Revue de presse française

A la Une : Atomkraft ? Nein danke !

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Le nucléaire ? Non merci ! Le célèbre slogan des écologistes allemands dans les années 70-80 est en passe de devenir réalité… L’Allemagne a donc décidé de renoncer à produire de l’énergie nucléaire d’ici à 2022, décision annoncée par la chancelière Angela Merkel. Une décision qui provoque interrogations et inquiétudes ce matin dans la presse française.

Pour Le Figaro, c’est clair : « l’Allemagne cède aux écologistes ». C’est le grand titre du journal. « Le calcul est électoraliste, dans la perspective des législatives de 2013, estime Le Figaro. Face à l’effondrement brutal de ses alliés libéraux du FDP, Angela Merkel parie sur une alliance avec les Verts. » Et cette « équation politique a des répercussions sur toute l’Europe », déplore le journal. « A cause de Berlin, notre continent renonce pour longtemps à toute indépendance énergétique, affirme Le Figaro. Sa dépendance à l’égard de la Russie et de son gaz va s’aggraver. (…) Comble de l’hypocrisie, ce sont nos centrales qui éclaireront et chaufferont les écolos allemands. Quant à la réduction des gaz à effet de serre, ce n’est, semble-t-il, déjà plus une priorité. »

Interrogations en série…

Alors en effet, beaucoup de questions se posent… La Croix en liste quelques-unes : « l’abandon de l’atome s’accompagne-t-il d’une intensification des centrales thermiques, à charbon, nocives pour le climat ? L’Allemagne devra-telle s’approvisionner en électricité venue d’ailleurs (de France ?) et d’origine nucléaire ? Le développement des éoliennes ou du photovoltaïque suffira-t-il à combler l’écart ? (…) L’engagement ne sera pas simple à tenir, relève La Croix, et peut-être y aura-t-il d’autres revirements. Un certain pragmatisme s’impose, conclut le journal, pour tenir cette double exigence : prévenir une aggravation du réchauffement climatique et réduire la dépendance au nucléaire. »

Autre question : et l’Europe dans tout cela ? « Qui se souvient que l’Europe a été bâtie autour de l’énergie ? Qu’elle fut à l’origine Communauté européenne du charbon et de l’acier ? », rappelle Sud Ouest. « L’énergie en commun ? Là était l’avenir ! Il y a donc une certaine ironie, estime Sud Ouest, à voir aujourd’hui l’Allemagne rompre brutalement avec le nucléaire sans aucune concertation. »

D’autant que « ce changement de cap à Berlin aura des conséquences au sein de l’Union européenne, s’exclame Ouest France. Angela Merkel n’est pas isolée. L’Italie, l’Autriche, la Belgique se détournent du nucléaire. L’indépendante Suisse également. L’Espagne est attentiste. Le non au nucléaire en sort renforcé, poursuit Ouest France, et Paris, qui milite pour que l’atome soit labellisé énergie propre, risque de déchanter. »

Débat à gauche, unité à droite

En France justement, le débat est, du coup, relancé… La France, « où l’abandon du nucléaire présenterait un tout autre enjeu, affirme Le Courrier Picard, à la hauteur de notre dépendance vis-à-vis d’un mode de production qui couvre, rappelle le journal, 78% de nos besoins d’électricité (contre 22% en Allemagne). Il impose surtout au PS de clarifier sa doctrine : les Verts en font la condition non négociable d’un accord électoral. »

En effet, précise Le Républicain Lorrain, « si la majorité est relativement homogène sur la question, les socialistes, eux, le sont un peu moins depuis que Martine Aubry a affirmé avoir personnellement tiré la leçon de la catastrophe de Fukushima. Mais surtout, estime le quotidien lorrain, les relations entre PS et écolos s’en trouvent fragilisées, ces derniers faisant de la sortie du nucléaire un préalable à tout accord avec le principal parti de gauche. »

Du côté du gouvernement, aucune ambiguïté ; dans un entretien à Libération, le ministre de l’Industrie et de l’Energie, Eric Besson, réaffirme la place prépondérante du nucléaire en France et ailleurs… « Notre monde ne pourra pas se passer du nucléaire au XXIe siècle », affirme-t-il. Et pour ce qui est du risque, « aucune statistique fiable ne peut être fondée sur deux accidents en un demi-siècle », rétorque-t-il. « La France n’est pas isolée, poursuit Eric Besson. Barack Obama vient de réaffirmer qu’il n’y aura pas de suspension du nucléaire aux Etats-Unis. » Et le ministre de citer également le Japon, la Chine, l’Inde ou encore la Grande-Bretagne… Enfin pour ce qui est du nouveau réacteur EPR, « le plus sûr au monde, affirme Eric Besson, il a de l’avenir. »

L’Allemagne future championne ?

En tout cas, en prenant cette décision sans précédent, relève La République du Centre, Angela Merkel « fait endosser à l’Allemagne un rôle précurseur dans la construction d’un nouveau modèle énergétique. » Et « les efforts que l’Allemagne a réalisés en matière économique, elle saura sans doute les renouveler en matière d’énergies nouvelles pour se positionner sur le marché. »

En effet, renchérit Paris Normandie, « dans l’immédiat, les Allemands vont devoir investir massivement dans les énergies renouvelables pour combler le vide laissé par le nucléaire. Ils vont en devenir les champions, estime le quotidien normand. Et cela non plus, ce n’est pas une bonne nouvelle pour nous. Car nous risquons une fois de plus de nous faire distancer dans cette course aux énergies renouvelables qui est un enjeu majeur pour l’avenir. Si tel était le cas, conclut Paris Normandie, notre avance technologique sur l’atome pourrait finalement s’avérer un redoutable handicap. »

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