En sol majeur

2. Nimrod

Nimrod
Nimrod

Revenant au pays chaque année rendre visite à sa mère, Nimrod emprunte aux premières lueurs de l'aube, les ruelles ocre et poussiéreuses de son quartier d'antan. Sensible à l'architecture de ces anciens bâtis, il évoque le pur dépouillement de ces lieux et les conditions dans lesquelles sa mère, sa sœur et lui vivaient heureux entre ces murs de pisé. Jusqu'au jour où vinrent la guerre et le départ, la fuite sur les routes et la perte des repères. Au-delà des années, la vieille dame n'a pas bougé et pour son fils exilé, intellectuel et voyageur, lettré et aujourd'hui de passage en ce monde dont elle préserve l'intemporelle réalité, un sentiment soudain se précise : “C'est ma mère qui invente ce pays. Comme j'ai mis longtemps pour formuler cette idée. Elle est si simple pourtant. Dépouillé depuis toujours de la moindre de mes richesses, surtout lorsque j'ai eu dix-neuf ans - qui est l'âge de la guerre civile - le pays n'a eu de cesse de me piller. Ma mère incarne ce dénuement. Aux poètes Tchadiens - présents et à venir - je dédie cette parcelle de nudité que même la fraîcheur matinale dédaigne désormais. Il faut beaucoup d'imagination pour lui trouver un attribut maternel. C'est mon rôle à moi qui suis poète. Ma mère invente le Tchad.”A partir de ce subtil hommage, Nimrod déploie dans une succession de tableaux des récits dans lesquels il “ré-enchante” les bonheurs passés. L'Or des rivières ancre sa condition d'exilé au-delà de la guerre et révèle la genèse de son attachement à sa terre confisquée. D'un texte à l'autre il convoque les visages aimés, évoque les rares moments de partage avec son père - grand absent de sa vie, et revient aux origines de son tempérament contemplatif comme si, déjà en son enfance innocente, il percevait l'inévitable départ et, dès lors, s'efforçait de préserver en lui un refuge aux dimensions de l'univers : la poésie est fille de mémoire. Nimrod a publié trois romans chez Actes Sud : Les Jambes d'Alice (2001) Le Départ (2005), Le Bal des princes (2008). Un essai littéraire : La Nouvelle chose française (2008) et un roman pour la jeunesse, Rosa Parks : “non à la discrimination raciale”(Actes Sud Junior, 2008). 

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Les choix musicaux de Nimrod

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