Chronique des matières premières

Les stratégies de l'industrie agroalimentaire face à l'huile de palme en Europe

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En Europe, l’industrie agroalimentaire est confrontée au rejet de l’huile de palme. Photo d'une grappe de fruits du palmier à huile en Malaisie.
En Europe, l’industrie agroalimentaire est confrontée au rejet de l’huile de palme. Photo d'une grappe de fruits du palmier à huile en Malaisie. AFP/TENGKU BAHAR

Une pétition a été lancée contre l'implantation d'une usine de Sime Darby, le champion malaisien de l'huile de palme, à Narbonne, dans le sud de la France. Cette huile de palme suscite le rejet, en Europe, non seulement parce que ses plantations sont réputées avoir amputé les forêts primaires d'Asie du Sud-Est, mais parce qu'elle est riche en acide gras saturés, mauvais pour les artères.

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Cette huile d'origine africaine, implantée en Asie au 19ème siècle, solide à température ambiante et beaucoup moins chère que les huiles végétales européennes, est venue, il y a quinze ans opportunément remplacer les acide gras trans, encore plus néfastes, qui résultaient de l'hydrogénation partielle des huiles de colza ou de tournesol, que l'on transformait pour augmenter leur température de fusion et leur durée de conservation. Pour que les cakes, les biscuits et autres barres chocolatées ne fondent pas dans l'assiette ou dans la main... pour que les soupes en poudre se conservent plus longtemps dans les placards, l'huile de palme était donc la solution idéale.

 
Pourtant, certains industriels ont fait le choix radical de la rayer de leurs ingrédients : Cadbury est revenu au beurre de cacao, Findus aux autres huiles végétales ou au beurre laitier - aussi riche en acide gras saturé mais moins polémique ! Au contraire, il était impensable pour Nestlé ou Unilever de se passer d'huile de palme en Europe, tout en continuant à l'utiliser en Asie, qui absorbe les trois quarts de la production mondiale. Sauf à imaginer de remplacer l'huile de palme par du colza, du tournesol ou du soja, qui demandent 6 à 10 fois plus de surfaces pour la même production, la solution était donc, pour ces géants de l'agro-industrie, l'huile de palme «durable» : la garantie officielle que l'approvisionnement avait lieu auprès de plantations respectueuses des ressources naturelles et des communautés locales. Rien ne différenciant qualitativement l'huile de palme durable de la non durable à ce jour, les deux tiers des achats sont purement virtuels : une plate-forme, Greenpalm, reverse une prime de 6 dollars la tonne aux producteurs vertueux. Modeste contribution, et pourtant, seule la moitié de la production durable est valorisée en tant que tel, signe qu'au niveau mondial, l'agro-industrie est loin d'avoir pris en considération les scrupules des Européens.

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