Chronique des matières premières

La revanche d'une culture indigène, le quinoa

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Des graines de quinoa, plante herbacée cultivée dans les hautes plaines des Andes.
Des graines de quinoa, plante herbacée cultivée dans les hautes plaines des Andes. Pom/ Wikimedia commons

Les Nations unies ont déclaré que 2013 serait l'année du quinoa. L'Agence pour l'alimentation et l'agriculture, la FAO, a même lancé un programme de trois ans pour étendre à d'autres régions du monde la culture de cette plante des hauts-plateaux andins.

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Depuis qu'on a découvert les qualités nutritives du quinoa, le succès ne se dément pas dans les pays riches. Plus digeste que les céréales parce que dépourvu de gluten, pauvre en lipides, mais très riche en protéines, en calcium, en fer, et autres vitamines, le quinoa a même été considéré par la Nasa (Administration nationale de l'aéronautique et de l'espace) comme l'aliment idéal. En dix ans, les exportations de quinoa bolivien ont été multipliées par 20 ! Destination : les Etats-Unis à 50% et l'Europe pour un tiers. Le quinoa porte bien aujourd'hui son surnom de « graine d'or ».

Alors, son élection par les Nations unies est décidément une consécration pour cette plante qui fut pendant des siècles la nourriture du pauvre, de l'indigène, la plante des Indiens de l'Altiplano, qui commençaient presque à s'en détourner pour manger du riz et des pâtes, souligne Henri Hocdé, du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) ! Ce n'est pas un hasard si Evo Morales, le président bolivien, a été choisi comme ambassadeur du quinoa par les Nations unies : avant de devenir le premier Indien d'Amérique à diriger un Etat, il cultiva, enfant, le quinoa.

La FAO souhaite mettre en avant l'utilité de préserver un capital génétique - celui du quinoa a été préservé plus de 7 000 ans. L'organisation onusienne espère aussi étendre la culture du quinoa à d'autres régions fragiles du monde. Cette plante a résisté en milieu hostile, sur des terres sèches et salines, à 3 000 mètres d'altitude. Le quinoa pourrait être une des solutions à l'insécurité alimentaire et pas seulement un mets prisé par les Occidentaux. Des expériences ont déjà été menées avec succès sur tous les continents, du Maghreb à l'Inde.

Restera à rétribuer justement les pays andins pour cette biodiversité qui profiterait à la planète entière. Ce serait l'occasion, estime Didier Bazile, autre spécialiste du quinoa, mandaté par le Cirad à la FAO, de mettre en application les textes internationaux qui ont été votés à ce sujet dans le sillage du premier sommet de Rio. On peut faire confiance à la Bolivie pour défendre sa « graine d'or » : le quinoa fut le premier exemple de procès pour bio-piraterie, au milieu des années 1990. Une université américaine avait osé breveter une nouvelle variété à partir de l'espèce andine du quinoa.

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