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Chronique de Jean-Baptiste Placca

Adieu à un combattant de la liberté

Audio 02:44

Peu avant 15 heures, ce lundi 12 juillet, sur une autoroute de l’Etat de Virginie, aux Etats-Unis, un semi-remorque a traîné, sur plusieurs mètres, une luxueuse voiture japonaise, dont un des trois passagers, décédé sur le coup, n’est autre que notre confrère camerounais, Pius Njawe, fondateur du quotidien Le Messager. Si loin de son pays natal, Pius a trouvé la mort en allant participer à une conférence des Forces alternatives du Cameroun - qui réunit l’opposition au régime de Paul Biya, la société civile et la diaspora.

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Ici s’arrête la vie d’un homme qui n’a pas choisi la facilité, dans un pays où l’on renonce facilement à ses convictions, pour une place au bord de la « mangeoire ». A l’occasion des trente ans du Messager, il y a peu, on a beaucoup glosé sur les difficultés financières de cette publication. Pius Njawe voulait se lancer dans l’audiovisuel, et avait investi dans ce sens. Le pouvoir, par un cynisme millimétré, lui a refusé l’agrément, la veille de son lancement. De tels procédés n’aident pas à renforcer la santé financière d’un groupe de presse. Sans compter le sevrage de la publicité, dont Le Messager était l’objet, de la part des annonceurs publics et privés.
Ceux qui, par conviction, par calcul ou par avidité, choisissent toujours le camp du pouvoir, ne peuvent pas comprendre que les adversaires des régimes qu’ils soutiennent puissent agir par patriotisme. Ils comprennent encore moins que l’on choisisse de tirer le diable par la queue, quand il est si facile de se remplir la panse, en collaborant, sans se demander si la cause que l’on sert va bien dans l’intérêt général.
Après avoir survécu à l’arbitraire, aux harcèlements politiques, aux arrestations et aux détentions, Pius Njawe s’en est allé, emporté par un camionneur qui ne pouvait imaginer tout le mal qu’il vient de faire au Cameroun, à l’Afrique.
Pius, il y a, dans ta mort, quelque chose de profondément injuste. Mais, comme disent les anciens en Afrique, face à une injustice d’une telle ampleur, il vaut mieux garder le silence, pour ne pas offenser les dieux. Mais notre silence est un immense cri de douleur.
Tu as préféré la critique et les analyses sans concession à la servilité. Et c’est parce que notre métier compte encore des gens comme toi, Pius, que nous pouvons croire que l’argent, la ruse et l’imposture n’auront pas le dernier mot. Même si nous devons encore, souvent, étouffer nos cris de douleur.

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