Les mots de l'actualité

ESPION - 01/07/2013

Audio 03:17

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L’espionnage est à la Une. En effet, on s’inquiète beaucoup du fait que le gouvernement américain pourrait prêter une oreille un petit peu trop attentive et un petit peu trop indiscrète à ce qu’il se passe ne Europe, et notamment au sein de l’Union européenne ou même au sein de États européens. Donc on parle d’espionnage ou d’espion. Une bonne occasion de mettre un coup de phare sur ce mot espion.

Ce mot espion est bien ancien. On le trouve en français depuis le Moyen Âge, avec des sens particuliers aujourd’hui oubliés : un espion a désigné un type spécial de miroir. C’est ce l’on appelle aujourd’hui un miroir sans tain, ou un glace sans tain qui permet de voir sans être vu. L’espion, ça a aussi été un délateur, un dénonciateur, ce qu’on peut appeler parfois un donneur ou un indicateur, celui qui gravite dans le monde des bandits, mais qui vend des informations à la police. De fait, on n’est pas très loin des sens ordinaires du mot espion qui porte une idée tout à fait négative parce que l’espion incarne un comportement assez méprisable. C'est-à-dire qu’il feint, il fait semblant d’appartenir à une certaine communauté – parfois il lui appartient vraiment – et en fait, il travaille pour une autre communauté ennemie à qui il transmet des informations, des renseignements stratégiques, politiques, économiques etc.

Alors avoir peur de l’espion, c’est avoir peur de celui qu’on ne remarque pas, qu’on a du mal à démasquer, qui par définition nous ressemble et se veut transparent, comme une couleur muraille. Et la méfiance excessive peut susciter des comportements de folie qui s’apparentent à la paranoïa. C’est ainsi que s’est crée le mot espionite. Étrangement, il est né vers les années 20, juste après la Première Guerre mondiale, les périodes où l’espionnage était le plus à craindre venaient de se terminer. Mais la peur de se faire surprendre était encore là, et on se souvient de ces slogans terribles par lesquels on invitait la population à se méfier de tous les inconnus, à surveiller ses comportements. « Méfiez-vous, les murs ont des oreilles ! » écrivait-on.

L’espion qui tient du traitre à tout du personnage odieux, et on s’aperçoit que cette figure peut devenir positive et même faire rêver. On est pourtant en pleine guerre froide, dans les années 50, 60, même jusqu’aux années 80. Et voilà que son image se retourne pour devenir totalement romanesque : c’est 0SS117, c’est James Bond le séducteur cynique qui vit dans le danger, c’est la nouvelle figure qui plaît et qui séduit probablement parce qu’elle se met dans la gueule du loup. Alors attention, souvenons-nous que ce succès s’inscrit dans une situation bien particulière et que les romans représentent le monde comme coupé en deux parties : le bon Ouest et le vilain Est. Mais quoi qu’il en soit, cette image de l’espion est restée présente pendant longtemps.

Avertissement !
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Le Mot de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Coproduction du Centre national de Documentation Pédagogique.
http://www.cndp.fr/

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