Chronique des matières premières

Gaz : la Russie lance la construction de South Stream en défi à Bruxelles

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Tracés des futurs gazoducs via l'Europe du Sud : South Stream en bleu et Nabucco en rouge. (8 janvier 2008)
Tracés des futurs gazoducs via l'Europe du Sud : South Stream en bleu et Nabucco en rouge. (8 janvier 2008) Wikipédia/Boban Markovic

Le président russe Vladimir Poutine devrait être présent pour inaugurer le démarrage du chantier : la construction du gazoduc South Stream est lancée ce vendredi 7 décembre 2012 sur les bords de la mer Noire, en avance sur le calendrier prévu. Un geste de défi en direction de la Commission européenne car les obstacles à ce projet sont nombreux.

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Objectivement, la Russie démarre son nouveau projet de gazoduc vers l'Europe à un très mauvais moment. South Stream et ses quatre nouveaux tuyaux sous la mer Noire vont s'ajouter à ceux de Nord Stream qui traversent déjà la Baltique. Deux nouvelles routes du gaz tracées par Moscou pour contourner l'Ukraine et ses susceptibilités tarifaires ; mais qui vont accroître d'autant les capacités de gaz en Europe, alors même que la demande stagne. La crise économique a ralenti la consommation de gaz. Et le gaz russe dont le prix est encore majoritairement indexé sur le pétrole, est de plus en plus concurrencé par le gaz naturel liquéfié, moins cher, et encore davantage par le charbon excédentaire des Etats-Unis.

Le projet de South Stream est en outre horriblement coûteux, 16 milliards d’euros au minimum, plus de deux fois le coût de son parallèle au nord. Le tracé définitif au-delà de la Bulgarie n'est pas arrêté. Les études d'impacts environnementaux et sociaux n'ont pas été menées. Les contrats avec les pays européens traversés sont flous ; quant au consortium de Gazprom avec l'Italien Eni, l'Allemand BASF et le Français EDF, il peut être défait à tout moment. Enfin South Stream n'a pas obtenu de Bruxelles le statut qui autoriserait Gazprom à mettre son propre gaz dans les tuyaux sans être mis en concurrence, un statut qu'avait obtenu Nord Stream.

Qu'à cela ne tienne, Gazprom précipite le lancement des travaux côté russe, même si la suite doit tarder, pour montrer ses muscles à la Commission européenne. Car Bruxelles a entamé un bras de fer avec le géant russe du gaz il y a quelques semaines, en lançant une enquête pour abus de position dominante en Europe. Gazprom fournit un quart des besoins européens de gaz. A défaut de pouvoir diminuer rapidement cette dépendance en démarrant le projet concurrent de gazoduc Nabucco, avec du gaz d'Azerbaïdjan, Bruxelles fait tout pour pousser Gazprom à baisser plus largement ses tarifs.

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