Revue de presse Afrique

A la Une : « Egypte, le pourrissement »

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C’est le grand titre du quotidien algérien La Tribune  , avec cette photo de deux manifestants pro et anti-Moubarak en train de s’affronter à coups de bâton… Les véritables batailles rangées auxquelles on a assisté ce mercredi au Caire auraient fait plusieurs morts et des centaines de blessés. Et La Tribune s’insurge : « Moubarak n’a pas hésité à mettre l’Egypte sur la voie du chaos. (…) Le désir de changement exprimé par des millions d’Egyptiens se heurte à la folie du pouvoir de Moubarak qui a libéré dans la soirée de ce mercredi ses sbires pour faire de la place Al Tahrir un champ de ruines. (…) Il n’a pas trouvé de meilleur moyen pour contourner sa propre remise en cause par le peuple que d’actionner ses ultimes fidèles dans une partie où les jets de pierres ont étouffé la voix des slogans significatifs que scandaient les partisans du changement. »

L’Observateur  au Burkina hausse le ton : « il faut acculer la bête jusqu’au bout, voire l’achever en le chassant du pouvoir, sinon elle devient plus dangereuse. (…) A un homme comme Moubarak qui a déjà passé 30 ans au pouvoir, on ne peut faire confiance quand il promet, dans un air de componction, de se retirer des affaires. La preuve, il mobilise en sous-main ses partisans, dont de nombreux policiers en civil, pour porter la contradiction à ses adversaires. » Et le quotidien burkinabé de s’interroger sur l’attitude de l’armée : « va-t-elle se contenter de rester l’arbitre neutre qui observe les deux camps se massacrer ou, à un certain moment, face au désordre, aux pillages et aux tueries, va-t-elle siffler la fin de la récréation en mettant tout le monde d’accord ? »

Une nouvelle forme de révolution…

En attendant, cette révolution égyptienne continue de provoquer bien des réactions dans les médias du continent… Pour le site d’information Fasozine , « incontestablement, rien ne résiste à la révolution de jasmin qui souffle sur le Maghreb et le monde arabe. Les potentats et autres 'présidents à vie' n’ont qu’à bien se tenir dans cette partie du monde où les peuples sont désormais décidés à prendre leur destin démocratique en mains. »

Le site d’information Guinée Conakry Infos  reprend et amplifie la menace à tout le continent. Attention, prévient-il, « la révolution n’est pas morte ! (…) On pensait que le processus de démocratisation, dans lequel le continent africain s’est largement engagé, suffirait à assurer les successions politiques et à arbitrer les contradictions… » Et bien non… « Les populations, estimant que les mécanismes que leur offrent les soi-disant procédés démocratiques ne leur permettent pas de se faire entendre, ont pris d’assaut le pavé, constate Guinée Conakry Infos. Elles ont investi la rue en masse. (…) En réalité, ce qui est arrivé, c’est que les leaders n’ont été que des semblants de démocrates. Il n’a jamais été question de compétition politique loyale. Parce que les adversaires ont été censurés, persécutés et stigmatisés. Parce qu’aussi, la liberté d’expression n’a jamais eu une quelconque réalité. »

Pour le quotidien Liberté  , au Togo, « indubitablement, l’Afrique connaît en ce début d’année une nouvelle forme de révolution : celle de la rue. Une rue qui est arrivée à faire partir le président Ben Ali du pouvoir en Tunisie et fait trembler en ce moment même le raïs égyptien, Hosni Moubarak. Plus que ces dictateurs, les mouvements de révolte qui se répandent dans les pays africains ces dernières semaines auront aussi le mérite de mettre fin à une nouvelle forme de succession apparue sur le continent au début du nouveau millésime. »
A savoir, précise Liberté, « les ambitions présidentialistes de certains fils de présidents comme Gamal Moubarak et Karim Wade. (…) Avec les contestations de la rue maghrébine, nul doute que le rêve n’est plus réalisable pour ces chefs d’Etat en gestation », relève le quotidien togolais qui conclut par cette phrase : « les peuples africains, après avoir fait l’expérience de plusieurs systèmes politiques marqués par de longs règnes +d’un seul homme fort+ ou des situations d’instabilité politique, semblent décidés cette fois-ci à prendre leur destin en main. »

L’Algérie prochaine sur la liste ?

Dans certains pays, le malaise est bien réel… Après la Tunisie, après l’Egypte, de nombreux regards se tournent vers l’Algérie. Et ce jeudi matin, le quotidien algérien Liberté ne prend pas de gants avec le pouvoir en place : « à force de faire la sourde oreille et de prétendre ad vitam aeternam tenir les rênes du pays et décider de ce qui est bien pour son peuple, le régime n’a pas vu des générations passer avec d’autres besoins et d’autres formes de gestion. En cinquante ans d’indépendance, notre pays compte encore parmi les rares qui ont le même personnel politique, si on exclut quelques clones appelés à la rescousse. Ceci pour dire qu’entre le sommet et la base, affirme Liberté, il y a un véritable fossé que personne n’a su ou pu combler. »

Enfin, cette lettre ouverte adressée au président Bouteflika par un universitaire algérien qui enseigne en France, une lettre publiée mercredi 2 fevrier par le quotidien El Watan, et reprise ce jeudi matin par de nombreux sites d’informations dont,Le Matin . Voici ce qu’on peut y lire, notamment : « Monsieur le Président, Je vous écris publiquement pour solliciter votre départ immédiat et organisé, meilleure issue pour l’Algérie et pour votre personne. (…) Votre sort est scellé. Il est fatalement le même que celui de Ben Ali et Moubarak. Ayez le courage de le devancer. »

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