Revue de presse Afrique

A la Une : la révolution est-elle soluble dans le marigot africain ?

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Les exemples tunisiens et égyptiens inspirent de nombreux commentateurs ce lundi. Comme le remarque le quotidien Liberté au Togo, «au-delà du départ de Ben Ali et de Moubarak, c’est l’avenir des 'démocratures' africaines qui alimente les débats sur le net et dans les rues subsahariennes. Si dans les milieux intellectuels, on se refuse à croire que la révolution du jasmin pourrait atteindre l’Afrique noire, dans les rues des capitales africaines, on pense plutôt le contraire», estime Liberté. Liberté qui poursuit : «taux de chômage élevé, extrême pauvreté d’une partie de la population, taux d’inflation au-dessus de la moyenne acceptable, corruption généralisée, voici la liste non exhaustive des maux contre lesquels se sont révoltés les peuples tunisiens et égyptiens. Et ces maux, les Africains au sud du Sahara les vivent au quotidien.»

Et Liberté de s’interroger : «Les Togolais vont-ils accepter que Faure Gnassingbé ferme les yeux sur les détournements de deniers publics, l’enrichissement insolent de certains pontes de son régime ? (…) Jusqu’à quand les Sénégalais, les Burkinabè et les autres peuples d’Afrique vont-ils laisser leurs dirigeants brader les richesses nationales, accorder des privilèges à leurs entourages et à leurs protégés pendant que ces peuples vivent dans l’extrême pauvreté ? (…) L’heure de l’Afrique semble avoir vraiment sonné, s’exclame le quotidien togolais. Aux Africains de décider de la marche à suivre.»

Nombreuses leçons…

Ce qui s’est passé en Tunisie et en Egypte a eu «beau se dérouler sous nos yeux en Mondovision, relève Mutations au Cameroun, on n’a pas l’impression que cela a servi de leçons aux autres chefs d’Etat (du continent) qui devraient en tirer deux enseignements majeurs.»

Premièrement, prévient le quotidien camerounais, «tout pouvoir, destiné à aider le peuple à se développer et à s’épanouir, doit être limité dans le temps, pour permettre de faire des bilans et renouveler la classe politique. Lorsqu’il s’étend dans la durée, il multiplie les dérives et dilue l’efficacité des actions.»

Deuxièmement, poursuit Mutations, «il arrive toujours un moment où les nombreuses promesses, destinées à gagner du temps pour conserver le pouvoir, se bloquent devant (…) l’instinct de survie des jeunes, de plus en plus nombreux et qui, confrontés aux mêmes réalités du chômage, de la misère, de la corruption, du système politique verrouillé, se retrouvent, toutes tendances confondues, dans les mêmes messages de révolte, les mêmes cris de désespoir.»

«Moubarak s’écroule, encore une leçon !», avertit pour sa part L’Observateur en RDC. L’Observateur qui constate que le raïs n’a pas su développer son pays en associant le peuple, et qui établit le parallèle avec la situation au Congo, avec cette question : «comment vaincre la pauvreté, et espérer aller de l’avant si les Congolais ne sont pas intimement et abondamment associés à la gestion des richesses de leur pays ?»

«Révolution virale»

Le Républicain au Mali parle lui de «révolution virale. (…) Plus rien ne sera comme avant, affirme-t-il. Ni en Tunisie, ni en Egypte, ni ailleurs sur le continent, dans la mesure où l’Afrique du Nord a produit une belle jurisprudence : l’armée ne tire pas sur son peuple. Un nouveau paramètre de gouvernance s’impose ainsi, s’exclame le quotidien malien, avec la force de la contagion et la pertinence des griefs, partout où élection rime avec fraude, pouvoir avec pillage, liberté avec prison, jeunesse avec chômage, et famille avec désarroi.»

«A présent, un vent de liberté souffle sur l’ensemble du monde arabe, constate L’Observateur au Burkina. Hier, c’était la Tunisie, aujourd’hui, c’est l’Egypte. Et demain ? Duquel de leurs Excellences messieurs les dictateurs sera-ce le tour ? (…) Et cette Afrique noire dont le silence des dirigeants, en ce moment, résonne, assourdissant ? Nul doute que la peur fait trembler en ce moment les murs calfeutrés de certains palais luxueux. Apprentis-dictateur, à vos petits souliers, s’exclame le quotidien burkinabé, car il se peut qu’un monde nouveau soit en train de voir le jour.»

Et l’Algérie ?

Enfin, vigilance en Algérie… La manifestation de samedi a été étouffée dans l’œuf par les forces de l’ordre. Mais, comme le constate El Watan en Une, «la coordination remet ça !» : la Coordination nationale pour le changement et la démocratie qui a décidé d’organiser une nouvelle marche, à Alger, samedi prochain. Et le quotidien Liberté de s’exclamer : «après le baptême du feu de samedi, réussi surtout par son impact psychologique et médiatique, il s’agira d’aller de l’avant, d’autant que le mur psychologique de la peur, érigé sur la base d’un état d’urgence injustifié, est désormais tombé à Alger. Aller de l’avant pour entretenir la dynamique.» Liberté qui ose croire que, cette fois, les autorités algériennes donneront leur feu vert : «quitte à faire appel au même dispositif policier. Mais pour sécuriser les marcheurs cette fois-ci et non pas pour les bastonner ou les embarquer dans les commissariats. Car rien ne justifiera une interdiction, affirme le quotidien algérien, sinon alors la volonté d’empêcher les citoyens de s’approprier la rue pour éructer leur ras-le-bol à ciel ouvert.»

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