Revue de presse française

A la Une : Big Brother vous surveille…

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En effet, constate Le Figaro, « avec près de trente ans de retard sur les prédictions de George Orwell, nous sommes entrés dans l’ère de Big Brother, le personnage de fiction de son roman d’anticipation, 1984. Depuis que notre existence se mesure aux traces qu’elle laisse dans le monde virtuel, nous en avons perdu le contrôle. Au profit de qui ?
D’abord des grandes compagnies,
répond Le Figaro, - presque toutes américaines - qui organisent le flux des données sur Internet et s’en servent pour alimenter leurs comptes d’exploitation. Quand il ne s’agit plus seulement de nous, simples mortels, et d’intérêts purement commerciaux, mais d’États souverains et d’enjeux stratégiques, c’est une Amérique devenue orwellienne, s’exclamele journal, qui scrute les moindres échanges pour étancher une soif inépuisable de renseignements. Voilà ce qu’il ressort des révélations faites par Edward Snowden sur les moyens et les méthodes de la NSA, l’agence américaine de surveillance. »

« Tous dans le viseur de l’Oncle Sam », renchérit L’Humanité en Une, avec comme illustration un œil robotisé. Là encore, le quotidien communiste fait référence au Big Brother d’Orwell, dont l’œil s’insinue dans chaque foyer… « Rien ne semble pouvoir échapper aux grandes oreilles transatlantiques, déplore le journal. Nous sommes tous les cibles, en effet, car la collecte d’informations réalisée par la NSA, l’agence américaine de renseignements, a frappé des millions de citoyens européens. »

« La sphère privée n’existe plus, soupire Libération. C’est la première conséquence de la gigantesque pulsion de surveillance planétaire qui anime les Etats-Unis, dont Edward Snowden décrit depuis quelques semaines l’organisation méticuleuse et réticulaire. Rien de ce qui est montré, dit ou écrit sur Internet n’échappe à ce Panopticon électronique qui scanne, copie et stocke tous les échanges. » Panopticon, un terme aux racines grecques qui signifie en gros : tout observer sans être vu…

Libération poursuit : « quant à l’espionnage d’ambassades de pays européens alliés et des locaux de l’UE, il symbolise de manière caricaturale la faiblesse du Vieux Continent. Déjà incapable de collecter l’impôt des géants du Web américains qui commercent sur son sol et ouvrent grands leurs serveurs aux agences de renseignements de leur pays, comment même songer qu’il puisse créer, appliquer et défendre un Habeas corpus numérique ? »

En tout cas, s’exclame Le Monde, les Etats-Unis doivent s’expliquer : « empêtrée depuis un mois dans des révélations en cascade sur l’étendue de ses programmes de surveillance électronique, l’administration Obama doit, une fois pour toutes, dire la vérité non seulement à ses concitoyens, mais aussi à ses alliés. Les Européens sont plus attachés à la protection des données privées que les Américains. Ils sont d’autant plus sensibles à cette agression commise par des services de renseignement d’un pays censé les protéger. »

Hypocrisie ?

Justement, François Hollande s’est emporté hier contre les Etats-Unis, en menaçant de rompre les négociations commerciales transatlantiques qui doivent s’ouvrir la semaine prochaine. « Espionnage américain : la colère de Hollande », relève en effet Le Figaro. Les moulinets du président français auront-ils un impact ? Au mieux, les Etats-Unis présenteront des excuses, relève Libération. En fait, poursuit le journal, il est « impossible, aujourd’hui, de savoir si cette guerre d’espions peut déboucher ou non sur une bataille commerciale entre les deux principales économies du monde. Une chose en revanche apparaît comme acquise », affirme Libération, qui cite un journaliste américain spécialisé dans le renseignement : « cette affaire ne conduira à aucun changement dans le fonctionnement de la NSA. L’agence est de mieux en mieux dotée et de plus en plus puissante. »

Bref, Big Brother a encore de beaux jours devant lui… D’autant que finalement, on nage en pleine hypocrisie. Car, comme l’explique, toujours dans Libération, François Géré, de l’Institut d’analyse stratégique : « en France, nous faisons la même chose que les Américains, et avec des techniques similaires. Toutefois, par manque de moyens, précise-t-il, nous réduisons le périmètre aussi bien géographique (essentiellement en Europe et en Afrique) que sémantique (le nombre de mots clés). » Et François Géré de conclure : « à l’ère de l’information tous azimuts, les règles d’espionnage traditionnelles entre Etats, mais aussi de l’Etat vis-à-vis du citoyen, ont été totalement bouleversées. Il devient urgent de faire un grand ménage. »

Egypte : l’armée dit stop !

