Chronique de Jean-Baptiste Placca

Quand le riz interpelle l’Afrique

Audio 02:44

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« Main basse sur le riz » (1) . Un titre éloquent, pour un ouvrage et un film qui ont toutes les chances de devenir des documents de référence, sur cette céréale qui nourrit près de la moitié de la planète. Les Africains devraient voir et revoir le documentaire. Economistes et agronomes devraient le décortiquer, séquence par séquence, et nous expliquer pourquoi l’Afrique, qui dispose largement des terres qu’il faut pour produire le riz qu’elle mange, dépense, chaque année, des milliards pour importer 10 millions de tonnes.

Ce documentaire éclaire le circuit du riz, des rizières d’Asie à l’assiette du consommateur sénégalais. Les auteurs, Jean Crépu et notre confrère Jean-Pierre Boris, ont fait le choix de laisser le spectateur juge des réalités et des travers de cet univers, où chaque acteur s’attribue quantité de vertus, surtout la bonne foi. Il n’empêche. Ce film offre aux Africains l’occasion de prendre conscience de ce qu’il ne faut pas faire. Il ôte à certains dirigeants les arguties visant à masquer leur impéritie.

Les « génies » des institutions financières internationales ne sont pas épargnés. L’économiste français Philippe Chalmin rappelle, en effet, que pendant des décennies, les institutions de Bretton Woods ont déconseillé aux Africains de produire le riz dont ils se nourrissent, sous prétexte que le café, le cacao, le coton et d’autres cultures de rente rapportent suffisamment de devises pour importer du riz. Comme si l’on ne pouvait pas à la fois produire du riz et s’adonner à ces cultures d’exportation.
Lorsque les prix du coton chutent ou que le cacao ne se vend plus, et que le prix du riz, subitement, est multiplié par six comme au cours du deuxième trimestre de 2008, les conseilleurs de Washington laissent les gouvernements affronter, seuls, les émeutes de la faim.

L’Afrique a trop souvent servi de cobaye pour les expérimentations hasardeuses de ces institutions. Les différentes déclinaisons des programmes d’ajustement structurel sont autant d’échecs, que ces institutions n’assument pas. Elles préfèrent inventer d’autres potions amères, que les pays fragiles ingurgitent, pour avoir droit à des facilités financières. L’Inde, par exemple, ne se laisserait jamais dicter ainsi ses choix par la Banque mondiale.

Voilà pourquoi, lorsque le directeur général du FMI proposait, il y a à peine un mois, l’aide de son institution aux pays africains pour négocier leurs contrats avec la Chine, certains s’en sont offusqués, se demandant de quoi celui-là se mêle.

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(1) Documentaire de Jean-Pierre Boris et Jean Crépu (diffusé sur Arte, le 13 avril à 20h35.
Ouvrage de Jean-Pierre Boris (Arte Editions / Fayard, paru le 24 mars 2010)
 

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