Chronique des matières premières

La demande de pétrole va-t-elle se tasser et mener les prix à la baisse ?

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Une raffinerie de pétrole en Arabie saoudite.
Une raffinerie de pétrole en Arabie saoudite. Getty Images/Pete Turner

Après la baisse brutale des cours du brut en milieu de semaine, on évoque de plus en plus le ralentissement de la consommation de pétrole, elle pourrait stagner avant la fin de la décennie. L'industrie pétrolière, réunie hier au sommet international du pétrole à Paris, ne croit pas à ce déclin, pas plus qu'à un déclin des prix du brut.

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Depuis les années 1950, on évoquait le déclin inéluctable de la production de pétrole à partir d'une certaine date fatidique, le fameux « peak oil ». Cette menace semble avoir disparu, on a repoussé les limites dans l'exploration du pétrole et l'on sait mieux rentabiliser les gisements existants. Aujourd'hui, c'est plutôt le déclin de la consommation que certains spécialistes évoquent, le « peak demand » ! La demande de brut pourrait stagner dès 2020, estime Citigroup. Le pétrole sera de plus en plus remplacé par le gaz. Moins cher et de plus en plus abondant grâce à la révolution de la fracturation hydraulique, le gaz se substitue déjà au pétrole non seulement dans la production d'électricité, mais aussi dans la pétrochimie, dans les transports ferroviaires et maritimes, et jusque dans les réservoirs des voitures et des camions. Les économies de carburant seront l'autre grand frein à la consommaton de pétrole en Europe et aux Etats-Unis ; mais aussi en Chine, en Inde, et dans les pays du Moyen-Orient : les pays émergents, même producteurs d'hydrocarbures, ne pourront pas éternellement subventionner la consommation d'essence et de diesel, sans compter qu'ils se soucient de plus en plus, eux aussi, de la pollution.

Pourtant cette thèse d'une demande qui plafonnerait dans moins de huit ans, propre à provoquer une chute des prix du pétrole, l'industrie pétrolière n'y croit guère pour l'instant. Malgré la baisse des cours du brut cette semaine, le prix du pétrole reste dans une fourchette de 105 à 115 dollars, remarque le patron de Total. Ce sont d'après lui les contraintes sur l'offre qui continuent de mener les prix, que ce soit les problèmes de sécurité en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, les besoins budgétaires croissants des pays producteurs, et les coûts de plus en plus élevés des pétroles non conventionnels. Si les cours descendaient sous les 100 dollars, non seulement l'Arabie saoudite reserrerait les vannes, mais les gisements du futur, pétrole en roche compacte, ou en « offshore » très profond, seraient abandonnés. Pour l'industrie pétrolière, le risque de surproduction de brut n'est pas pour demain.

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