève Le Républicain au Mali. Elle l’est devenue encore plus après ce jour maudit. Et elle l’est totalement et plus cruellement encore depuis jeudi dernier. »
« Que va-t-il se passer maintenant avec une armée qui semble glisser dangereusement sur la pente de la division, s’interroge le site d’information burkinabé Fasozine. Comment se négociera le rapport de force entre des camps devenus rivaux : les indécrottables supporteurs de Moussa Dadis Camara cherchant à mettre hors d’état de nuire ceux qui soutiennent désormais Toumba, toujours recherché. Et puis, relève Fasozine, dans ce cafouillage militaire, quel espace reste-t-il pour des négociations politiques, dont on savait qu’elles n’allaient nullement être faciles, en vue de sortir la Guinée de l’impasse ? »

Quel rôle pour le général Konaté ?

Le Pays, toujours au Burkina, tente d’y voir un peu plus clair. « Dadis est momentanément hors-jeu, constate-t-il, le général Sekouba Konaté, considéré comme le numéro deux de la junte, assure désormais l’intérim. La question est de savoir pour combien de temps ? » Quid du dialogue inter-guinéen, s’interroge également Le Pays qui envisage deux scénarios : « le pire se présente, écrit-il, sous le visage de Toumba qui, pour échapper aux foudres de la justice, pourrait politiser à outrance sa tentative d’assassinat et organiser une forme de résistance avec une aile de l’armée. » C’est le scénario de la guerre civile…
Autre hypothèse pour Le Pays : « le fougueux aide de camp est neutralisé, le président Dadis est mis hors-jeux du fait de son état de santé. Là, les cartes sont entre les mains du président intérimaire Konaté. Réputé plus calme et pondéré, celui qui est rentré précipitamment du Liban pour combler la vacance du pouvoir, pourrait, affirme Le Pays, au nom de la paix sociale, négocier le retrait de la junte du pouvoir, redorer ainsi le blason de l’armée et la réconcilier avec le peuple de Guinée. Un peuple qui souffre le martyre depuis plus de 40 ans, conclut le quotidien burkinabé, parce que ses dirigeants n’ont pas encore eu l’intelligence de le rassembler autour d’un idéal démocratique et de lui construire un avenir serein. »

Enfin, dans la presse française à noter cet article du Figaro qui parle de « coup d’Etat manqué en suspens à Conakry. » Le Figaro constate que « le numéro deux du régime, le général Konaté, ministre de la Défense, assure l’intérim. En attendant peut-être davantage, estime le journal, car Konaté, surnommé ' le Tigre ' en raison de sa férocité, passe depuis longtemps déjà pour le véritable homme fort de la junte. »

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