Chronique des matières premières

La contrebande contraint la Tunisie à des importations alimentaires massives

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C'est dans la station balnéaire de Hammamet que se tient la Conférence arabe pour l'investissement agricole et alimentaire.
C'est dans la station balnéaire de Hammamet que se tient la Conférence arabe pour l'investissement agricole et alimentaire. Wikipedia

La Tunisie héberge pendant trois jours la Conférence arabe pour l'investissement agricole et alimentaire, à Hammamet. La sécurité alimentaire préoccupe les pays arabes, y compris la Tunisie. Malgré une production agricole abondante et variée, la Tunisie doit importer des quantités croissantes de denrées de bases.

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La Tunisie importe traditionnellement du blé. Et cette année, les quantités achetées à l'étranger devraient être encore plus importantes, étant donné que la récolte nationale est frappée par la sécheresse. La Tunisie est aussi importatrice nette de sucre depuis longtemps.

Mais depuis deux ans, la Tunisie importe en quantités croissantes plein d'autres produits pour lesquels elle devrait être quasi-autosuffisante : du lait, des fruits, des légumes, de la viande, des oeufs. La raison est à chercher dans le bouleversement des circuits de distribution, qui a suivi les révolutions arabes, explique Maaouia Bennaser, doctorant au Centre d'économie de l'université de la Sorbonne à Paris.

L'acheminement des marchandises a été perturbé entre le nord et le sud de la Tunisie. Surtout, les troubles politiques ont rendu ses frontières très poreuses, et une grande partie des produits tunisiens s'est mise à quitter la Tunisie en contrebande. Direction l'Algérie et surtout la Libye. D'où la pénurie, en Tunisie, de produits habituellement disponibles, et une inflation alimentaire dangereuse pour la stabilité sociale et politique.

Les nouvelles autorités tunisiennes ont accentué les contrôles aux frontières mais pour tenter de faire baisser les prix elles ont surtout recouru massivement aux importations : du lait de Turquie et de Slovénie, conditionné en briques ; de la viande ovine et particulièrement des têtes de mouton, de Roumanie ; mais aussi des fruits et des légumes, dont la pomme de terre, qui manque cruellement, et qui est aussi importée en partie de Turquie.

Pour l'instant on ne peut pas dire que ces importations aient réellement calmé l'inflation. Elle est - et ce sont les chiffres officiels - de 8,5 % pour les produits alimentaires, de 11 % pour les fruits et légumes, de 14 % pour la viande, sachant qu'il reste encore un mois et demi avant le Ramadan, où les prix risquent de grimper davantage.

Les importations ont aussi des effets pervers sur la production agricole tunisienne : les stocks de lait étranger, bientôt périmés, sont écoulés prioritairement dans les cantines scolaires en Tunisie, aux dépens de la production laitière locale. Les éleveurs tunisiens manifestaient leur mécontentement, il y a quelques jours.

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