Chronique des matières premières

L'arachide au Sénégal

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L'arachide est un aliment de base dans de nombreux pays africains.
L'arachide est un aliment de base dans de nombreux pays africains. Iucn

La campagne arachidière bat son plein au Sénégal. Lancée fin novembre, elle va durer jusqu’en mars-avril. Cette année, la production est exceptionnelle mais les producteurs sénégalais d’huile d'arachide redoutent une pénurie car les cultivateurs préfèrent vendre aux exportateurs étrangers le fruit de leur labeur.

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Au Sénégal, on a coutume de dire : « Quand l’arachide va tout va »… Premier produit d'exportation après la pêche, la culture de l’arachide occupe 40% des terres cultivées.
Cette année, la filière fait face à un paradoxe : la pluviométrie est bonne, la saison s’annonce exceptionnelle avec une production attendue de 700 000 tonnes et pourtant les huiliers se plaignent et font face à une pénurie d’approvisionnement. En fait, pour les professionnels du secteur, la filière a grand besoin d’un second souffle.

Ces dernières années ont été particulièrement difficiles pour les paysans. Le gouvernement fixait des prix d’achat trop bas, contraignant parfois les agriculteurs à vendre à perte. « Le régime sortant a fait un pond d’or à la Suneor, première société agro-alimentaire sénégalaise et leader mondial pour l'exportation d'huile d’arachide brute », affirme une source au ministère de l’Agriculture qui explique que la « Suneor n’a cherché qu’à s’enrichir sur le dos des paysans ». Le nom de cette entreprise est d’ailleurs cité dans les enquêtes en cours contre Karim Wade, le fils de l’ex-président Abdoulaye Wade soupçonné d’enrichissement illicite.

Cette année, le nouveau président Macky Sall a décidé de relever le prix d’achat de base à 190 francs CFA le kilo (un peu moins de 30 centimes d’euros), soit une hausse de 8%. Lors de son allocution du nouvel an, il a rappelé ses engagements : « Je tiens, par-dessus tout, a-t-il déclaré, à ce que le producteur soit rémunéré au juste prix de son dur labeur ».

Dans le même temps, le gouvernement a décidé de fermer temporairement les frontières à l’exportation des graines pour protéger l’industrie locale de transformation. Car cette fois, ce sont bien les huiliers qui font grise mine : malgré cette mesure, des acheteurs, notamment chinois et indiens, continuent de déambuler de villages en villages en achetant directement aux paysans les graines à des prix largement supérieurs, jusqu’à 20% plus chers. Et les trois grandes industries de l’huile du pays constatent, quant à elles, que très peu d’arachides ont été acheminées vers leurs usines à ce jour. « S’ils n’ont plus assez de matière première, les huiliers licencieront », menacent-ils. Voilà pourquoi ils appellent les autorités sénégalaises à redoubler de vigilance aux frontières pour freiner la fuite de la production locale d’arachides.

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