Revue de presse française

A la Une: comme un parfum de scandale

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Deux affaires, qualifiées par nombre de commentateurs de nauséabondes, à la Une des journaux ce jeudi : les tableaux de Claude Guéant et l’appartement de Thomas Fabius. L’Est Républicain résume la situation : « Depuis des semaines maintenant, la France patauge dans les affaires. Il ne se passe pas un jour sans une révélation poisseuse. Hier, c’était l’appartement du fils de Laurent Fabius. Ce jeune homme dispose d’une entreprise de conseils qui ne lui verse pas suffisamment de salaires pour que cela le contraigne à payer des impôts sur le revenu. Pour autant, une banque lui aurait prêté la bagatelle de 7 millions d’euros pour s’acheter l’ex-appartement du réalisateur Claude Zidi. Parvenir à s’offrir un petit nid dont la valeur équivaut à presque cinq siècles de Smic, cela mérite une ovation particulière. » « Même coup de chapeau pour Claude Guéant, relève encore L’Est Républicain. L’austère de la préfectorale, cheville ouvrière de la décennie Sarkozy, était finalement un esthète au nez fin qui trouva à la fois le temps et la clairvoyance pour investir sur un maître flamand méconnu. Il en aurait tiré 500 000 euros. À côté, les primes en liquide qu’il se versait au ministère de l’Intérieur s’apparentent à de l’argent de poche. Tout cela donne un peu la nausée. »

La Sarkozie dévoyée ?

Alors, entre le fils de ministre et l’ex-ministre, c’est le second qui tient la corde dans les journaux. « Guéant : sous le vernis, le fric », s’exclame Libération en Une. « Claude Guéant, l’homme clé de la sarkozie, s’enferme dans des explications confuses sur l’origine d’un virement de l’étranger de 500 000 euros », constate Libération, qui s’interroge : « Cette affaire peut-elle atteindre l’ancien président ? » Le journal mesure ses propos : « Claude Guéant est aujourd’hui rattrapé par la justice avec ces mouvements financiers dont on peine à croire qu’ils étaient à son seul bénéfice. A travers l’ancien ministre de l’Intérieur, serviteur dévoué à Nicolas Sarkozy et à ses pratiques, c’est le dévoiement de la sarkozie et de son système politique qui est en train d’être mis au jour. »

« Comment le lièvre a-t-il été levé ? », demande Le Courrier Picard. Et de répondre : « Au cours d’une enquête sur un éventuel financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Comment se défend Claude Guéant ? En courant les plateaux de télévision et, disons-le tout net, en prenant les Français pour des cons, estime le quotidien picard. Ce qui fait froid dans le dos, c’est qu’il donne raison à une petite musique populiste à la mode et à laquelle on aimerait bien tordre le cou. Tous… comment déjà ? » Tous pourris !

Malaise

Si Thomas Fabius n’a pas les honneurs des Unes, il est en bonne place tout de même dans les quotidiens… Une pleine page, la page 4, dans Le Parisien, avec ce titre : « L’embarrassant appartement du fils aîné de Laurent Fabius ». Le Parisien qui répercute les interrogations de l’hebdomadaire Le Point, qui a sorti l’affaire : « Comment le fils du numéro deux du gouvernement, qui ne paie pas d’impôt sur le revenu alors qu’il est résidant fiscal en France, a-t-il pu acquérir un bien de 7 millions d'euros sans que les services de Bercy cherchent à en savoir plus ? »

« Quant au ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, relève Le Parisien, son entourage se borne depuis deux jours à expliquer que les affaires du fils ne sont pas de son ressort, tout en précisant que ce dernier n’a bénéficié "d’aucune donation ou héritage familial". Il n’empêche, au quai d’Orsay et chez les proches de Fabius, l’ambition immobilière de Thomas Fabius suscite visiblement un certain malaise. »

De son côté, Le Figaro rappelle les précédents judiciaires de Thomas Fabius : abus de confiance et escroquerie… et précise aussi que « le jeune homme aux costumes griffés et aux chemises chiffrées à ses initiales est connu pour son goût du luxe et du show-biz, ses habitudes au Fouquet’s et à Saint-Tropez. »

Marine jubile !

« Alors ? A qui tout cela profite-t-il ? » Question posée par La Nouvelle République du Centre-Ouest. Et on revient au « tous pourris » et à la rhétorique du Front national… Et on revient à L’Est Républicain qui relève que « Marine Le Pen y trouve matière à jubiler. Hier, jour de la fête du Travail, où les syndicats divisés ont fait un bide, elle célébrait Jeanne d’Arc au nom du "Peuple d’abord". »

Quant à François Hollande, il est bien seul, relèvent à la fois Le Figaro et L’Humanité, mais pas pour les mêmes raisons… « François Hollande ne trouve plus personne pour le soutenir dans son action, lance Le Figaro. Ses rares décisions trahissent tellement de zigzags et de contradictions qu’elles suscitent défection et incompréhension. (…) Que la droite s’interroge sur les capacités de Hollande à diriger la France, elle est dans son rôle, relève encore Le Figaro. Mais, même à gauche, le chef de l’État ne trouve aucun réconfort. »

En effet, constate L’Humanité, « le gouvernement ne sait plus comment enrayer la perte de confiance, parce qu’il refuse d’entendre, justement, la force des aspirations sociales, estime le quotidien communiste. (…) Elle est triste la politique quand elle ne raisonne plus qu’en termes d’économies, conclut L’Humanité. Et elle amène du désarroi quand elle se fourvoie dans le monde de l’argent. Car la crise économique se double maintenant d’une crise politique qui s’installe dans la durée et mine la cohésion sociale. »

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