Autre grand sujet de commentaire ce matin dans les journaux : l’Egypte… « L’Egypte au bord du chaos », constate La Dépêche. « Les frères débordés », s’exclame Ouest France. « En l’absence d’une transformation démocratique aboutie, le chaos menace. Mohamed Morsi - et avec lui les Frères musulmans - a raté le coche sur le front institutionnel, précise le quotidien du grand ouest. (…) Forte des incohérences du pouvoir. Forte du retour des militaires qui sont sortis, hier, de leur retenue et indiqué on ne peut plus clairement qu’ils étaient prêts à reprendre la main. Le destin de la révolution égyptienne est de nouveau en jeu. »

En effet, complètent Les Dernières Nouvelles d’Alsace, « la révolution égyptienne n’a pas pris fin place Tahrir il y a deux ans. Elle est toujours en marche, elle évolue, se transforme et transforme l’idée même que le peuple se fait de sa propre place au sein de la société. (…) Il s’agit du même mouvement qui se régénère et se nourrit de la frustration et du désespoir. Il y a deux ans, les Égyptiens ont entrevu la flamme de la liberté, ils ne laisseront plus personne la souffler. »

Alors que peut-il se passer ? Tous les regards sont désormais tournés donc vers l’armée…

«En clair, estime La Charente Libre, et comme elle l’a fait avec Hosni Moubarak, l’armée indique la sortie à Mohamed Morsi, prête à assurer une nouvelle transition démocratique, sinon à reprendre en main, ferme, un pouvoir à vau-l’eau. »

« La menace d’une guerre civile, qui mettrait face à face l’opposition aux partisans du président Morsi, a poussé l’armée égyptienne à intervenir dans la crise politique qui menace le pays, constate L’Alsace. Le chef de l’État n’a plus guère le choix : soit il obtempère aux ordres des militaires, soit il court le risque, d’ici demain, de plonger l’Égypte dans le chaos. »

Et finalement, estime Libération, « si l’on ne peut pas explicitement parler de menace de coup d’Etat, ça y ressemble fort. »

Choisir sa mort ?

« Avis défavorable au suicide assisté » : c’est la Une de La Croix. Le CCNE, le Comité consultatif national d’éthique s’est en effet prononcé hier en majorité contre l’assistance au suicide, pour les personnes en fin de vie. Un débat public sur le sujet sera organisé avant le dépôt d’un projet de loi, « sans doute avant la fin de l’année », a indiqué François Hollande.

Commentaire du quotidien catholique : « l’avis rendu par le CCNE est sage. Il propose de préciser des points de la loi Leonetti dont l’interprétation pouvait laisser à désirer. Mais ses principes demeurent. Non à l’acharnement thérapeutique, oui aux soins palliatifs, (…) oui à la sédation profonde pour permettre à des malades en stade terminal de quitter paisiblement la vie. Mais clairement, à la majorité de ses membres, le Comité dit non à l’euthanasie, non au suicide assisté. Malgré les accusations d’hypocrisie, relève encore La Croix, le Comité maintient la ferme distinction entre le 'laisser mourir' et le 'faire mourir' »

Vieillir ou conduire ?

Santé et vieillesse toujours, avec cette proposition de loi à la Une du Parisien : « une visite médicale pour conduire » En effet, « la récente proposition d’un sénateur centriste relance le débat : doit-on imposer une visite médicale aux conducteurs âgés ? Voire à tous ? (…) En matière de sécurité routière, les chiffres parlent, relève Le Parisien, et ils n’ont jamais dit que les seniors étaient les nouveaux Attila du bitume, loin de là! Reste que, dans un pays dont 17% de la population a plus de 65 ans, il serait irresponsable de ne pas ausculter vraiment notre politique de prévention. Une visite médicale régulière, un certificat d’aptitude à la conduite, pourquoi pas ? Mais à partir de quel âge ? Et selon quels critères ? », s’interroge Le Parisien. « Autant de questions délicates que nos élus   qui redoutent de braquer l’électorat des seniors   devront bien régler un jour. Dans le respect de tous. Et pour la liberté de chacun. »

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