Revue de presse Afrique

A la Une : les militaires maliens montrés du doigt

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La presse de la sous-région et la presse de Bamako ne ménagent pas leurs critiques ce matin contre le capitaine Sanogo. Le journal Le Prétoire ne cache pas son dépit : « à l’heure où l’on pensait que les choses étaient en train de s’équilibrer, toutes les convictions des Maliens sont désormais prises en otage. Le Mali se dirige tout droit vers la déroute. Cet autre coup de force commandité par le putschiste, le capitaine Amadou Haya Sanogo, pour contraindre le Premier ministre Cheick Modibo Diarra à démissionner, est déplorable par principe. En effet, en sa forme, il diligente, en quelque sorte, l’effondrement de la République du Mali qui est faite de lois, de règles et de droit. » Et Le Prétoire de conclure : « il est urgent que le semblant d’ordre qui régnait au Mali soit rétabli et que le syndicat de mutins qui a pour nom Armée malienne soit subordonné au pouvoir civil. »

Le Combat, autre journal malien, est tout aussi catégorique : « le Capitaine croit dur comme fer qu’il est le "messie" du Mali, donc le seul capable de sauver le pays. Mais dans le fond, il ne fait que le conduire vers l’abîme. Cette dernière sortie des militaires est une sorte de second coup d’Etat de sa part et les conséquences de son entêtement seront très lourdes pour le pays. »

Alors que peut-il se passer maintenant ? Le Flambeau veut rester optimiste et place tous ses espoirs en Diango Cissoko, le nouveau Premier ministre. « Diango Cissoko à la primature, ça passe ou ça casse pour le Mali », s’exclame le journal. « L’homme, du fait de sa neutralité politique, donne de prime à bord l’assurance de pouvoir rassembler tous les partis politiques autour d’un idéal commun : le Mali. Pour avoir été médiateur de la République et réussi avec brio la 17ème édition de l’espace d’interpellation démocratique, il jouit d’ores et déjà d’une certaine crédibilité au sein de la société civile. Tous ces arguments portent à croire que la personnalité du nouveau Premier ministre cadre avec la réalité sociopolitique actuelle et les responsabilités qui lui sont assignées. »

Et Le Flambeau de conclure : « des partis politiques aux forces vives de la nation, en passant par les forces de défense et de sécurité nationales, tous les Maliens et Maliennes doivent se mobiliser autour de l’homme et chacun doit jouer pleinement son rôle pour la reconquête du Nord et l’organisation d’élections libres et transparentes. »

Et si on confiait tout à Sanogo ?

De son côté, la presse de la sous-région continue de tirer à boulets rouges sur le capitaine Sanogo. « Un pas en avant, deux pas en arrière, déplore L’Observateur au Burkina. C’est à ce rythme que le Mali avance, si tant est qu’il avance, vers le bout du tunnel de la crise qui l’enserre depuis huis mois. Depuis la date du coup d’Etat du 22 mars dernier, suivi de la prise du Nord par les rebelles touaregs, l’ex-Soudan français est devenu un grand foutoir, avec le capitaine Sanogo dans le rôle de gaffeur public n°1. » Et le quotidien burkinabé de s’interroger : « jusqu’à quand le laissera-t-on enrayer les efforts de sortie de crise ? »

Finalement, « et si on confiait tout à Sanogo ? », lance pour sa part Le Pays, toujours au Burkina. En effet, s’interroge-t-il, « peut-être la résolution de la crise malienne passera-t-elle par une transition conduite par les militaires maliens eux-mêmes ? Pourquoi, au regard du sur-place que font les civils, parfois gênés dans leurs démarches par la Grande muette, ne pas mettre le capitaine Sanogo face à ses responsabilités en lui confiant les rênes de la transition malienne ? L’on fera alors l’économie du cafouillage entre président, chef de gouvernement et armée, qui sape les efforts consentis et hypothèque la reconquête du Nord-Mali. L’on verra par la même occasion ce que vaut réellement le tombeur d’ATT, qui a toujours prouvé par ses agissements qu’il ne voit les dirigeants politiques que comme des civils incapables. »

Moindre mal ?

Autre point de vue, celui du site d’information Guinée Conakry Infos pour qui finalement, la démission de Cheik Modibo Diarra est « un moindre mal. » En effet, explique-t-il, « quelques heures après l’annonce par Cheick Modibo Diarra de sa démission ainsi que de celle son gouvernement, les réactions étaient unanimement hostiles. Tout le monde y voyait le remise en cause de fait de l’accord-cadre en vertu duquel la bande au capitaine Sanogo avait choisi de se replier dans le camp de Kati. Mais avec le recul, relève Guinée Conakry Infos, ces appréciations commencent à se nuancer. Après notamment la désignation de Diango Cissoko, certains observateurs estiment que la mise à l’écart de l’astrophysicien n’est pas absolument néfaste au processus de transition au Mali. On pense même qu’avec un peu de tact, on peut en tirer quelque de chose de positif. Ce jugement n’est cependant pas synonyme du retour en grâce des ex-putschistes. Loin de là… », tempère le site d’information guinéen. En effet, poursuit-il, « les pensionnaires du camp de Kati ne doivent point s’attendre à ce qu’ils soient applaudis pour l’acte posé. Le message de la communauté internationale tient à deux choses : se féliciter intérieurement du départ de Cheick Modibo Diarra, mais s’opposer fermement et ouvertement à l’ingérence des militaires dans le processus de la transition malienne. Car aussi mauvais qu’aura été l’ancien Premier ministre, conclut Guinée Conakry Infos, le retour de la soldatesque dans les affaires ne peut en aucun cas être la solution. »
 

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