Chronique des matières premières

La France souhaite une régulation européenne des marchés à terme

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La ministre française de l'Economie Christine Lagarde a appelé ce mardi 13 avril 2010 à une régulation européenne des marchés des matières premières. Un soutien aux initiatives américaines dans ce domaine.

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En prônant des mesures... européennes contre la spéculation sur les matières premières, et en appelant à la création d'un organe de régulation européen des marchés à terme, sur le modèle de la CFTC, la Commodity Futures Trading Commission, qui existe aux Etats-Unis, la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, vient au secours de l'administration américaine, qui peine à imposer un consensus autour de sa réforme.

Depuis le début de l'année, le nouveau président de la CFTC, Gary Gensler, se bat pour limiter la spéculation sur les marchés à termes aux Etats-Unis. Il s'est d'abord attaqué à ceux de l'énergie : pétrole, gaz, fuel et essence, en proposant d'interdire qu'un même opérateur ne détienne plus d'un quart des positions sur un même contrat. Et il vient de lancer des consultations sur les marchés à terme des métaux de base et des métaux précieux.

Tout le monde s'accorde à dire que le poids croissant des fonds d'investissements sur ces marchés, amplifie les oscillations des prix. On l'a vu récemment sur le marché du sucre, qui s'est brusquement effondré. Certains voient même se former une nouvelle bulle des matières premières, à mesure que les liquidités affluent. Après l'or et les platinoïdes, un nouveau fonds indiciel ETF sera prochainement lancé sur le cuivre, «le» métal de base. «Si ça ne marche pas, calcule un spécialiste de ce métal, ce fonds récoltera au minimum 5 milliards de dollars, ça représente déjà 600.000 tonnes de cuivre. Mais si ça marche, on peut attendre 50 milliards : vous vous rendez compte, l'équivalent de 6 millions de tonnes de cuivre ; c'est une vraie bombe». Bien sûr, les bourses de commerce américaines tout comme les grandes banques d'investissement, refusent toute limitation. Elles soulignent que l'abondance des liquidités sur les marchés à terme facilite la couverture des opérateurs physiques... Mais elles craignent surtout la fuite des investisseurs vers d'autres places financières... On pense à Shanghai, qui se développe à vitesse grand V, mais surtout à Londres, la plaque tournante du commerce des métaux.

Si une régulation européenne des marchés devait voir le jour, cela faciliterait grandement la tâche de l'administration américaine. Le soutien de Christine Lagarde est le bienvenu, mais il risque de rester psychologique, à moins que le gouvernement britannique n'accepte de brider les transactions sur la bourse des métaux, le LME. Ce sera tâche difficile, son directeur général martelait il y a quelques jours, à la conférence de la Cnuced sur la volatilité des cours des matières premières, que «les efforts pour stabiliser les prix s'étaient toujours conclus par un échec».

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