Revue de presse Afrique

A la Une : le soufflé retombe à Kinshasa

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Le brouhaha médiatique soulevé par les propos avant-hier de François Hollande est en train de s’atténuer. C’est ce que constate, entre autre, le quotidien L’Observateur, ce matin : « après les déclarations tonitruantes du Président français qui a chargé Kinshasa, à deux jours de la tenue du XIVème Sommet de la Francophonie, voici que la ministre française déléguée à la Francophonie, Yamina Benguigui, vient de calmer la tempête. »

Yamina Benguigui qui a été en effet reçue hier par le Premier ministre, Matata Ponyo. Et cette audience, relève L’Observateur, « a eu le mérite de voir assouplir, un tant soit peu, les positions des uns et des autres. Un vœu exprimé par les Congolais avertis qui pensent que l’heure n’est plus aux envolées oratoires (…). »

Le Potentiel, autre quotidien kinois, calme le jeu également. « La polémique enclenchée suite aux fracassantes déclarations du président Hollande n’apporte aucun bénéfice à la tenue sereine du 14ème Sommet de la Francophonie à Kinshasa. (…) Il est vrai, reconnaît Le Potentiel, qu’il existe des choses à reprocher au gouvernement congolais.

Des Congolais eux-mêmes le savent. Ils le disent à voix audible pour attirer l’attention de tout le monde. Le président Hollande qui a amplifié ces revendications a frappé un coup dur, certes. Mais, il n’est pas de bon ton que du côté de Kinshasa, la réplique fasse distraction jusqu’à faire oublier l’essentiel. La sérénité doit être recherchée par les uns et les autres. »

En tout cas, relève L’Observateur au Burkina, « au-delà du président Kabila junior, c’est à tous les dirigeants de l’ex-glacis français d’abord, puis à tous ceux qui partagent cette diversité culturelle sous les tropiques, que s’est adressé le président français. D’ailleurs, chacun aura compris qu’après le paternalisme chiraquien, la condescendance sarkozyste, voici venus les jours de la Hollandie, qui ne s’embarrassera pas de certaines scories franco-africaines ; ce qui n’empêchera pas les Kinois, conclut L’Observateur, de crier pendant quelques jours : "Francophonie oyé !" »

Une filière djihadiste entre la France et le Mali ?

Le Mali à présent, avec la vidéo de ce djihadiste français qui circule depuis avant-hier sur plusieurs sites d’informations ouest-africains… L’homme vit à Tombouctou, il se fait appeler Abdoul Jelil et revendique son appartenance à Aqmi. Il lance un appel aux autorités françaises et américaines pour ne pas intervenir dans le Nord-Mali. « Une première du genre, quelque peu surprenante », affirme le site d’informations Slate Afrique . « Si ses mots sont forts, et son discours radical, Abdoul Jelil n’a pas l’allure d’un guerrier. Bien au contraire, sa maigre barbe et sa fine moustache sont teintes, comme pour faire oublier les quelques rides qui trahissent sont âge. »

Slate Afrique rappelle fort justement que RFI ou encore le journal Le Monde avaient déjà évoqué il y a quelques jours la présence de quelques Français dans les rangs djihadistes au Nord-Mali, dont ce quinquagénaire, décrit en ces termes par RFI : « il était à Tombouctou avant l’arrivée des djihadistes. Il est resté sur place, et a épousé leur cause. Du moins, en apparence. »

Alors, de là à voir une filière djihadiste française en direction du Mali, il y a un grand pas… Les cas semblent bien isolés. Toutefois, relève le quotidien Le Pays  au Burkina, « la France elle-même sécrète des terroristes, comme bien d’autres pays. Qu’ils soient sur le territoire hexagonal ou loin dans le désert malien, ces Français convertis aux thèses extrémistes constituent une menace et pour la France et pour le monde. (…) La France a donc un devoir encore plus accru d’aider à sécuriser le Mali. Cela y va de son propre intérêt, souligne Le Pays. La communauté internationale devrait elle-aussi, rajoute-t-il, cesser de s’égarer dans les contradictions actuelles pour s’occuper de l’essentiel : la libération du Nord-Mali. »

Mopti, ville fantôme

Enfin dans la presse française, à noter deux reportages sur le même sujet : le Nord-Mali. Libération et Le Figaro ont tout deux envoyé un reporter enquêter à Mopti, ville charnière entre le sud et le nord du pays. Les deux papiers disent à peu près la même chose… Pour Libération, « Mopti ressemble à une ville fantôme : face aux milices, l’armée y est invisible. » Il y aurait tout au plus 200 soldats sur place…

On est loin des 4.000 annoncés par le colonel commandant la garnison sur place. Même constat, donc, pour l’envoyé spécial du Figaro : « enfermés derrière les murs de leur cantonnement, les militaires attendent. Les rumeurs les plus fantaisistes circulent sur leur nombre. La propagande parle de 4.000 hommes. Ils sont beaucoup moins. (…) L’armée est en réalité en miettes, relève Le Figaro, depuis les défaites dans le Nord et le putsch des soldats du camp de Kati, emmenés par le capitaine Sanogo. Dans la débandade de mars, elle a abandonné son matériel à l’ennemi et elle n’est pas prête à engager des combats. »

Et Le Figaro de relever que « la région semble en apesanteur. Les islamistes sont proches. Le Mouvement pour l’unicité du djihad (le MUJAO) pourrait débouler dans ses 4×4 en 90 minutes. Quant aux membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), ils sont en face, sur l’autre rive du fleuve Niger. Il se chuchote au marché que les extrémistes franchiraient le fleuve en pirogue et auraient infiltré la ville. »

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