Chronique des matières premières

L'industrie européenne de l'éthanol est à cran

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L'industrie européenne de l'éthanol est à cran. Elle est concurrencée sur son propre terrain par l'éthanol américain, qui inonde les marchés étrangers, depuis un an.

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Près de 40% de la production de maïs aux États-Unis est transformée en éthanol et cette année, il restait de gros surplus à écouler, le marché américain des biocarburants étant pour l'instant saturé. Les producteurs américains d'éthanol ont donc massivement exporté leur excédent, et avec d'autant plus de facilité qu'ils bénéficiaient d'un crédit d'impôt de 45 cents de dollar par gallon d'éthanol incorporé à l'essence, ce qui rendait leur produit très compétitif à l'étranger. Cette ristourne, censée encourager l'usage des biocarburants dans les moteurs américains, s'est donc transformée en subvention déguisée à l'export.

Le bioéthanol américain a en outre bénéficié, aux portes de l'Union européenne, de droits de douane moins élevés que l'éthanol pur. Un double effet d'aubaine. L'Europe, qui pourtant fabrique son propre éthanol à base de betterave et de céréales à paille, a donc absorbé un tiers des exportations d'éthanol américain, elles-mêmes en hausse de plus de 100%. « L'indépendance énergétique des États-Unis a bon dos », se plaint un représentant de l'industrie européenne de l'éthanol, qui veut déclencher une procédure auprès de Bruxelles pour imposer des droits compensateurs au bioéthanol américain, comme ce fut le cas précédemment pour le biodiesel. Elle n'en aura peut-être pas besoin, le régime de faveur des éthanoliers américains, qui prévoit aussi une taxe sur les importations étrangères d'éthanol, et donc qui dissuade l'afflux d'éthanol à base de canne à sucre du Brésil, ce régime de faveur prend fin le 31 décembre prochain.

Les lobbies américains du maïs et de l'éthanol sont à l'œuvre pour qu'il soit prorogé en 2011. Leur argument, c'est que l'incorporation plus importante d'éthanol dans l'essence décidée le mois dernier aux États-Unis risque de ne pas entrer en vigueur. Parce qu'il y a une forte opposition d'autres lobbies, celui de l'agro-alimentaire, qui a peur de manquer de maïs, et celui du pétrole, qui rechigne à changer les normes des carburants. Mais il n'est pas sûr que les contribuables américains, représentés par une nouvelle majorité au Congrès, souhaitent continuer à payer 6 milliards de dollars par an pour que l'éthanol américain soit en fin de compte exporté en Europe et jusque dans les pays du golfe.

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