Revue de presse Afrique

A la Une : François Hollande à Kinshasa

Audio 04:58

Publicité

« François Hollande participera au 14e sommet de la Francophonie de Kinshasa » : la nouvelle est à la Une de la presse congolaise ce matin.

« Fini le suspense ! Après plusieurs mois de spéculations (…), il n’y a plus de doute possible, commente Le Potentiel . Le président français l’a confirmé devant la conférence des ambassadeurs, réunie, hier lundi 27 août, à l’Elysée. »

Et Le Potentiel de se féliciter : « au-delà de toute considération politicienne, une évidence se dégage : la République démocratique du Congo reste l’un des plus grands pays francophones après la France quant au nombre de locuteurs sachant parler et écrire le français. C’aurait été donc une erreur monumentale pour la France et la Francophonie que de perdre un si grand partenaire qu’est la RDC. »

« Les verrous ont enfin sauté », s’exclame L’Observateur, autre quotidien congolais. En effet, rappelle le journal, « plusieurs associations congolaises et françaises avaient mené plusieurs démarches pour demander à François Hollande de 'ne pas se rendre' au sommet à Kinshasa, pour ne pas conforter, selon elles, le régime de Joseph Kabila.

Le principal parti d’opposition congolaise, l’Union pour la démocratie et le progrès social (l’UDPS), avait réclamé la délocalisation du sommet de la Francophonie, tandis qu’une association de Français d’origine congolaise avait saisi la justice française pour tenter d’empêcher la tenue de la réunion. »

Victoire pour Kinshasa !

Finalement, relève L’Observateur, « avoir fait plier François Hollande est une grande victoire tant diplomatique que politique pour Kinshasa qui n’avait plus de sommeil à l’idée de voir la chaise de M. Hollande vide. (…)

La présence du président français à Kinshasa constitue assurément, insiste encore le quotidien congolais, un réconfort moral pour un pays qui est en train de traverser des moments dramatiquement difficiles avec cette guerre que les rebelles du M23 mènent contre son armée. »

Pour autant, relève le site d’information Kongo Times, « le président français a affirmé conditionner sa venue à des avancées concrètes en matière de démocratie et de respect des droits de l’Homme et notamment à une réforme de la Commission électorale nationale indépendante (la CENI), qui garantirait la transparence des futures élections provinciales, ainsi qu’au jugement des 'vrais coupables' dans l’affaire Floribert Chebeya. »

Commentaire de Kongo Times : « si la politique a horreur du vide, il est évident que les affaires d’État ne se gèrent pas sur la base des sentiments. Les intérêts de la France et le courage politique ne pouvaient que conduire François Hollande, n’en déplaise aux participants du boycott dudit sommet, à prendre une telle décision.

Mais, s’interroge le site d’information congolais, le président français saura-t-il redonner espoir, à cette occasion, aux millions de Congolais sans pour autant cautionner un pouvoir non accepté par la grande majorité d’entre eux ? »

Même politique ?

Quelques commentaires également dans la presse du continent… Des commentaires plus critiques. Notamment pour le site Guinée Conakry Infos : « si sa participation au sommet de la Francophonie au mois d’octobre prochain à Kinshasa, quant à l’effectivité de sa promesse, sans cesse répétée, de rompre avec la Françafrique était un test, François Hollande semble, pour certains, avoir échoué.

En effet, il a mis fin à un suspense qui n’en était plus un. Naturellement, il a essayé tant bien que mal de donner de nobles justifications à ce que beaucoup de promoteurs de la démocratie conçoivent comme 'son échec' à se mettre au-dessus du subtil et sournois réseau transafricain. Les atouts stratégiques, économiques mais aussi démocratiques de la RDC, auront donc triomphé de tous les grands principes démocratiques… »

Le quotidien Le Pays au Burkina renchérit : « la RD Congo n’est pas n’importe quel pays car, même avec les rébellions qui y poussent comme des champignons, cette terre regorge d’immenses ressources qui suscitent et excitent la concupiscence des Occidentaux. Toutes choses qui peuvent amener le président Hollande à reconsidérer sa position, lui qui criait à qui voulait l’entendre, au lendemain de son élection, qu’il ne composerait pas avec un régime dictatorial.

C’est la preuve, si besoin en est encore, que la politique française, qu’elle soit de la droite ou de la gauche, demeure la même. » Et Le Pays de rappeler la célèbre phrase du général de Gaulle : « La France n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts. »

Principe de réalité ?

En France, le quotidien Libération est tout aussi incisif avec ce titre : « le Président se rend à la Françafrique. (…) On allait voir ce qu’on allait voir. Durant la campagne, le candidat Hollande avait laissé planer la menace d’un boycott du 14e sommet de la francophonie, dans un pays gangrené par la corruption et la violence. Le tombeur de Nicolas Sarkozy promettait de marquer ainsi la rupture avec l’ère de la Françafrique (…). Mais le principe de réalité diplomatique l’a finalement emporté. (…)

L’Elysée a estimé, explique Libération, que la France avait plus à perdre qu’à gagner en pratiquant la politique de la chaise vide. Paris craignait notamment que le président Kabila 'envoie tout valdinguer' en annulant la tenue du sommet. Il aurait fallu actionner un plan B : transférer le sommet à Paris. Du plus mauvais effet. »

Alors, on attend maintenant le discours sur place du président français… « Après le discours de La Baule, le discours de Kinshasa ? », s’interroge Libération. « En 1990, après la chute du mur de Berlin, rappelle le journal, François Mitterrand avait prononcé dans cette station balnéaire un discours sur la nécessaire démocratisation du continent africain, conditionnant l’aide de Paris à des progrès substantiels en la matière. Une profession de foi restée très largement lettre morte. »

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail