Revue de presse française

A la Une : les zones d’ombres autour de la mort de ben Laden

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Il y a plus de questions que de réponses ce mercredi dans les journaux, trois jours après l’opération Geronimo qui a donc conduit à l’élimination du chef d’al-Qaïda.

En premier lieu, qu’est-ce qui prouve que ben Laden est bien mort ? En effet, relève Le Journal de la Haute Marne, « pays de la communication par excellence, les Etats-Unis paraissent pourtant s’empêtrer dans leurs explications et leurs silences. Pas d’image du cadavre de leur ennemi numéro 1. Une immersion rapide de son corps. On peut parier sans risque de se tromper qu’en l’absence de preuves visibles, la machine à inventer les rumeurs et les fantasmes va se mettre à fonctionner très rapidement. »

Libération relève pour sa part que « pour apaiser les doutes et les polémiques, la Maison Blanche envisage de publier bientôt une photo du mort, tout en prévenant que celui-ci a été en partie défiguré par l’impact de balle. »

La Maison-Blanche qui hésiterait, affirme La République des Pyrénées, en évaluant « les conséquences du choc que de tels clichés pourraient provoquer, comme des protestations voire des violences dans le monde musulman. »

Pour leur part, Les Dernières Nouvelles d’Alsace ne croient pas à la publication de ces photos : « personne n’a intérêt à montrer le visage défiguré de l’ex-ennemi numéro un, estime le quotidien alsacien. (…) Le monde ultra-informé de 2011, celui qui vit les événements en direct au rythme météorique des tweets et de Facebook, peine à croire, relève le journal, qu’il devra se résigner à ne pas tout savoir. À ignorer la fin du film. À ne jamais avoir LA photo. La preuve visuelle, absolue et définitive de la mort du plus redoutable terroriste de tous les temps. »

Le rôle trouble du Pakistan

Autre interrogation : le rôle du Pakistan… « A-t-il joué double jeu ? », se demande Le Parisien. « Comment l’homme le plus recherché de la planète pouvait-il se cacher sous le nez des militaires sans être repéré ? », s’interroge encore le journal.

« Difficile en effet, remarque Le Monde, que l’ISI (les services secrets pakistanais) n’ait pas eu vent de la présence d’Oussama ben Laden dans une zone où réside une forte communauté d’officiers à la retraite et où se trouve le “Saint-Cyr” pakistanais. »

D’après France Soir, en fait, ben Laden « disposait de nombreux soutiens au sein des services de renseignements du pays. A plusieurs reprises, les Américains et leurs alliés s’étaient plaints, en des termes à peine diplomatiques, du manque de coopération de ces derniers. (…) Et nombreux sont les spécialistes de la région, relève France Soir, qui pensent que le leader islamiste a été, au final, lâché par ses protecteurs. »

En tout cas, pour Libération, le Pakistan « ne peut esquiver la question et devra s’expliquer au plus vite. » Libération qui s’interroge : « le Pakistan peut-il encore être considéré comme un Etat au sens strict ou est-il devenu une coalescence anarchique de pouvoirs autonomes, dont certains au service de l’islamisme radical ? »

Encore des raisons de faire la guerre en Afghanistan ?

Autre sujet de débat dans la presse ce matin : la guerre en Afghanistan… « Oussama Ben Laden étant mort, quel est le sens de la guerre, impossible à gagner, qui se poursuit en Afghanistan ? », s’interroge Paris-Normandie. La question, que beaucoup posent depuis deux jours, n’est pas illégitime… », affirme le quotidien normand.

« Cette guerre coûte cher : 2 millions de dollars par jour ! », relève L’Est Républicain. « Elle nuit à l’image des Etats-Unis dans un monde arabo-musulman en ébullition. Ben Laden mort, elle perd sa principale raison d’être, les djihadistes agissant surtout au Pakistan. Encore convient-il de permettre au président afghan d’assurer son pouvoir, fût-ce par un accord avec les talibans. La transition, qui concerne aussi la France, prendra peut-être encore un peu de temps, mais elle devient crédible. »

Du coup, pour La Voix du Nord, « alors que la France vient de rendre hommage au cinquante-sixième de ses soldats tués sur le sol afghan, la question de l’opportunité ou non d’un retrait accéléré mériterait d’être posée et débattue au Parlement, plus longuement qu’à l’occasion d’une séance de questions d’actualité. »

Attention, prévient Le Figaro : « programmé pour 2014, le retrait d’Afghanistan ne saurait pour autant être précipité. Ce serait renouveler l’erreur commise au moment de la chute de l’Union soviétique. Le monde ne peut pas abandonner à nouveau ce pays aux forces obscures qui le hantent depuis trop longtemps. Avec la fin de ben Laden, le moment est venu de préparer avec une vigueur nouvelle l’Afghanistan de demain. »

Enfin, analyse bien différente pour L’Humanité : « Ben Laden n’est plus. La lutte contre les talibans est un échec mais la guerre continue parce que les enjeux sont autres, affirme le quotidien communiste. L’Afghanistan, entre l’Iran, la Russie, le Pakistan, l’Inde et la Chine, sur les chemins du pétrole et du gaz, est un carrefour où se joue une part de l’avenir du monde. »

 

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