Revue de presse Afrique

A la Une : Serval prolongé

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« Le Parlement français a donc autorisé hier soir le gouvernement à prolonger l’opération militaire française au Mali. Une opération que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a qualifiée de “réussite” sur les plans politique et militaire. La prolongation de Serval a été adoptée à la quasi-unanimité… Une bonne nouvelle, d’abord pour le président Hollande », note L’Observateur Paalga au Burkina.

« Etouffé par l’atmosphère délétère qu’exhale actuellement la politique intérieure, c’est de l’Afrique que François Hollande reçoit de revigorantes bouffées d’oxygène. Une embellie tropicale sous un ciel élyséen en proie à la grisaille. En effet, relève le quotidien burkinabè, rarement un gouvernement français a suscité autant de défiance et d’opprobre que celui du “président normal”. Dans les rues, les protestations contre son projet de loi sur “le mariage pour tous”, soumis aujourd’hui au vote du Parlement, renforce chaque jour davantage un climat quasi insurrectionnel. Au même moment, au Parlement, la droite, l’extrême-droite et l’extrême-gauche ferraillent dur contre un texte jugé contraire aux principes qui ont toujours fondé la famille. Et comme si tout cela ne suffisait pas, relève encore L’Observateur Paalga, l’affaire Cahuzac, du nom de l’ex-ministre du Budget poursuivi pour “blanchiment de fraude fiscale” est venue jeter le discrédit sur un régime dont le chef déclarait naguère détester les as des finances. »

Bref, conclut le quotidien ouagalais, « s’il y a un îlot d’accalmie au milieu de cette tempête politique qui fait trembler le Parti socialiste français, c’est bien le dossier malien. »

Pour Le Pays, toujours au Burkina, il s’agit d’une « prolongation logique (…) puisque la loi fondamentale française, en son article 35, dispose que lorsque la durée d’une opération extérieure excède quatre mois, sa prolongation doit être soumise à l’autorisation du Parlement. »

Le Pays estime qu’il y a d’abord « de quoi apporter du baume au cœur des autorités de Bamako qui appelaient de tous leurs vœux la prolongation du séjour des troupes françaises au Nord-Mali. » Et le quotidien burkinabè d’adresser ce message à Bamako : « désormais, il appartient aux Maliens de faire preuve de maturité et de responsabilité en taisant leurs chamailleries inutiles pour en profiter et reconstruire leur pays, pendant qu’il est temps. »

Parodie de démocratie ?

Justement, la presse malienne est en pleine période d’introspection et d’interrogation quant à la suite de la transition et l’organisation des élections… Le verdict établi par le quotidien Le 22 Septembre est sans appel : « le Mali est dans une situation de non-Etat, affirme-t-il, où, après vingt années d’une parodie de démocratie, marquée par l’ère du vice et du licencieux, les institutions ne sont plus qu’un amas chaotique et des structures de vacarme. (…) La charge politique oblige à la rigueur et à la probité morales, poursuit Le 22 Septembre. La vie politique n’est pas un sanctuaire à l’intérieur duquel des criminels, après qu’ils ont fini de piller leur pays, pénètrent comme dans la miséricorde. » Et le quotidien malien de conclure : « un Mali libéré, vivant en paix avec lui-même, ne s’appliquera pas seulement en termes de territoire reconquis et d’assaillants chassés. Ce sera aussi un Mali où les institutions seront confiées à des femmes et des hommes probes, honnêtes et ayant une haute opinion de leur charge. »

Pour l’instant, on n’en est pas là… C’est du moins ce que constate L’Inter de Bamako qui s’en prend frontalement au président par intérim, Dioncounda Traoré : « Avec Dioncounda, c’est la poursuite de la mauvaise gouvernance léguée par ATT. Les passations de marchés publics font l’objet de grandes escroqueries sur lesquelles la lumière est rarement faite : le marché des véhicules, de l’armée ou encore le marché par entente du 3e opérateur de téléphonie mobile. La communauté internationale ne doit plus être fière de son mentor de président par intérim. Sa crédibilité aurait pris un sérieux coup suite à la passation de ces deux marchés. Des scandales financiers créés pour détourner les fonds publics. Ça sent la magouille. »

L’armée malienne gangrénée…

Pour couronner le tout, l’interview de ce colonel français hier au journal Le Monde, largement reprise par les médias maliens, notamment par le site Malijet. Le colonel Heluin, qui dirige le détachement de liaison de la mission européenne de formation de l’armée malienne, dresse un tableau très sombre de sa mission. Gangrénée par la corruption, privée des fonds promis par la communauté internationale, incapable de s’entraîner faute de moyens, l’armée malienne n’est pas en mesure de remplir son rôle, affirme-t-il. A propos de la corruption et des détournements, le colonel Heluin donne cet exemple : « depuis 2006, les Maliens ont commandé 800 pick-up. Aujourd’hui, il n’en reste quasiment aucun. Une partie a été volée, certains cadres ont récupéré les moteurs neufs. C’est la gestion de la misère. Et l’exemple n’est pas donné par le haut. Le clientélisme est le mode de promotion. Après son coup d’Etat du 22 mars 2012, le capitaine Sanogo a limogé 62 généraux et il en reste 42. Il y avait donc 104 généraux pour une armée de 20 000 soldats. »

Enfin, pour ce qui est des financements promis… zéro !, déplore le colonel Heluin : « la communauté internationale dit “il faut absolument reconstruire l’armée malienne”, mais rien n’a été donné, alors que 8 millions d’euros ont été promis le 29 janvier à la conférence des donateurs d’Addis-Abeba. Parallèlement, cette même communauté internationale équipe la Mission internationale de soutien au Mali (Misma). Or, l’armée malienne en a davantage besoin. Parce qu’elle doit retrouver, vite, assure l’officier français, les moyens de défendre son territoire national et de faire face à la menace. »

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