Revue de presse française

A la Une : Armstrong, la chute…

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Au pays où le vélo est roi ; au pays du Tour de France, l’épreuve sportive annuelle la plus suivie au monde, la nouvelle fait l’effet d’une bombe.

« Armstrong privé de tous ses titres », constate Le Parisien.
« Armstrong déchu de ses sept Tours », renchérit Ouest France
« Il n’a jamais gagné le Tour », s’exclame Le Télégramme.
« La chute d’un parrain », lance L’Humanité.
« La chute finale », relance L’Est Républicain.
« Armstrong, le mensonge et la chute », tonne Le Figaro.
« La déchéance », soupire La Nouvelle République.
« Enfin ! », s’écrie La Provence.

En effet, la décision de l’UCI, l’Union cycliste internationale, qui a donc suivi les recommandations de l’agence américaine antidopage, met un terme à des années de suspicion…

L’UCI qui, finalement, n’avait pas d’autres options, relève Libération. « Face à la pression du milieu, des équipes, des organisateurs et également de sponsors qui quittent le navire sans crier gare (dont l’historique néerlandais Rabobank), l’UCI, retranchée dans son bunker d’Aigle en Suisse, a préféré solder un mauvais chapitre de l’histoire du cyclisme, quitte à laisser un blanc dans les palmarès. L’instance a validé le rapport américain en bloc de peur d’avoir à entrer dans les détails. »

Justement, détail révélateur : le quotidien L’Equipe affiche, en Une, une grande photo d’Armstrong et titre non pas sur l’américain mais sur l’UCI, avec ce jeu de mots : « par UCI la sortie ! »

L’Equipe qui s’en prend frontalement à l’instance internationale du cyclisme : « le rapport américain prouve que Lance Armstrong et le docteur Ferrari n’ont pas sorti de leur seringue des produits révolutionnaires et indétectables, mais qu’ils ont échappé à toutes les patrouilles parce qu’ils ont bénéficié de complicités au sein même de l’institution. Tout le monde doit savoir ce qui s’est passé, poursuit L’Equipe.

L’UCI ne retrouvera pas sa virginité en se contentant de blanchir le palmarès du Tour de France. Elle doit remettre en cause ses structures, son fonctionnement, son organisation et ceux qui la composent. Elle a entériné le travail de l’USADA (l’agence antidopage américaine). Merci. Mais on n’en a pas fini avec elle. »

L’Union cycliste internationale sous le feu des critiques

L’UCI qui est montrée du doigt par l’ensemble des commentateurs ce matin… « Tout le monde le sait, accuse La République des Pyrénées : Lance Armstrong n’a pu prospérer durablement dans l’escroquerie sportive que grâce à des connivences au plus haut niveau de l’UCI. »

« L’Union cycliste internationale voudrait poser un nuage de blanc silence, dénonce Sud Ouest, sur ce qui fut pourtant une conjuration et une omerta. Car, si Armstrong est ainsi rejeté du haut de cet Olympe qu’il avait gravi tant de fois dans des fréquences propres à affoler les compteurs, bien de ses protecteurs sont oubliés. »

En fait, précise Le Républicain Lorrain, « Lance Armstrong a été sciemment utilisé pour redorer le blason d’un sport terni par le scandale Festina qui avait démoli le Tour 1998. Qu’il se dope mais intelligemment, sans se faire prendre : telle était la consigne implicite des années 2000, au long desquelles le leader de l’équipe US Postal fut un redoutable outil promotionnel doublé d’une formidable machine à cash.

Droits de transmission, écrans publicitaires, sponsoring, produits dérivés : le système dont le Texan promouvait l’image brassait des intérêts si puissants qu’on ne pouvait pas ne pas fermer les yeux sur ses pratiques illicites. L’UCI joue trop facilement les vierges effarouchées, s’exclame encore Le Républicain Lorrain, et, en regard, le monde sportif en dehors du cyclisme est bien trop silencieux pour que cela ne laisse pas un arrière-goût amer face à un tel festival de tartuferie. »

Du coup, s’interroge L’Est Républicain, « quatorze ans après l’affaire Festina, faut-il une fois encore espérer que de ce scandale naîtra le renouveau ? Pas sûr, répond le journal. Car la chute du faux héros ne raconte pas toute l’histoire : le réseau de complicités (jusqu’au sein des instances de contrôles), la finalité de l’argent du sponsoring, les responsabilités des docteurs et directeurs d’équipes corrompus, les ressorts de l’omerta, etc. Un mythe usurpé est mort. Le cyclisme lui survivra-t-il ? »

Une « vélorution » ?

Alors, une solution pour La Charente Libre : « s’il veut survivre au scandale Armstrong, le cyclisme doit en tirer toutes les leçons en commençant par en révéler les mécanismes, à quelque niveau qu’il se trouve. Les propositions de l’USADA, visant à créer une sorte de commission 'Vérité et réconciliation' sur le modèle de l’Afrique du Sud post-apartheid garantissant l’amnistie aux repentis, doivent être prises en considération pour enrayer un fléau s’étendant bien au-delà du cyclisme. »

Et L’Humanité de conclure : « en danger de mort, le cyclisme vit la crise la plus sérieuse de son histoire. Mais il ne s’en sortira pas sans un moratoire global sur toutes ses activités, sans des états généraux débouchant sur une vélorution et, surtout, sans éliminer tous ceux qui, de près ou de loin, à l’UCI, dans les équipes et ailleurs, ont collaboré aux années de plomb. Deux écueils nous guettent, prévient L’Humanité : croire que l’on peut tout changer et croire que l’on ne peut rien faire. »

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