Revue de presse française

A la Une : la « déclaration d’humour » de Jacques Chirac à François Hollande

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Rappel des faits pour ceux qui auraient vécu totalement isolés ces derniers jours : dans le second tome de ses mémoires, l’ancien président Jaques Chirac avait déjà dit tout le mal qu’il pensait de l’actuel président Nicolas Sarkozy, en tout cas celui d’avant 2007. Il avait aussi rappelé toute son affection au candidat aux primaires socialistes François Hollande. Samedi, à Sarran, en Corrèze, il en a remis une couche en affirmant qu’il… voterait pour François Hollande en 2012. C’est parti pour le buzz médiatique, « la meilleure promo possible » pour son livre, note au passage La Nouvelle République.

« Papy flingueur »

Commentaires omniprésents dans la presse française aujourd’hui. « Le papy flingueur », titre France Soir. C’est aussi un ancien président caricaturé en cow-boy, qui dégaine deux flingues à la Une de Libération. Le quotidien était sur place, à Sarran, quand le drame s’est noué. Il raconte les rires échangés, les gestes presque amicaux entre les deux hommes, jusqu’à la fameuse phrase de Jacques Chirac sur ses intentions de vote devant un François Hollande visiblement gêné. Ce dernier fait même un geste à Jacques Chirac pour lui faire remarquer les perches de prises de son des journalistes. « Panique » dans l’entourage de l’ancien président comme du candidat aux primaires, écrit Libération. Ce dernier démarre alors le déminage d’urgence. « C’est une plaisanterie », s’empresse-t-il d’affirmer. Plaisanterie qui a sûrement incité Libération à titrer aujourd’hui en Une : « La vache qui rit ».

Un trait d’humour ?

Après François Hollande, vaine tentative de rétropédalage de Jacques Chirac. Ce n’était que de « l’humour corrézien », avance-t-il. Un département, on le sait, cher aux deux hommes, qui en ont fait leur fief électoral. Humour potache de Corréziens donc ? « C’est tellement énorme qu’on accepte [cette thèse] », juge Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Une plaisanterie « qui arrange [pourtant] bien les deux hommes, soucieux de ne pas choquer les ultras de leurs camps respectifs qui apparentent volontiers leur élasticité républicaine à une forme de trahison ». Une plaisanterie, qui ne fait pas rire à gauche. « Peu réceptifs aux boutades de fin de marché aux bestiaux, écrit Le Progrès de Lyon, certains [socialistes] en profitent pour taper sur le pauvre Hollande suggérant que la Corrèze (...) n’est plus la France de 2012 ». Pour La Voix du Nord pourtant, Jacques Chirac a « adoubé François Hollande ». « Adoubement », un terme repris par Sud-Ouest, qui note qu’il est trop tôt pour dire si cela aidera le prétendant socialiste. Car avant de tenter de « terrasser Nicolas Sarkozy », il va devoir rassembler son propre camp. « Le compliment de Jacques Chirac est [donc] peut-être prématuré », conclut Sud-Ouest.

A droite, on ne rigole pas non plus

Cette boutade, si cela en est une, montre tout de même un certain manque d’affection de Jacques Chirac pour son successeur. Cette blague, il l’a tout de même « répétée trois fois », rappelle Libération. Et « s’il dit du bien de [son] adversaire d’hier [François Hollande] (...), c’est qu’il le pense », écrit Le Figaro. Réponses acerbes du clan UMP, le parti de la majorité présidentielle : un ancien ministre glisse au Figaro que « Chirac n’a plus aucune limite ». Il ajoute : « La disparition des inhibitions est liée à [sa] maladie. (...) Il se sait diminué et il en profite ». Un autre responsable UMP lance aussi au Parisien-Aujourd’hui en France, que « le président n’a plus tout sa tête ». Alors est-ce que cela a fait rire Nicolas Sarkozy ? Pas sûr. « Sans pitié, le président mettra [aussi ces déclarations] sur le compte de l’usure de son prédécesseur, pense Les Dernières Nouvelles d’Alsace. [Un prédécesseur] dont il commente l’état de santé (...) avec les ellipses de langage lourdes de sous-entendus qu’on réserve généralement à l’évocation d’un grand malade ».

Détenues en talons

On termine avec ce reportage, à lire dans Libération. Il démarre sur le stress d’une stagiaire chez Sakina M’Sa, la maison de couture d’une styliste primée. Elle panique car « elle doit envoyer les mannequins au maquillage et s’affole de ne pas les voir arriver ». Affolement plutôt habituel pour un défilé, sauf que cette fois, il a lieu à Fleury-Mérogis, en Essonne, dans la maison d’arrêt des femmes. La maison de Sakina M’Sa est aussi une entreprise de réinsertion. Alors les mannequins ont été choisis en priorité parmi « les longues peines », « les détenues les plus isolées » à qui il a fallu apprendre à marcher avec des talons, la tête haute. Un reportage qui nous apprend au passage le quotidien de ces détenues : le prix d’un brushing chez la coiffeuse de la prison, le nombre de tenues qu’elles ont le droit de posséder. La styliste Sakina M’Sa n’en est pas à son coup d’essai : elle est déjà intervenue dans des favelas de Rio ou dans des maisons de retraites. Bref, la mode, pour elle, c’est « un passeport », dit-elle, « pour rentrer dans des lieux inhabituels, une carte légère pour parler de choses importantes ».

 

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