Revue de presse Afrique

A la Une : l’Egypte déchirée…

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« Quelle sera l’issue ? », s’inquiète l’hebdomadaire égyptien en ligne Al Ahram . « Le président est en confrontation directe avec ses opposants. Sur fond de manifestations contre ses prétentions dictatoriales et la constituante, il appelle les Egyptiens à un référendum dans une dizaine de jours. 'Oui, le pays est divisé en deux', ne cachent plus les partisans de l’un ou de l’autre camp, constate Al Ahram.

D’un côté, il y a cette opposition 'laïque' qui s’oppose à une nouvelle déclaration constitutionnelle du président, qui fait de lui le seul maître à bord. De l’autre, ces partisans 'islamiques', d’un président 'musulman', qui ne trouve pas de gêne à cette dictature parce que temporaire. »

Alors ces derniers jours, les médias égyptiens ont haussé le ton, constate encore l’hebdomadaire en ligne : «la presse indépendante a fait grève mardi, et certains journalistes travaillant dans les journaux contrôlés par le gouvernement ont décidé de les soutenir, à l’instar du site électronique d’Al-Ahram. Les couvertures des principaux journaux affichaient : 'Non à la dictature', sur une image noire montrant un homme recroquevillé sur lui-même, enroulé dans du papier journal, les pieds enchaînés. »
Cette déchirure en Egypte inquiète également les journaux du continent.

« On est passé d’une révolution à une autre », relève le site d’information Guinée Conakry Infos . « Moins de six mois après son élection, Mohamed Morsi a du mal à incarner la stabilité qu’on attendait de l’avènement du tout premier président démocratique et civil que l’Egypte ait connu.

S’il avait bien réussi à mettre en avant son caractère modéré, pour rassurer ceux qui éprouvaient une certaine crainte à l’idée de l’élection d’un islamiste moulé dans la doctrine rigoriste des Frères musulmans, on peut aujourd’hui reconnaître que cette assurance ne se concrétise pas pour tout le monde. Les Egyptiens libéraux en particulier perçoivent dans la volonté de Morsi de s’octroyer des pouvoirs exorbitants, un certain recul dans le domaine des droits humains et des libertés publiques. Conséquence, ils essaient par des manifestations populaires de s’y opposer. Mais en face, les islamistes n’entendent pas se laisser faire. »

L’armée en embuscade ?

« Où va l’Egypte ? », s’interroge Le Pays au Burkina. Le Pays qui pointe le dilemme, selon lui, auquel est confronté le président Morsi : «satisfaire son électorat et sa famille politique tout en préservant les éléments constitutifs d’un véritable Etat de droit. Pour le moment, relève le quotidien burkinabé, le cœur de Morsi semble balancer du côté de ses 'frères' quasi-exclusivement, oubliant que la révolution qui l’a porté au pouvoir, d’autres aussi l’ont payée de leur sueur et de leur sang. »

Et Le Pays de prendre position : «Arrivé au pouvoir démocratiquement, le président Morsi a le devoir, sinon l’obligation, de gouverner par des règles démocratiques. Sinon, ce serait une véritable arnaque faite au peuple des électeurs, un détournement de sa volonté. »

L’Observateur, toujours au Burkina, n’est guère optimiste : «le chaos est en train de s’installer en Egypte, où partisans et opposants au président Mohamed Morsi, comme chiens et chats, n’hésitent pas à en découdre. (…) Il faut craindre que ce pays ne sombre soit dans une dictature pure et dure, soit dans une violente guerre de tranchées où chaque camp s’emploiera à casser, au propre comme au figuré, son vis-à-vis. »

L’Observateur qui craint, du coup, que cette situation chaotique ne profite à l’armée… En effet, affirme-t-il, « si le président continue à raidir sa position, il court le risque de garnir son placard de cadavres, ce qui va provoquer le ras-le-bol de la population ; une situation susceptible de donner des arguments à la Grande Muette pour entrer en scène, surtout qu’elle ne semble pas avoir bien digéré sa mise à l’écart par le nouveau pouvoir. Dans cette hypothèse, conclut L’Observateur, le Printemps arabe aura été vain en Egypte. »

Guerre civile ?

La presse française s’intéresse de près également à la situation en Egypte. Le Figaro note que « l’opposition tente de structurer. » Avec notamment « le nouveau parti, al Dostour, mené par Mohamed El Baradei. Depuis que le nouveau président égyptien issu des Frères musulmans a élargi ses pouvoirs, le 22 novembre, l’ex-chef de l’AIEA émerge en effet comme 'la' figure fédératrice qui cristallise la colère des laïcs et des libéraux contre les islamistes. »

Toutefois, s’interroge Le Figaro, «cette jeune Coalition parviendra-t-elle, comme elle le souhaite, à faire entendre sa voix en menant pacifiquement sa désobéissance civile ? Certains, déjà, lui reprochent son obscure alliance avec d’anciens 'felouls', les 'résidus' de l’ancien régime.»

Enfin, «l’Egypte déchirée entre Tahrir et les Frères musulmans », constate Libération. « Si ce type de confrontations directes venait à se généraliser, comme cela semble en prendre la direction avec les événements d’hier au Caire, il est à craindre, souligne Libération, que cela ne dégénère en guerre civile. »

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