Revue de presse Afrique

A la Une : les otages français au Sahel

Audio 04:35
Par : Gilles Moreau
10 mn

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Les otages sont de retour, non pas physiquement, mais seulement via une vidéo d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, Aqmi. Diffusée ce week-end par un site d’informations mauritanien, elle montre quatre des six otages français enlevés en 2010 au Niger.

Le moment choisi amène la presse à s’interroger, à l’image du quotidien burkinabè L’Observateur qui rappelle les prétentions financières d’AQMI : le prix à payer par Paris pour récupérer les siens serait maintenant de l’environ 50 millions d’euros. Pour le journal, « faire suite aux revendications des preneurs d’otages reviendrait quelque part à alimenter la caisse de l’internationale islamiste et donc à lui donner les moyens de se renforcer davantage ».

Mais surtout le quotidien souligne que le moment choisi pour montrer les images des employés d’Areva n’est pas neutre : « L’initiative d’Aqmi intervient juste après la demande officielle d’aide à la Cédéao, faite par le président intérimaire malien, Dioncounda Traoré pour reconquérir les régions du nord malien passées sous le contrôle des groupes islamistes ». Autrement dit, « cette vidéo peut être aussi perçue comme un argument supplémentaire, une façon de dire que si les troupes internationales débarquent, on liquide les otages, qui sont, chacun le sait, une des innombrables inconnues de cette difficile équation malienne ».

Position française délicate

Sur le même thème et toujours au Burkina Faso, Le Pays fait remarquer que « chaque fois qu’il est question d’intervention militaire au Nord-Mali, la France (...) a toujours dit être disposée à y apporter un soutien logistique. Pour beaucoup d’observateurs, c’est le maximum qu’elle puisse faire à cause de ses ressortissants retenus en otages ».
« La France otage de ses otages », avait d’ailleurs titré Le Pays, il y a quelques temps pour, explique-t-il, « montrer la délicatesse de la position française dans cette crise ».
« La patrie des droits de l’Homme est confrontée à un dilemme cornélien », conclut le journal.

De son côté Jeune Afrique, sur son site internet, se montre assez peu optimiste : « Cette nouvelle vidéo est publiée à huit jours du deuxième anniversaire de l’enlèvement des Français à Arlit, au Niger, alors que la crise au Mali semble éloigner la perspective d’un règlement rapide de la question des otages ».

Jeune Afrique, comme d’ailleurs tous les médias qui traitent l’actualité du Continent, revient par ailleurs sur le mini-sommet des pays des Grands lacs organisé ce week-end à Kampala.

« La République démocratique du Congo a estimé dimanche que cette nouvelle réunion n’était pas un échec, bien qu’elle ait échoué à définir concrètement les contours d’une force neutre pour l’est de la RDC, en proie à un regain de violences » résume Jeune Afrique.
« Un sommet pour presque rien » écrit sur le sujet Guinéekonakry.info, pour qui « les autorités de Kinshasa sont bien les seules à penser que le sommet des Grands Lacs a servi à quelque chose. (...) Sinon c’est la déception qui domine, surtout pour les victimes du conflit à l’est du pays, des populations prises en tenailles entre les feux nourris de l’armée régulière du Congo et les rebelles du M23. (…) Elles peuvent continuer à crever », s’indigne le site guinéen.

Les nostalgiques de Mobutu

A propos toujours de la RDC, un reporter de Jeune Afrique s’est rendu vendredi dernier à la cathédrale de Rabat, au Maroc, où avait lieu une messe à la mémoire de l’ancien président Mobutu, l’ancien homme fort du pays de 1965 à 1997. Il y avait là non pas la foule, mais, arrivée très discrètement, « la proche famille élargie à de fidèles amis et à d’anciens collaborateurs ».
 
A lire également sur le site SlateAfrique, le compte-rendu de cette messe du souvenir à Rabat, quinze ans après la disparition de Mobutu. Une personnalité que certains regrettent dans un pays livré aux violences : « Le Congo démocratique célèbre les 52 ans de son indépendance à un moment où l’est du pays est secoué par une forte rébellion. L’ex-président Mobutu avait lui aussi connu de fortes rébellions qu’il avait su réprime, ce qui chez certains suscite quelque nostalgie ».

Pour finir, quelques sujets économiques dans la presse africaine du jour. Le Gabon se classe à la neuvième place des pays africains en termes de compétitivité. Performance saluée en Une par le quotidien pro-gouvernemental de Libreville L’Union. Il y voit « la suite logique des orientations économiques impulsées depuis 2009 par l’exécutif, notamment dans l’amélioration du climat des affaires, le développement des infrastructures et la finalisation des projets créateurs de richesses et d’emplois ».

La fuite des cerveaux tunisiens

Moins enthousiaste, le quotidien algérien El-Wattan revient lui, sur la révision à la baisse de la production de céréales cette année en Algérie : autour de 52 millions de quintaux au lieu de 56 millions prévus initialement. En cause notamment : la canicule et la sécheresse qu’a connues le pays ces derniers mois.

Enfin : « que deviennent nos élites ? » : la question est posée parLa Presse de Tunisie. 15 000 étudiants tunisiens sont actuellement inscrits en France, dont 12 % dans de grandes écoles ; or sur ce total ils ne sont que 5 % à revenir au pays. Les autres préfèrent s’engager dans la vie active en occident, en France ou ailleurs.

Que deviennent nos élites ? La réponse dans cette formule dans cette formule qui ne date pas d’hier : « la fuite des cerveaux ». On peut aussi parler, comme le fait La Presse de Tunisie, d’« une hémorragie à laquelle on assiste, impuissants ».

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