Revue de presse Afrique

A la Une : Karim Wade sur le point d’être incarcéré

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L’affaire continue bien sûr de faire la Une au Sénégal… « Le dossier Karim Wade transmis à la Commission d’instruction », constate Le Soleil. « A charge à celle-ci d’apprécier la suite à donner au dossier », précise le journal. Mais il ne fait guère de doutes, pour la presse sénégalaise, que le fils de l’ancien président va passer par la case prison… Hier, le procureur Alioune Ndao s’est longuement expliqué devant les journalistes. Ses propos sont rapportés par Le Soleil, notamment cette précision : le document présenté par les avocats de Karim Wade justifiant sa fortune fait en fait 42 pages et non 3.000, comme indiqué par les défenseurs hier… « Au bout de 2 heures, nous avons lu le document, explique Alioune Ndao, et nous nous sommes faits une religion très précise sur la qualité des réponses apportées par M. Wade. N’étant pas convaincus de la pertinence des réponses, nous avons pris les mesures idoines qui ont consisté à l’arrestation de M. Wade et de ses complices et à leur placement en position de garde-à-vue sur mes instructions. »

« Le procureur spécial met désormais Karim sous le faix du juge », titre pour sa part le quotidien Sud. Faix, F-A-I-X. Un terme qui signifie poids, charge ou fardeau… Ce sont en effet les juges de la Commission d’instruction qui devraient jeter un gros poids sur les épaules de Karim Wade en lui signifiant ce mercredi son emprisonnement.

« Je n’ai pas peur de la prison ! »

Du coup, « Karim Wade prépare ses bagages pour Rebeuss (la maison d’arrêt de Dakar) », s’exclame La Tribune, avec cette remarque de l’intéressé : « je n’ai pas peur de la prison ». Le quotidien sénégalais dit en effet s’être procuré une lettre de Karim Wadeadressée à son père : « l’ancien ministre d’Etat soutient qu’il s’est bien préparé à la prison et qu’il compte 'traverser cette épreuve avec stoïcisme. Je n’ai pas peur de la prison. N’ai aucun remord', écrit Karim. (…) Je suis convaincu que justice ne pourra que m’être rendue au final et que très rapidement le peuple sénégalais ne pourra que se rendre à l’évidence. »

Commentaire sans concession de La Tribune : « Il ne reste presque plus rien à Karim Wade que de se résigner. Les choses s’accélèrent à une vitesse vertigineuse pour le tout puissant ex-ministre d’Etat. Et en toute vraisemblance, il est clair qu’à l’image de Wade fils, tous les 'gros bonnets' de l’ancien régime accusés de s’être illicitement enrichis, vont passer à la guillotine. Une vraie descente aux enfers pour des personnalités qui montraient souvent toute leur puissance et leur force de frappe financière. L’emprisonnement imminent de Karim sonne définitivement le début de la fin d’une époque… »

Règlement de comptes politique ?

Encore beaucoup de réactions dans la presse de la sous-région suite à la mise en cause de Karim Wade… « Descente aux enfers d’un ex-ministre du ciel », s’exclame L’Observateur Paalga   au Burkina. L’Observateur qui pointe le caractère politique, selon lui, de ce dossier. « Macky Sall aurait voulu faire le procès du régime Wade qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Les avocats de Karim Wade en sont convaincus, il s’agit d'un acharnement politique. Pour eux, le kidnapping est flagrant et n’a d’autre objectif que de neutraliser un adversaire qui, sur le terrain pourtant, ne représente pas de danger. Déjà le test des élections locales de 2009 avait montré que Karim avait encore du chemin à faire, puisqu’il avait essuyé une bérézina mémorable. En réalité donc, et ils sont nombreux qui le subodorent, c’est faute d'atteindre le père, protégé par son parapluie immunitaire et son âge canonique, que l’actuel pouvoir veut faire rendre gorge au fils. »

Pour autant, L’Observateur n’exonère pas les Wade… « Le père et le fils ont montré une certaine goinfrerie à l’égard du pouvoir, constate le quotidien burkinabé, en atteste le poste d’hyper-ministre concocté spécialement pour Karim. Ou encore l’ANOCI, qui fut, en dépit du tunnel de Soumbedioune, de la corniche Ouest et des multiples échangeurs, un véritable tonneau des Danaïdes. »

Prédateurs…

En fait, renchérit Le Pays , toujours au Burkina, « le scénario était écrit. (…) Comme dans de nombreux cas en Afrique, l’ex-président avait fortement impliqué sa famille dans la gestion des affaires. L’ancien chef de l’Etat sénégalais savait pourtant, qu’après avoir trucidé nombre d’adversaires et de prétendants, lui et les siens risquaient gros en cas de défaite au scrutin présidentiel qui s’annonçait. (…) La leçon à tirer de cet événement, conclut Le Pays, est que pour nos dirigeants atteints de la boulimie du pouvoir, il est plus sage d’éviter de mêler les proches, surtout les membres de sa propre famille, à la gestion des affaires de l’Etat. (…) Fort malheureusement, déplore le quotidien ouagalais, il faut en convenir : l’Afrique des républiques bananières d’aujourd’hui est bien loin de partager cet idéal. Au mépris du peuple dans le besoin, les régnants se régalent de manière inconsidérée, laissent les proches dépecer l’Etat moribond, puis se disputer ouvertement les miettes. (…) Sous le ciel des gouvernants africains, le népotisme a la peau dure ! »
 

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