Revue de presse Afrique

A la Une : le processus démocratique bloqué en Guinée

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La situation politique se crispe à Conakry : manifestation de l’opposition interdite lundi matin ; heurts entre manifestants et forces de l’ordre ; l’opposition qui décide de se retirer du CNT, le parlement par intérim, et de la CENI, la Commission électorale ; et Paris qui appelle à calmer le jeu et qui presse le président Condé d’organiser au plus tôt les législatives, reportées depuis plus d’un an…

Comment sortir de ce blocage ? Réponse du site d’information Guinée Conakry Infos : « pour cela, le pouvoir devra se défaire d’un certain autoritarisme, pour accepter l’opposition comme digne d’accéder… au pouvoir comme lui ; et à l’opposition de réaliser que les marches meetings et autres formes de contestation ou de revendication ne sauront jamais remplacer la négociation autour d’une table. (…)

Il est important, poursuit Guinée Conakry Infos, que le pouvoir et l’opposition comprennent que le pays n’a point besoin de leurs muscles, si ce n’est pour bâtir; leurs galéjades politiques n’ont que trop duré et les citoyens en sont exténués ! Il est temps plus que jamais que les entêtements et les provocations cèdent le pas à la clairvoyance, dans le cadre d’une gouvernance ouverte. Il est temps que le pouvoir comprenne que le pouvoir se partage, et mieux il est partagé, plus il apporte à ses bénéficiaires sérénité et prospérité. »

Contestations en tout genre…

Mais on n’en est pas encore là… Les politiques guinéens des deux camps, pouvoir et opposition, continuent de se déchirer par médias interposés… Hier, rapporte le site TamTam Guinée , l’un des responsables de l’opposition, Cellou Dalein Diallo, a dénoncé « l’acharnement du pouvoir » contre sa personne et contre son fils arrêté dimanche soir dans une boîte de nuit.

De son côté, le pouvoir en place, par la voix du porte-parole du gouvernement, Albert Damantang Camara, cité notamment par le site MédiaGuinée , affirme que « l’interpellation du fils de Cellou Dalein Diallo, militaire en formation à Moscou, est consécutive à une altercation entre militaires dans une boîte de nuit de la capitale », et que « cette interpellation n’a donc rien à voir avec la politique. »

Pour ce qui est de la manifestation de lundi, l’opposition dénonce la répression des forces de l’ordre et le pouvoir, au contraire, leur bonne tenue, arguant qu’il n’y a pas eu de morts mais quelques blessés, surtout des gendarmes…

Et puis il n’y a pas qu’à Conakry… D’autres villes du pays ont connu récemment des mouvements de contestation, comme Siguiri, dans la région de Kankan. C’est ce que rapporte le site d’information Aminata  qui cite le journal guinéen L’Observateur : « Fumée avant le feu ? », s’interroge-t-il.

« En se révoltant violemment aujourd’hui contre le régime pour l’avènement duquel il a consenti à tous les sacrifices, Siguiri provoque un véritable séisme politique national. (…)

Comme sous le régime du général Lansana Conté, la résidence du préfet, la gendarmerie, la douane ont été attaquées, cassées, pillées et incendiées. (…) Comme avec le régime du général Conté, des slogans hostiles ont été scandés à l’encontre du régime d’Alpha Condé ».

Et L’Observateur de conclure : « en tout état de cause, les effets de cette colère populaire affecteront pour longtemps les rapports entre Siguiri et le nouveau régime guinéen. »

Une cocotte-minute !

Comme le souligne L’Observateur, cette fois au Burkina, « la guerre d’usure » se poursuit donc en Guinée. L’Observateur qui pointe la responsabilité du chef de l’Etat : « deux ans après son accession à la magistrature suprême, Alpha Condé n’a pas convaincu ; mieux, il a déçu. La situation en Guinée depuis lors n’a nullement évolué. Le professeur se bat comme un chiffonnier avec ses adversaires politiques, affichant sa volonté de ne pas aller aux législatives, du moins pour le moment. »

Et le quotidien burkinabé de s’interroger : « de quoi a donc formellement peur le natif de Boké, lui qui promettait de rattraper en 5 ans de gestion du pouvoir d’Etat tout le retard accusé par la Guinée en 50 ans de souveraineté ? (…)

A dire vrai, Condé jusque-là n’arrive pas à se mettre dans la peau d’un président, confirmant par là même que 'grand opposant ne rime pas toujours avec grand dirigeant'. Il n’a pas encore réussi sa mue. Au contraire, poursuit L’Observateur, il s’englue dans un populisme qui le discrédite au quotidien. Il lui faut pourtant quitter maintenant la période de transition pour résoudre les vrais problèmes de la Guinée, car, à l’heure du bilan, c’est à lui que le peuple demandera des comptes. »

Le Pays , toujours au Burkina, compare la Guinée à une « cocotte-minute », prête à exploser. « La crainte est d’autant plus fondée que le débat politique en Guinée est plus que régionalisé et ethnicisé avec une fracture qui devient de plus en plus abyssale entre Peuls et Malinké, relève le quotidien burkinabé.

Personne ne peut prévoir le danger que font courir les politiciens de ce pays, pas même Alpha Condé qui gère d’une main de fer un pouvoir dont beaucoup continuent de douter de la légitimité. On n’aura de cesse de déplorer, poursuit Le Pays, que cet opposant historique manque de tact pour unir ce pays balkanisé ethniquement depuis des lustres par sa classe politique. (…) A lui de se raviser à temps surtout que son opposition menace de déserter la barque politique. »

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