Revue de presse Afrique

A la Une : les violences en Tunisie

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« Calme précaire à Kairouan mais un vent de confrontation souffle sur la Tunisie », constate le site d’information tunisien Webdo qui suit heure par heure les derniers événements après l’interdiction hier du meeting des djihadistes d’Ansar al-Charia dans la ville de Kairouan. Interdiction qui a provoqué la colère des jihadistes et d’une certaine frange de la population qui leur est favorable. Les affrontements se sont déplacés dans la banlieue de Tunis, notamment dans les quartiers d’Ettadhamen et Al Intilaka. « La situation est grave à l’ouest de Tunis, relate Webdo. Encerclées par les forces de l'ordre, Ettadhamen et Al Intilaka étaient ce dimanche deux cités en ébullition. (…) Les lumières sont éteintes et des coups de feu ont retenti. (…) De nombreux éléments de la police de retour de Kairouan ont été déployés autour des deux cités populaires, connues pour être des sanctuaires salafistes. De nombreux habitants voient d’un bon œil l’intervention musclée des forces de l’ordre alors que d’autres ont pris fait et cause pour les jihadistes en lapidant, à partir de leurs demeures, les forces de police. »

Toujours d’après Webdo, cette « soudaine flambée de violence à Tunis pourrait faire partie d’un plan établi par les radicaux salafistes afin de disperser les forces de l’ordre. En ce sens, l’agitation pourrait se disséminer sur plusieurs foyers aux quatre coins du pays afin d’harceler et d’épuiser les forces de l’ordre, selon une méthode islamiste éprouvée depuis les années 80. »

De son côté, Tunisie numérique, autre site d’information tunisien, s’étonne de la discrétion observée jusqu’à présent par les politiques. « Qu’il est assourdissant ce silence de la classe politique tunisienne envers les combats de rue et les affrontements qui opposent les tunisiens aux tunisiens. Devant cette déferlante de violence et de haine, la classe politique a, en effet, et paradoxalement, choisit de se taire, de laisser faire et d’attendre les résultats de l’affrontement. Il n’est plus un secret pour personne, relève le site tunisien, que la plupart des représentants du gouvernement, précédés par le chef suprême d’Ennahdha, ont choisi de regarder les débats à travers les télévisions satellites, à partir de douillets fauteuils à l’étranger. Alors que même l’opposition, déplore encore Tunisie Numérique, si douée d’habitude pour ce qui est de donner de la voix, se distingue, tout d’un coup, par un silence total, à la limite, complice, envers ce qui se passe dans nos quartiers et entre concitoyens. »

Un niveau jamais atteint…

Pour Le Figaro en France, « ces affrontements marquent une nouvelle étape dans le bras de fer qui oppose les autorités aux fondamentalistes. Et le gouvernement a durci le ton, en traquant des djihadistes qui seraient liés à Al-Qaïda, dans les montagnes de l’Ouest tunisien, mais aussi en imposant une demande d’autorisation pour l’installation de tentes de prédications ou en interdisant le meeting de Kairouan. “Ansar al-Charia est une organisation illégale qui est en relation et impliqué dans le terrorisme”, a redit hier le Premier ministre, Ali Larayedh. Ansar al-Charia, qui a prévenu le gouvernement qu’il serait “seul responsable de la moindre goutte de sang versé dimanche”, semble avoir pris l’ascendant, relève Le Figaro. Mais l’organisation pourrait payer les débordements de ce dimanche. La réponse du gouvernement ne devrait pas se faire attendre. Cette fois, remarque encore le quotidien français, la saison touristique sera dure à sauver. »

De son côté, le quotidien Libération, toujours en France, note également que « le ton est monté, cette semaine, à un niveau jamais atteint entre la mouvance jihadiste et le gouvernement, dominé par les islamistes d’Ennahda. Hier soir, le Premier ministre tunisien déclarait même que le groupe salafiste Ansar al-Charia était “impliqué dans le terrorisme”. »

Et Libération de citer le chercheur Fabio Merone, qui mène des travaux sur Ansar al-Charia. Celui-ci affirme que les jihadistes ont enregistré à Kairouan un échec : « les cadres moyens tentent de développer un projet politique, d’élargir et structurer leur base. Mais ils n’ont pas pu prendre de décision. Ils n’ont choisi ni la confrontation ni la médiation. La tentative de conciliation semble avoir créé un débat interne : reconnaître l’autorité du gouvernement est contre leur idéologie et peut les faire passer pour des mous auprès de leur base. La refuser, c’est se mettre à dos une grande partie de l’opinion. L’Etat les a testés. »

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