Chronique des matières premières

Climat : Bruxelles désespère de sauver le marché européen du carbone

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Les prix du carbone sont en pleine chute.
Les prix du carbone sont en pleine chute. Flickr/freefotouk

Le prix du CO2 a touché le fond lundi : moins de 5 euros la tonne, sept fois moins qu'en 2008. Un niveau aussi bas ne permet plus d'encourager les investissements des entreprises contre les gaz à effet de serre. Bruxelles s'alarme.

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La Commission n'y est pas allée par quatre chemins : « Les Etats d'Europe et le Parlement européen ont deux options : soit s'asseoir, ne rien faire et assister au crash du marché, soit soutenir le plan de Bruxelles ». Le plan de la Commission, c'est retirer provisoirement près de la moitié des quotas de CO2 qui inondent le marché carbone et font dégringoler les prix.

S'il y a beaucoup trop de quotas aujourd'hui, c'est que d'une part, on en a distribué trop largement aux entreprises - et gratuitement en plus ! -, en 2005, lors de la création de ce marché carbone. D'autre part, la crise a ralenti l'activité de beaucoup d'industries « polluantes », comme la sidérurgie, qui ont donc besoin de moins de quotas. On peut se féliciter de voir que l'Europe émet moins de gaz à effet de serre en ce moment.

Le problème c'est qu'avec un prix aussi bas de la tonne de CO2, les entreprises n'ont plus d'incitation à investir dans des procédés plus écologiques pour l'avenir. Les grands opérateurs d'électricité, en Europe, reviennent même à toute allure au charbon, plus polluant que le gaz, mais moins cher. La Commission de Bruxelles craint de manquer ses objectifs pour limiter le réchauffement du climat. Elle se heurte à certains Etats d'Europe opposés à toute contrainte supplémentaire qui serait imposée à leur industrie en période de crise. Quant au Parlement européen, il n'a pas prévu de se prononcer avant plusieurs mois sur le sujet...

En attendant, les compagnies aériennes européennes se font des profits sur le dos d'un marché carbone agonisant. Alors que l'aviation a refusé de payer ne serait-ce que 15% des droits à polluer qu'on devait lui attribuer cette année, elle a déjà commencé à facturer le surcoût totalement fictif des quotas carbone aux passagers. Le secteur aérien aurait empoché de cette manière, selon Bloomberg, 1,3 milliard d'euros !

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