Revue de presse française

A la Une : les 35 heures, le retour…

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Il n’aura fallu qu’une simple petite phrase au détour d’une longue interview pour rallumer la mèche du débat le plus explosif en France depuis ces douze dernières années : les 35 heures. En effet, à la question hier d’un lecteur du Parisien : « si demain, on revenait à 39 heures payées 39, des gens seraient peut-être ravis ? », Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre, répondait : « pourquoi pas ? Il n’y a pas de sujet tabou. Je ne suis pas dogmatique. » Voilà, pas plus : une petite étincelle pour certains, mais pour d’autres, un coup de lance-flamme.

« La gaffe d’Ayrault relance le débat sur les 35 heures », titre ainsi Le Figaro, qui ironise : « on sait, depuis l’enterrement solennel et anticipé du rapport Gallois, que le "choc de compétitivité" nécessaire au redressement de la France, n’aura pas lieu. Mais un instant, furtif il est vrai, on s’est pris à rêver. À imaginer que le gouvernement, prenant son courage à deux mains, contournerait - un peu - l’obstacle en remettant en cause la loi sur les 35 heures, cette calamité française qui leste nos entreprises et nos administrations. (…) Las !, soupire Le Figaro. Au PS, il est des tabous qui sont tabous : sitôt évoqué, le débat sur les 35 heures a été promptement rangé dans la couacothèque - déjà fournie - du gouvernement. »

Les Echos sont tout autant désolés… « Douze ans après que la réforme des 35 heures légales, obligatoires pour tous, eût jeté un voile noir sur l’économie française, une brève lueur s’est levée, et, avec elle, l’espoir d’un discours de vérité sur les freins structurels à la compétitivité. L’idée d’aller plus loin, ou plus vite, que le prochain rapport Gallois, aurait pu être lumineuse, s’exclame le quotidien économique. Doubler la droite sur sa droite, elle qui, en cinq ans, grâce à la défiscalisation et au décontingentement des heures supplémentaires, avait su percer le plafond légal à défaut de le faire tomber, voilà qui eût été une manœuvre éblouissante. Hélas, déplorent Les Echos, la lueur s’est aussitôt éteinte, étouffée par une pensée politique datée. »

A contrario, « touche pas à mes 35 heures », c’est le grand titre de Libération. « La sortie de Jean-Marc Ayrault laissant entendre qu’un retour aux 39 heures n’est pas tabou a semé la pagaille », constate Libération. Pour autant, poursuit le journal, « si l’UMP s’est engouffrée dans la brèche, les Français ne sont pas prêts à une modification du temps de travail ». Pour Libération, pas de gaffe, tout au plus une maladresse : « il faut se garder de faire un faux procès à Jean-Marc Ayrault, affirme le journal. Si le Premier ministre a voulu dire hier que le politique se devait plus que jamais de favoriser partout la négociation, alors il n’a pas tort d’affirmer qu’il n’y a pas de tabou. La gauche porte encore, malgré son expérience du pouvoir, une conception des relations sociales très politique qui l’a souvent brouillée avec la société civile. Hollande et Ayrault ambitionnent d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire de la gauche et du social. Raison de plus pour ne pas rallumer une guerre de religion. »

Le cas Ayrault…

Toutefois, force est de constater qu’il y a un « problème » Ayrault… C’est l’opinion de nombreux commentateurs ce matin. A commencer par La République du Centre : « tout sectarisme mis à part et qu’on le veuille ou non, il y a bien un "problème Ayrault". Le Premier ministre, c’est, en somme, le Sisyphe de Matignon. Il n’en finit pas d’essayer de remonter la pente en repoussant le poids sans cesse croissant de ses boulettes. Sorti ragaillardi d’un congrès PS de Toulouse voué (et même dévoué) à sa défense, Jean-Marc Ayrault a rechuté. Le pire n’est d’ailleurs pas qu’il commette des erreurs mais qu’il aggrave son cas en essayant de les réparer. »

« Soit le Premier ministre est un ingénu, soit il a la poisse, renchérit Le Courrier Picard. Dans les deux cas, ses vagabondages médiatiques sont pain bénit pour l’opposition. (…) Ce gouvernement a bel et bien un problème de lisibilité, n’en déplaise à son chef qui s’agace des critiques. »

Conséquence : « François Hollande doit rapidement taper du poing sur la table, s’exclame La Montagne, redonner une vision politique et ne plus tolérer que les déclarations ministérielles désordonnées et les reculades donnent l’impression que l’opposition a toujours raison. Jean-Marc Ayrault n’est pas dans le personnage et son discours de notable n’a pas l’indispensable pugnacité face à ceux qui, à droite, veulent rétablir la lutte des classes. On ne voit pas dès lors comment il pourrait interrompre sa spirale négative vers l’échec et la sortie. »

Non, rétorque Le Républicain Lorrain, pas question pour l’instant de changer de locataire à Matignon : « François Hollande ne peut se payer le luxe de changer de Premier ministre cinq mois seulement après l’avoir désigné. L’aveu d’échec serait patent : celui de ne pas avoir fixé un cap d’entrée de jeu. Et, en laissant Jean-Marc Ayrault livré à lui-même, de l’avoir carbonisé en moins d’un semestre. Le chemin de croix, conclut le quotidien lorrain, est donc appelé à durer. »

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