Revue de presse Afrique

A la Une : les inondations en Afrique de l’Ouest

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Des pluies diluviennes se sont abattues ces derniers jours sur la sous-région, tout particulièrement à Dakar, au Sénégal, où le bilan est catastrophique : une dizaine de morts et des milliers de sinistrés. « Sale temps ! », s’exclame en Une le quotidien Enquête. « "La plupart des pertes en vies humaines sont dues à des chutes d’ouvrages de mauvaise construction", a précisé, face à la presse, le ministre de l’Intérieur Mbaye Ndiaye, rapporte le journal. D’importants dégâts matériels ont été également enregistrés, lors de ces fortes intempéries. Selon les services de la météo, plus de 90 mm de pluies se sont abattues sur Dakar en seulement quelques heures, un fait jugé "exceptionnel". »

Témoignage, toujours dans Enquête, de Fatou Diom, cette jeune mère qui a sauvé sa famille : « "quand j’ai senti le mur bouger, j’ai réveillé mon mari et nous nous sommes sauvés. Nous avons pu sortir nos bagages et je criais pour alerter les autres". (…) Et très vite, tout s’est emballé, poursuit le journal. Le mur est tombé de toute sa masse sur ces baraques, dépourvues de tout pour contenir un tel adversaire. Fatou raconte le plus affreux : "on entendait crier des hommes et des femmes sous les décombres, ils appelaient au secours, c’était terrible, vous ne pouvez pas imaginer !" »

Autre témoignage recueilli cette fois par le quotidien Walfadjri, celui d’Aïssata du quartier des Parcelles assainies : « cela fait plus de vingt ans que nous vivons ici, nous n’avons jamais vécu une situation pareille, dit-elle. Nous sommes presque à un mètre d’eau. Nous réclamons des motopompes. La saison des pluies est loin d’être terminée. »

Indignations !

« Pluies diluviennes à Dakar : 10 pauvres morts ! », s’insurge pour sa part La Tribune. La Tribune qui constate que ce sont toujours les pauvres, ceux qui vivent dans les habitations les plus précaires, qui paient le plus lourd tribut des inondations. « Le drame qui est survenu n’est qu’une suite logique d’une situation qui était prévisible, déplore La Tribune. Si on y prend garde, d’autres catastrophes vont se produire. Le pilotage-à-vue et le manque de courage de nos gouvernants n’ont que trop duré… »

Sur le site d’information Dakar Actu, l’éditorialiste accuse : « au cours de ces dernières années, 217 milliards ont été consacrés à la gestion des inondations avec comme résultat ce que nous vivons aujourd’hui, c’est-à-dire l’apocalypse. (…) J’accuse l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade, qui a réalisé des infrastructures de pacotille et livré des travaux mal terminés. (…) J’accuse les autorités qui ont dilapidé les milliards dévolus à l’assainissement, alors que nous savons qu’il suffit de seulement 30 milliards pour bénéficier d’un système d’évacuation des eaux pluviales fiable et pérenne. J’accuse des dirigeants qui n’ont aucune compassion pour un peuple qui, chaque année, perd, en même temps que des vies humaines, une partie de sa dignité. »

Manque d’anticipation…

Et pourtant, le drame était prévisible, comme le souligne le site d’information Guinée Conakry Infos : « consécutives au dérèglement climatique, ces inondations étaient plutôt attendues. En fait, depuis quelques années, il en est ainsi de la saison pluvieuse au Sénégal. Et c’est justement cette absence d’anticipation de la part des autorités sénégalaises qui est consternante, relève le site guinéen. Les milliers de sinistrés, leurs parents et proches des victimes se disent scandalisés par la négligence manifeste dont le nouveau pouvoir sénégalais a fait montre. Depuis Wade, après et certainement avant même ! Certes, poursuit Guinée Conakry Infos, les Sénégalais ne se faisaient pas beaucoup d’illusion en élisant Macky Sall. Mais intérieurement, ils caressaient l’espoir que le nouveau président serait mieux à même de faire face aux inondations qui, désormais, caractérisent la saison des pluies dans ce pays semi-sahélien. Malheureusement, au regard du drame humain provoqué par les pluies diluviennes de ces derniers jours, ils ne peuvent que déchanter. »

Autres pays et mêmes problèmes

Malheureusement, ce problème de montée des eaux ne touche pas que le Sénégal : « Burkina, Niger, Nigeria, Cameroun… La liste est longue des pays qui sont chroniquement frappés par des inondations avec leurs cortèges de dégâts aussi matériels qu’humains », constate le quotidien Le Pays au Burkina. « A la vérité, poursuit-il, ces inondations répétitives, aussi mortelles les unes que les autres dans les grandes métropoles africaines, sont le plus souvent la conséquence d’un échec des politiques urbaines. (…) On attend souvent que le sinistre se produise pour se rendre compte que tel ou tel espace n’est pas habitable. »

Qui plus est, relève encore Le Pays, « les villes africaines s’étendent à une vitesse de croisière sans qu’il y ait souvent une politique d’assainissement adéquate pour les accompagner. En outre, la fracture devient de plus en plus abyssale entre les quartiers des villes africaines. On a parfois la fâcheuse impression que les politiques d’assainissement de nos villes sont beaucoup plus orientées vers les quartiers des nantis qui tranchent nettement par leur rutilance avec les quartiers populaires. (…) En tout état de cause, conclut le quotidien burkinabé, le risque que les villes africaines s’embrasent est grand si les pouvoirs publics ne travaillent pas à gommer ces disparités. »

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