Revue de presse Afrique

A la Une : une nouvelle médiation pour la Côte d’Ivoire

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C’est la dernière trouvaille de l’Union africaine pour tenter de régler la crise en Côte d’Ivoire : après la troïka ouest-africaine composée des présidents béninois, sierra-léonais et cap-verdien, après la médiation du Premier ministre kenyan Raïla Odinga, voici maintenant le quintette… Cinq chefs d’Etat africains : les présidents de la Mauritanie, du Burkina, du Tchad, de l’Afrique du Sud et de la Tanzanie. Leur photo est à la Une ce matin du quotidien abidjanais L’Intelligent. « Tout commence dans trois jours », s’exclame le journal qui nous décrit l’agenda de ce quintette. Les chefs d’Etat vont nommer, dans les trois jours, une équipe d’experts qui se réunira à Addis Abeba avant de se rendre en Côte d’Ivoire, et d’aller rendre compte ensuite à Nouakchott au quintette qui se rendra lui-même à Abidjan pour soumettre aux parties ses propositions de sortie de crise…

Marge de manœuvre très limitée…

Ce nouveau ballet diplomatique ne convainc guère la presse ivoirienne… Pour L’Inter, « la mission des cinq chefs d’Etat est plombée d’avance. » En effet, rappelle le journal, l’ONU ne veut pas entendre parler d’une quelconque remise en cause des résultats de l’élection présidentielle du 28 novembre qui, pour elle, a vu la victoire de Ouattara… Alors dans ces conditions, s’interroge le journal, « que viennent donc faire les cinq chefs d’Etat de l’UA en Côte d’Ivoire, dès lors que la possibilité du recomptage, d’une vérification du scrutin ou encore d’aboutir à un partage de pouvoir entre Gbagbo et Ouattara ne devrait plus faire partie de leur mission ?

L’équipe dirigée par le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz vient-elle négocier le départ en douceur de Laurent Gbagbo du pouvoir, après que plusieurs autres chefs d’Etat aient échoué à faire plier l’échine à l’actuel locataire du Palais d’Abidjan ? », s’interroge encore L’Inter. « Autant le dire tout net, soupire le journal, la mission de ces présidents africains s’annonce déjà périlleuse. »

Même pessimisme pour Soir Infos : « les chefs d’Etat représentant les 5 régions d’Afrique ont de fortes chances de buter sur l’intransigeance de Laurent Gbagbo et d’Alassane Ouattara, respectivement déclarés président de la République par le Conseil constitutionnel et la Commission électorale indépendante. Les deux leaders ivoiriens, faut-il le souligner, rappelle Soir Infos, s’arc-boutent sur un préalable qu’ils jugent +non négociable+. A savoir, reconnaître que chacun d’eux, est le président élu de la Côte d’Ivoire, à l’issue de la présidentielle du 28 novembre 2011. »

Du côté de la presse d’opinion, c’est le scepticisme qui prévaut également et chacun voit midi à sa porte… Le Temps quotidien pro-Gbagbo, constate qu’après ce sommet de l’Union africaine, « Gbagbo est toujours aux commandes » et que « le camp Ouattara perd, selon lui, la sérénité. »
Pour sa part, Le Nouveau Réveil, quotidien pro-Ouattara, estime « qu’en dépit des décisions très claires de l’Union africaine sur l’issue de la présidentielle du 28 novembre dernier, Gbagbo et ses partisans refusent de s’avouer vaincus. Mieux, poursuit-il, ils se préparent à livrer une autre bataille avec l’arrivée prochaine des chefs d’Etat à Abidjan. Même si le recomptage des voix ne fait pas partie de l’ordre de mission officiel des mandataires de l’UA, ils veulent à tout prix saisir cette occasion pour défendre leur position, déplore Le Nouveau Réveil, en espérant inverser le cours des évènements. »

Vers une asphyxie financière ?

Alors qu’est-ce qui pourrait faire bouger les lignes en Côte d’Ivoire ? Comment la communauté internationale peut-elle contraindre Gbagbo à quitter le pouvoir ? Il y a l’option militaire, qui ne semble pas d’actualité en raison des risques d’embrasement du pays. Reste le levier économique… Et c’est cette hypothèse que privilégient deux sites d’informations français… Pour Rue 89, « les ressources de Gbagbo sont en voie d’assèchement. (…) Pour payer les fonctionnaires et l’armée, il a besoin d'environ 70 milliards de francs CFA par mois (137 millions d’euros) », relève le site qui estime que l’homme fort d’Abidjan a « de quoi tenir jusqu’à mars. » Après, les caisses seront vides…

Analyse similaire pour le site d’information SlateAfrique pour qui « l’asphyxie financière reste sûrement la principale chance pour Alassane Ouattara de parvenir à s’imposer face à son rival. Mais chaque décision allant en ce sens est longue à mettre en œuvre, relève le site, ce qui a permis jusqu’à présent à Laurent Gbagbo de trouver à chaque fois une nouvelle parade. » Et SlateAfrique de s’interroger : « que se passera-t-il si Laurent Gbagbo se sent financièrement pris à la gorge ? Ne risque-t-il pas, comme en 2004, de jouer sur le sentiment anti-français ou anti-étranger pour s’en sortir ? L’exaction de trop pourrait conduire l’ONUCI et la force militaire française Licorne à intervenir. Cela ne garantirait pas le départ de Laurent Gbagbo, mais cela replongerait certainement le pays dans la guerre. » 

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