Chronique de Jean-Baptiste Placca

Gbagbo-Soro : « blaguer-tuer »

Audio 02:44

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On se perd fatalement à vouloir tout comprendre, tout décrypter dans les rapports qu’entretient Laurent Gbagbo avec Guillaume Soro, son Premier ministre. Les embrassades ne sont pas toutes des manifestations d’affection, et les effusions diverses ne s’apparentent pas nécessairement aux relations complices que l’on croit.

Une petite balade sur la lagune Ebrié, dimanche 11 avril, a suffi pour que certains entonnent des airs louangeurs sur l’harmonie au sommet de l’Etat. Mardi 13 avril, l’ancien Premier ministre Affi N’Guessan, du FPI (le parti présidentiel), sommait Guillaume Soro de désarmer les rebelles ou alors de rendre son tablier. Et d’insinuer que cette sortie sur la lagune n’est peut-être qu’une balade d’adieu. Ce qui signifierait que Laurent Gbagbo a, au propre comme au figuré, mené son Premier ministre en bateau.

Dès le lendemain, mercredi, le porte-parole du Premier ministre ira dédramatiser sur les ondes la mise en demeure du leader du FPI, saluant le fair-play du président Gbagbo, qui aurait jusqu’ici respecté chacun des engagements pris avec eux, Forces nouvelles.
En attendant, les élections n’ont toujours pas eu lieu, et les plus avisés des connaisseurs de la vie politique ivoirienne ne se hasarderaient pas à avancer une date pour leur tenue.
Et si, au regard de ce que l’on a vu et entendu cette semaine, la terrible réalité était que les élections ne suffiraient pas à régler le problème de fond, qui est celui de la citoyenneté en Côte d’Ivoire ?

Les mélodrames nés de ce qu’on appelle là-bas la « liste blanche » (première version d’une liste électorale à affiner ou à purger) ont un lien direct avec cette atmosphère de méfiance, que les étreintes et les balades au fil de l’eau ne suffiraient à dissiper.
Il s’agit, là, d’un abcès à crever, et cela mérite au minimum une conférence nationale, que les Ivoiriens n’ont jamais tenue. Ceux qui pressent la Côte d’Ivoire d’aller aux élections doivent savoir que tant que ce débat-là ne se sera pas déroulé, d’autres troubles pourraient surgir, même après des élections libres, honnêtes et transparentes.
C’est l’un des messages que portent les échanges aigres-doux de cette semaine, par médias interposés, entre le camp présidentiel et les ex-rebelles, qui gardent leurs armes, à toutes fins post-électorales utiles.
Cette forme d’amitié vigilante n’est pas un signe de confiance. C’est même, au fond, une façon d’endormir l’adversaire. Et en Côte d’Ivoire, il y a une expression qui illustre bien cela : « blaguer-tuer ». Pour le moment, on blague. Le temps de tuer viendra.

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