Revue de presse Afrique

A la Une : Gbagbo à la CPI

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La nouvelle a fait l’effet d’un coup de tonnerre hier dans le ciel médiatique ivoirien.
« Gbagbo en prison à la Haye », s’exclame Le Nouveau Réveil. « Gbagbo à la CPI », relève Fraternité Matin.

Pour Le Patriote, c’est « Gbagbo : la fin ».

« Un Woody débarqué à la CPI », lance L’Intelligent (Woody étant l’un des surnoms de l’ex-président).

« Ouattara livre Gbagbo à la CPI : adieu la réconciliation ! », tonne Notre Voie.
« Le message de Gbagbo aux ivoiriens : 'ne pleurez pas, soyez forts…'», rapporte Le Nouveau Courrier.

Alors, « tout s’est déroulé à huis clos hier entre le palais de justice de Korhogo et l’aéroport », préciseLe Nouveau Réveil. « Accusé d’avoir plongé la Côte d’Ivoire dans une crise post-électorale qui a fait plus de 3.000 morts (chiffres officiels), l’ancien président Laurent Gbagbo a été transféré depuis hier à La Haye. L’avion spécial, affrété par la CPI, a quitté Korhogo sous le coup de 18h 21, l’aéroport de la cité du Pôrô qui, pour la circonstance, a été verrouillé par un impressionnant dispositif sécuritaire des Forces républicaines et des éléments armés de l’ONUCI. Impossible dans ces conditions d’apercevoir même de loin Laurent Gbagbo. »

Surprise !

Toujours selon Le Nouveau Réveil, d’autres dignitaires de l’ancien régime devraient suivre : « Laurent Gbagbo a été transféré seul. Mais il devrait être rejoint sous peu à La Haye par un certain nombre de ses proches. Dont le contre-amiral Vagba Faussignaux, le Général Dogbo Blé Bruno, le Commandant Séka Séka Anselme, et Charles Blé Goudé qui est toujours en cavale. Sur le cas de Simone Gbagbo, précise le quotidien ivoirien, les juges seraient hésitants sur le point de savoir si elle doit être transférée à La Haye ou être jugée en Côte d’Ivoire. »

En tout cas, la nouvelle du transfèrement de Laurent Gbagbo a surpris en Côte d’Ivoire, même si, rapporte L’Intelligent, « depuis samedi dernier, lors de la rencontre avec le procureur Luis Moreno-Ocampo, avec le chef de l’Etat ivoirien, le sort de Laurent Gbagbo semblait scellé, puisque tous les détails de l’opération avaient été réglés et balisés. » Et le quotidien ivoirien de constater que « les pro-Gbagbo étaient en larmes. Le coup était difficile à supporter pour eux. De leur côté, des partisans du RHDP ont exprimé leur soulagement, de voir que le colis encombrant est parti, et que de ce fait, le pays ne s’est pas embrasé, que le ciel n’est pas tombé sur la tête des Ivoiriens. »

Et la réconciliation ?

Alors, Gbagbo devant la CPI, la question qui se pose maintenant est celle de la réconciliation nationale… « Quelle couleur va prendre cette réconciliation conduite par Charles Konan Banny ? », s’interroge L’Intelligent. « Les largesses et la bienveillance que le gouvernement Ouattara pourrait manifester à l’égard des partisans de Laurent Gbagbo et du FPI, suffiront-elles à faire passer la douleur et à faire vraiment sortir l’ex-président du cœur des siens et de ses partisans ? (…) De quel moyen, le FPI dispose-t-il en interne, pour résister et protester contre la mise à mort politique de son mentor ? Combien de temps, faudra-t-il au FPI pour apporter la réplique, lui qui a mis quatre mois, à se relever après le 11 avril ? Tant de questions ! Tant de questions ! », s’exclame L’Intelligent.

Du côté de la presse d’opposition, les choses sont très claires : « Alassane Ouattara et ses partisans (…) viennent de déchirer le projet de réconciliation des fils et filles du pays », affirme Le Nouveau Courrier. « Les partisans du président Gbagbo ne peuvent comprendre et concevoir l’+entêtement+ du régime à vouloir se débarrasser coûte que coûte de leur champion, ce qu’il a réussi d’ailleurs, et à chanter hypocritement l’hymne à la réconciliation. Pour eux, c’est clair : on ne peut prétendre à une chose et son contraire. Et de ce fait, ils se sentent de facto exclu de tout processus de réconciliation nationale. Charles Konan Banny et la Cdvr ont donc fort à faire, conclut Le Nouveau Courrier, dans une mission qui s’avère être quasi impossible au regard du déroulement de l’actualité récente. »

Un éloignement salutaire ?

A contrario, relève Le Pays au Burkina, « d’aucuns voient dans ce transfert, un éloignement de l’ex-président voulu par le pouvoir pour s’attaquer sereinement à la question cruciale de la réconciliation. Dont acte. On le savait, le procès de Laurent Gbagbo en terre ivoirienne pouvait créer un chahut homérique susceptible d’affecter le processus de réconciliation en cours, déjà fragile. »

Analyse divergente pour Fasozine : « le hic dans le transfert de Laurent Gbagbo vers La Haye, c’est que la période semble mal choisie. Quelque chose tombe mal en tout cas, dans ce contexte de réconciliation à l’ivoirienne où une certaine logique politique aurait voulu que Ouattara fasse l’économie de cette décision. Car, au-delà du caractère légal, voire légaliste du mandat d’arrêt international contre l’ex-président, il ne cache pas moins un échec de la justice ivoirienne qui montre ici son incapacité à gérer le cas Gbagbo. »

En tout cas, remarque Guinée Conakry Infos, désormais, « le président Ouattara et la justice ivoirienne doivent se battre pour faire montre de la même promptitude à l’égard de tous ceux qui se sont rendus coupables de crimes, contre l’humanité dans la crise ivoirienne. (…) Ainsi le camp Gbagbo pourrait être incité à reconnaître le bien-fondé du sort de l’ancien président. »

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