Revue de presse française

A la Une : haro sur Sarko !

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Décidément, la rentrée est difficile pour le chef de l’Etat, qui doit faire face à la grogne de l’opinion et aux critiques de la presse. Les sondages tout d’abord : ils se suivent et se ressemblent. Le dernier en date, celui du Nouvel Observateur, indique que Nicolas Sarkozy serait largement battu par Dominique Strauss-Kahn au deuxième tour de la présidentielle. DSK recueillerait 59% des voix et Martine Aubry l’emporterait également face au sortant avec 53%.

Pour L’Est Républicain, « le désir de gauche n’a jamais été aussi fort. Pour le président de la République, ces sondages de rentrée sonnent comme le désaveu plus que d’une politique, d’une manière de la mener, à coups de promesses non tenues, de rodomontades et d’amalgames. Une stratégie du verbe qui se retourne comme un boomerang. »

Hier, c’était donc la rentrée du gouvernement. A propos de la polémique sur la sécurité et les expulsions de Roms, « Nicolas Sarkozy a appelé ses ministres, relate L’Alsace, à tenir bon face aux critiques qui se multiplient, jusque dans les rangs du parti présidentiel, tout en leur rappelant que seules les idées qu’il avait développées au cours de son désormais fameux discours de Grenoble tenaient lieu de référence sécuritaire. Ce sont pourtant ces idées, s’exclame le quotidien alsacien, - lien entre immigration et délinquance, déchéance de la nationalité pour certains criminels, venus s’ajouter à la stigmatisation de la communauté des gens du voyage - qui lui valent les foudres de l'opinion. » Bref, pour L’Alsace, « le chef de l'Etat a tout faux. »

« Inoxydable »

En effet, renchérit Nord Eclair, « qui d’autre que le président de la République a mis le feu aux poudres en prononçant son discours de Grenoble et en envoyant ses plus chauds partisans ratisser tout l’été sur les terres du Front national ? »
« Avant de partir, il avait fait donner les trompettes de la guerre à la délinquance, constate La Charente Libre. Retour de vacances, il fait rouler les tambours de la mobilisation gouvernementale. On retrouve Nicolas Sarkozy comme on l’avait laissé. Comme si rien décidément ne paraissait devoir altérer la certitude inoxydable d’un président ne semblant douter ni du bien-fondé de sa politique, ni de ses choix, ni de sa stratégie, et surtout pas de lui-même. »

Et pourtant, relève Le Courrier Picard, « où qu’il regarde, Nicolas Sarkozy n’aperçoit que nuages et polémiques. L’affaire Woerth lui colle aux doigts comme un sparadrap. (…) L’équation budgétaire s’annonce des plus ardues à résoudre (…) S’il ne peut espérer de réchauffement économique, Nicolas Sarkozy voit poindre les signes d’un gros refroidissement social. Quant à l’offensive sécuritaire (…) elle sème une zizanie telle que pas moins de trois anciens Premiers ministres font entendre leur différence. En voulant renouer avec les fondamentaux de la droite, conclut le quotidien picard, Nicolas Sarkozy, piégé par les surenchères, a récolté la tempête. Un président doit rassembler et rassurer, celui-ci divise et distille de l’anxiété. »

Inversion des rôles…

Qui plus est, le chef de l’Etat doit subir la concurrence en quelque sorte de son Premier ministre, toujours apprécié par l’opinion… « Aux yeux des Français, la sagesse est à Matignon, les embardées du quotidien à l’Elysée, relève Le Monde. La manière dont le Premier ministre s’emploie à apaiser les inquiétudes provoquées, depuis un mois, par la surenchère sécuritaire du président et la politique affichée à l’encontre des Roms, confirme de façon stupéfiante cette inversion des rôles, s’exclame le quotidien du soir. C’est lui (…) qui rappelle la tradition humaniste de la France, qui fustige l’instrumentalisation de la lutte contre l’immigration irrégulière, lui enfin qui saisit la Commission européenne pour trouver des réponses collectives à la question des Roms. Bref, c’est lui, constate Le Monde, qui est en position d’arbitre. »

Du coup, « mine de rien, estime Le Télégramme, François Fillon est en passe de saborder la réélection de Nicolas Sarkozy. Lequel ne décolère pas contre son Premier ministre qu’il supporte mal mais ne peut plus virer dans la perspective du remaniement qui s’annonce. »
Même analyse pour La République des Pyrénées : « Nicolas Sarkozy, pris à son propre piège, vit une situation inédite sous la cinquième  République : l’homme qui, à Matignon, devrait être utilisé comme fusible est en train de lui servir de béquille. A tel point que l’on voit mal Sarkozy, à l’occasion du remaniement annoncé pour octobre, s’en séparer. »

La France montrée du doigt

Pour couronner ce concert de critiques, Libération constate une dégradation de l’image de la France sur le plan international : « A lire et à écouter le reste du monde, affirme le journal, la France qui expulse les Roms, la France qui discrimine, la France qui assimile immigrants et délinquants, ne représente pas vraiment la patrie des droits de l’homme. (…) Selon l’Elysée, poursuit Libération, Nicolas Sarkozy, (…) penserait rebondir sur la scène internationale au moment du G20 et du G8, comme il l’a fait lorsqu’il présidait l’Union européenne.

Mais son apparente surdité à l’opinion internationale, son indifférence aux instances européennes pour gérer dignement la question des Roms, laissent mal augurer de cette mue en homme d’Etat de stature internationale », estime Libération qui conclut : « si l’on veut donner des leçons au monde, si l’on veut que la voix de la France soit audible, il faut que le pays que l’on gouverne soit exemplaire. »  

 
 

 

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