Revue de presse Afrique

A la Une : quelle ville après Goma ?

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Les rebelles du M23 ne comptent apparemment pas s’arrêter au chef-lieu du Nord-Kivu. Ils ont pris hier le village de Saké, à une trentaine de kilomètres de Goma. Et d’après L’Observateur à Kinshasa, ils « envisagent de se lancer à l’assaut de Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu, où, selon certaines sources, le sentiment anti M23 est loin d’être visible. Le M23 ambitionnerait de prendre, in fine, Kinshasa, en passant par Kisangani. Entre temps, poursuit L’Observateur, on parle de la défection de 2 100 militaires des FARDC et 700 policiers qui ont rejoint les rangs du M23 lors d’un rassemblement organisé hier matin par les nouveaux maîtres de Goma au stade de cette ville. »

Information confirmée par l’envoyée spéciale du quotidien français Le Figaro, l’une des rares journalistes occidentales à être sur place. « Une pile de mitraillettes et de munitions s’accumule au bas de la tribune, au fur et à mesure que les policiers et les soldats de l’armée gouvernementale remettent leurs armes aux rebelles du M23, affirme-t-elle. (…) La foule amassée dans le stade de Goma, où se déroule la cérémonie de démobilisation des forces gouvernementales, se compte en milliers de personnes, rapporte encore l’envoyée spéciale du Figaro. Elle est venue écouter le discours du porte-parole du M23, le colonel Vianney Kazarama : "Kabila a failli à sa mission", lance-t-il au public qui répond par des acclamations, "il ne vous a pas payés, il ne vous a pas donné à manger, c’est pour cela que nous allons le faire partir", dit-il en s’adressant aux soldats, avant de demander à la population si elle veut que Kabila parte. Le "oui" est assourdissant. »

Kinshasa piégé ?

Pendant ce temps hier, le même président Kabila rencontrait à Kampala, les présidents ougandais et rwandais, ceux-là même qui sont accusés de tirer les ficelles de la rébellion. Dans un communiqué commun, les trois hommes ont affirmé qu’il fallait que le M23 quitte Goma. De la poudre aux yeux pour la presse congolaise… Le Potentiel estime que Kinshasa est tombé « dans le piège de Kigali. (…) Que les pyromanes soient chargés d’éteindre le feu qu’ils ont allumé, cela sent le piège à mille lieues, s’exclame le quotidien kinois. Et Kinshasa y est tombé, en misant sur une simple déclaration de bonne foi de Kigali et de Kampala. » Le Potentiel qui parle de « mascarade » et de « compromission ». Et qui relève « qu’au moment où les trois présidents bouclaient leur réunion, le M23 prenait déjà possession de la localité de Sake et annonçait sa progression vers Bukavu, chef-lieu de la province voisine du Sud-Kivu. »

Alors que faire ? Négocier ? La Référence Plus, autre journal congolais, n’y croit pas… « Négocier avec le M23 serait une prime à la guerre », affirme-t-il. « Au rythme où se créent les groupes armés à l’est du pays, on est parti pour des négociations sans fin en RDC avec remise en cause permanente de celles déjà conclues. On aura établi de façon pérenne la prime à la guerre pour tous les seigneurs de guerre et autres illuminés, incapables de s’imposer démocratiquement et qui recourent aux armes pour avoir droit au gâteau. »

« Que faire alors ? », s’interroge L’Observateur. Et bien, répond le journal, « réarmer au plus vite le moral des troupes en évitant qu’il soit trop tard avant de le faire. Que le nombre de ceux qui ont fait allégeance aux rebelles à Goma ne s’élargisse pas. Au placard, les jérémiades quotidiennes soutenues par des accusations et des condamnations verbales contre le Rwanda, la communauté internationale dans toute sa diversité pour son attentisme, les casques bleus de la Monusco pour leur inefficacité. Le plus important et le plus urgent à faire, estime L’Observateur, est d’éviter de compter sur l’aide extérieure tout négligeant nos forces comme si nous n’en avions aucune. C’est cette attitude d’attentisme qui est, en grande partie, à la base de la chute de Goma. »

Impasse…

Alors, ce sursaut national est-il possible ? L’armée congolaise peut-elle contre-attaquer ? Pas évident… Pour L’Observateur, le quotidien burkinabè, cette fois, « la RDC n’a d’autre choix que d’ouvrir des pourparlers avec les contestataires armés. Hélas, pour ce pays-continent, contraint de négocier en position de faiblesse. Autant dire que Kabila y laissera des plumes… (…) Il faut d’ailleurs espérer pour lui que l’histoire ne se répètera pas, car, ne l’oublions pas, rappelle L’Observateur, c’est des confins du Kivu que son défunt père, Laurent Désiré Kabila, soutenu par… le Rwanda, avait assiégé Kinshasa pour en chasser le maréchal Mobutu. »

On est donc dans l’impasse, d’autant que sur le plan diplomatique, on assiste à un affrontement entre français et américains qui « divergent sur les moyens de ramener le calme dans le Nord-Kivu. » C’est ce que relève Libération à Paris. En effet, précise-t-il, « les experts de l’ONU, soutenus par la France, demandent des sanctions ciblées contre les responsables rwandais impliqués dans les événements au Kivu. » Mais, pour l’instant, « ils n’ont pas obtenu gain de cause. » Et de leur côté, les américains se placent résolument aux côtés de Kigali. « Depuis les années 90, rappelle Libération, les Etats-Unis ont noué une alliance stratégique avec le Rwanda et l’Ouganda dans l’Afrique des Grands Lacs. (…) Le régime de Kigali bénéficie aussi d’un soutien primordial à Washington, relève encore le quotidien français : celui de Susan Rice, ambassadrice américaine à l’ONU, dont le nom circule pour succéder à Hillary Clinton à la tête du département d’Etat. »

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