Chronique des matières premières

Ruée mondiale sur le beurre de cacao

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Un ouvrier travaillant dans une coopérative d'exportation de cacao à Moussadougou, un village de San Pedro.
Un ouvrier travaillant dans une coopérative d'exportation de cacao à Moussadougou, un village de San Pedro. AFP / Kambou Sia

Difficile à trouver actuellement, le beurre de cacao est deux fois plus cher que la poudre. Un renversement total par rapport à l'an dernier. 

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En broyant les fèves de cacao puis en pressant la pâte de cacao, on obtient d'un côté la poudre, de l'autre le beurre de cacao, en quantités égales. Mais la consommation, elle, peut-être déséquilibrée entre les deux produits. L'an dernier, c'est la poudre de cacao qui était la plus demandée car les Asiatiques se sont mis à consommer de plus en plus de biscuits, de glaces et de boissons chocolatées où l'on n'utilise que la poudre, pour le parfum. Dans le même temps, la consommation de beurre de cacao, utile pour donner du moelleux aux barres chocolatées, aux tablettes ou aux chocolats les plus fins, avait ralenti dans les pays occidentaux, frappés par la crise. Les stocks de beurre de cacao s'étaient mis à grossir, on ne savait plus quoi en faire. Le prix du beurre de cacao était passé sous le prix de la poudre, du jamais vu !

Cette année, c'est l'inverse. Car la demande de poudre en Asie a brutalement chuté. Les pays asiatiques ont encore des stocks de poudre qu'ils ont achetés lorsque les cours du cacao étaient élevés l'an dernier, et ils ont toutes les peines du monde à les écouler au prix fort, alors que les cours du cacao ont chuté de 9% depuis le début de l'année. Résultat : l'Asie a fortement ralenti le broyage du cacao : -11% au premier trimestre à 140 000 tonnes, notamment la Malaisie qui est normalement le champion asiatique de la transformation cacaoyère. Cela veut dire moins de production de poudre, et donc fatalement moins de production de beurre, au niveau mondial. Or l'industrie du chocolat va moins mal cette année en Europe, le premier marché mondial, 339 000 tonnes broyées au premier trimestre, et elle reprend plus fortement que prévu en Amérique du Nord, +6 % à 126 000 tonnes. Ces marchés traditionnels consomment beaucoup plus de tablettes et de barres chocolatées que les Asiatiques, et donc plus de beurre de cacao que les Asiatiques. C'est donc la ruée en ce moment sur les stocks de beurre de cacao, ils fondent à vue d’œil, d'où l'envolée des prix, qui ont atteint le double de celui de la poudre, à un niveau qu'on n'avait pas vu depuis 2009.

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