Revue de presse française

A la Une : baroud d’honneur ou lame de fond ?

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Les journaux s’interrogent ce matin après la nouvelle manifestation hier à Paris contre le mariage pour tous. Le mouvement s’essouffle-t-il, à la veille de l’adoption de la loi à l’Assemblée, ou bien, cristallise-t-il un front anti-Hollande qui pourrait bien durer ? Les avis divergent…

Pour Les Dernières Nouvelles d’Alsace, « il semble bien que la mobilisation contre le mariage pour tous marque le pas. À moins qu’elle ne soit à la recherche d’un second souffle, ce qui n’est pas exactement la même chose. Après plus de six mois de mobilisation massive et face à la sensation de lutter pour une cause déjà perdue, la lassitude commence logiquement à prendre le dessus. »

Sur le plan politique, estime L’Humanité, le grand avantage pour la droite « de cette excitation printanière consiste à mettre en scène le spectacle d’une opposition se présentant comme radicale et identitaire contre le gouvernement et le parti socialiste. Des manifestations répétées, avec si possible, quelques images d’affrontements avec la police, donnent à peu de frais l’image d’une opposition mobilisée. »

Libération pour sa part dénonce « l’homophobie manifeste » des opposants au mariage pour tous. Un rejet qui, selon le journal, transpirait hier dans la foule des manifestants : « dans les rangs, relate Libération, court une homophobie ordinaire qui consiste à manifester pour le maintien d’une discrimination. Mais qui ne se vit pas comme telle et n’ose plus se dire. » Et Libération de dénoncer « ce flot de paroles souvent anodines et parfois hargneuses, ces actes souvent négligeables mais parfois violents, libérés, déverrouillés par l’attitude complaisante de quelques (ir)responsables politiques. Car la peur qui nous inquiète, s’exclame encore le journal, c’est plutôt celle qu’éprouvent au quotidien nombre de gays et lesbiennes qui se sentent à raison en insécurité. »

Parti pour durer ?

« On n’est pas des fachos homophobes ! », s’exclame un manifestant cité par Le Figaro. Le Figaro qui salue « la calme détermination des manifestants » et qui parle de « force tranquille. (…) Ceux qui voient des néofascistes partout, surtout lorsqu’il n’y en a pas, en seront pour leurs frais. » Et « l’histoire n’est pas finie », prévient le journal. « Bien sûr, l’Assemblée adoptera demain ce projet de loi, mais les opposants au texte se souviennent que, même en démocratie, la rue est parfois plus forte que le Parlement, rappelle Le Figaro. François Mitterrand n’avait-il pas retiré, à l’été 1984, le fameux texte sur l’école libre adopté au printemps précédent ? »

En effet, renchérit La Croix, le mouvement n’est pas terminé. Le « non est parti pour durer », estime le quotidien catholique pour qui « l’ampleur de la mobilisation de la “manif pour tous” renforce la détermination des opposants au projet. (…) Démonstration de force qui a fait naître un espoir, lance La Croix : que le gouvernement renonce à appliquer la loi, comme ce fit le cas en 2006 pour le CPE, le Contrat de première embauche. »

Alors, s’interroge Le Télégramme, « avec le vote, demain, de la loi Taubira, une majorité de Français va-t-elle finir par accepter non seulement le mariage homo, plébiscité par 55 % à 65 % d’entre eux, mais aussi sa conséquence, l’adoption – bien que celle-ci ne soit plus soutenue que par 46 % des sondés ? L’exemple de la très catholique Espagne le donne à penser. Mais c’est oublier, prévient le quotidien breton, une histoire très française, remontant au sulfureux Encyclopédiste, Denis Diderot, se poursuivant par la Révolution puis, au lendemain de l’affaire Dreyfus, par la guerre entre gouvernements radicaux-socialistes de la IIIe République et défenseurs des congrégations religieuses. »

Et puis on revient à Libération avec cette tribune de Marie-Laure Harel, Conseillère de Paris UMP qui est en faveur du mariage pour tous et qui explique pourquoi : « Le mariage pour tous consacre l’ultime aboutissement d’une évolution sociétale dont nous pouvons être fiers : le temps où l’homosexualité était pénalement réprimée est fort heureusement loin derrière et il n’y a aucune raison que l’amour conserve sa caste d’intouchables. Il est temps de reconnaître aux homosexuels des droits équitables à travers le mariage, affirme encore Marie-Laure Harel, les leur refuser, c’est quelque part continuer à les stigmatiser. »

Quelle trajectoire ?

A la Une également, le parcours des auteurs présumés des attentats de Boston… « Comment deux frères tchétchènes sont devenus des terroristes », lance Le Figaro qui relève que « la police cherche à établir si les deux frères auraient pu bénéficier de complicités ou s’ils étaient manipulés à distance. Le séjour au Daguestan de Tamerlan durant six mois en 2012 fait à ce titre l’objet d’une demande d’information du FBI à l’égard des autorités russes. »

Justement, Libération pointe « les zones d’ombre russes. (…) Le séjour de Tamerlan Tsarnaev l’an dernier en Russie et les alertes des services secrets de Vladimir Poutine au FBI alimentent les spéculations. » Toujours d’après le journal, « les frères Tsarnaev ont pu suivre la trajectoire prise par la cause tchétchène ces dernières années : passer d’un mouvement nationaliste indépendantiste au jihadisme. » Reste, relève Libération, que « pour les parents des frères Tsarnaev, y compris ceux qui s’étaient brouillés avec eux ces dernières années et n’appréciaient guère leur nouvelle dévotion à l’islam, il apparaît évident que ceux-ci ont été “manipulés”. » Par qui ? Mystère.

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