La marche du monde

1 - Esclaves d’empire

Audio 19:31
Par : Alain Renon
22 mn

Ouvriers indochinois, immigrés de force en France (1939-1952). Ils furent quasiment 20.000 jeunes hommes, encore adolescents pour certains, mariés et pères de famille pour plus d’un tiers d’entre eux. Presque tous paysans, arrachés brutalement à leurs villages du Tonkin et de l’Annam, provinces coloniales du nord et du centre du Vietnam d’aujourd’hui. Recrutés de force pour remplacer des ouvriers de métropole, mobilisés en septembre 1939 contre l’Allemagne, dans les usines d’armement : cartoucheries, poudreries, arsenaux.

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Piégés sur le sol français par la victoire éclair des nazis en mai-juin 1940, près de 15.000 d’entre eux se retrouvèrent parqués dans des camps de la moitié sud de l’Hexagone, proposés aux entreprises comme main d’œuvre quasi gratuite par le régime de Vichy. Ces années s’avèreront les plus dures de leur exil forcé et laisseront une empreinte dans le paysage du delta du Rhône : les rizières de Camargue.

Rendus très progressivement à leur terre natale, entre 1946 et 1952, ces hommes furent, pour certains, traités, voire exécutés, comme des traitres à la cause indépendantiste à leur retour en Indochine, en pleine insurrection. Considérés, à tort, comme des « soldats-ouvriers » collaborateurs de la France coloniale. C’est à la fois pour les réhabiliter, comme ouvriers réquisitionnés de force, et pour recueillir leurs témoignages – parfois, premiers récits après de longues années de silence- que le cinéaste franco-vietnamien Lam Lê leur consacre un film-document : «Cong Binh, la longue nuit indochinoise», qui sort sur les écrans français, le 30 janvier 2013.

 

Invités : Lam Lê, réalisateur de «Công Binh, la longue nuit indochinoise», documentaire, ADR Productions 2013 ; Alain Ruscio, historien, spécialiste de la colonisation française et en particulier de l’Indochine, auteur de «La question coloniale dans L’Humanité, 1904-2004», éditions La Dispute, 2005 ; «Dien Bien Phu, mythes et réalités. Cinquante ans de passions françaises, 1954-2004», éditions Les Indes Savantes, 2005.

Avec la participation de Sophie Wahnich, historienne, directrice de recherche au CNRS, rattachée au Tram, laboratoire d’études des Transformations Radicales des mondes contemporains, auteure de «Les musées d’histoire des guerres du Vietnam à l’heure du renouveau et de l’OMC : pour qui ? pour quoi ?», in «Les présents des passés douloureux», sous la direction de Frédéric Rousseau, éditions Michel Houdiard, 2012  ; «Les émotions, la Révolution française et le présent», éditions du CNRS, 2009.

A lire :
- Pierre Daum, «Immigrés de force. Les travailleurs indochinois en France, 1939-1952», éditions Actes Sud, 2009.
- Marguerite Duras, «Un barrage contre le Pacifique», éditions Gallimard, 1950.

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