Revue de presse Afrique

A la Une : Morsi « dégagé » !

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La nouvelle fait l’effet d’une bombe dans la presse du continent. Du Sénégal au Burkina, en passant par la Guinée, sans oublier l’Algérie et bien sûr la Tunisie, chacun y va de son commentaire…

« L’armée égyptienne écarte Morsi », constate La Tribune en Algérie. « Aéroports fermés, arrêt de la circulation des trains et déploiement des forces armées dans les rues du Caire, le scénario complet du coup d’État. »

« Il aura résisté jusqu’au dernier moment. Mais le président égyptien n’aura rien pu contre la volonté de ses compatriotes », relève pour sa part le site d’information Guinée Conakry Infos. « C’est l’acte II de la révolution égyptienne ! » Et le site guinéen de s’interroger sur les intentions des militaires : « contrairement à la première version de la transition avec le maréchal Tantaoui, cette fois-ci, l’armée ne prend pas la direction du pouvoir intérimaire. C’est là un motif de satisfaction non négligeable. (…) Le chef de l’armée s’est présenté en rassembleur en s’entourant notamment de Mohamed Al-Baradei, l’ancien patron de l’AIEA et représentant de l’opposition libérale, du patriache copte orthodoxe, Tawadros II et du grand imam Ahmed Al-Tayeb, d’Al-Azhar. »

Toutefois, relève Guinée Conakry Infos, « l’influence que l’armée risque fort d’avoir sur le processus de la transition n’est guère rassurante. D’autant que le général Al-Sissi s’est curieusement gardé de donner un quelconque indice pour ce qui est de la durée de cette phase intérimaire. »

Le précédent algérien…

Alors, « coup d’Etat militaire ou insurrection populaire ? Acte II de la révolution égyptienne ou confiscation d’un pouvoir pourtant légitime ? » Des questions posées par L’Observateur Paalga au Burkina, qui prévient : « attention au syndrome algérien ! (…) En effet, n’est-ce pas la confiscation de la victoire par les urnes du Front islamique du salut au début des années 90, rappelle-t-il, qui a précipité le pays d’Ahmed Ben Bella dans la vague de violence et de terrorisme qui a duré une décennie ? Gageons que les Frères musulmans, qui ont appelé à la résistance jusqu’au “martyr”, auront la sagesse d’épargner à leur pays le syndrome algérien. Pour cela, il appartiendra au pouvoir intérimaire de ne pas les pousser au désespoir. »

Les Frères musulmans qui finalement se sont tirés une balle dans le pied, relève notamment La Tribune au Sénégal : « l’enfant qu’avait engendré dans la douleur la révolution n’était pas normal. Il s’est vite doté d’une grosse tête et avait commencé à cogner partout. Les libertés bafouées, la Constitution foulée aux pieds, Morsi n’avait apparemment pas compris les raisons de son élection. La confrérie qu’il dirige ne l’a pas non plus aidé à prendre les mesures qui s’imposaient. Les Frères musulmans n’ont pas été à la hauteur. »

Le Pays, au Burkina, renchérit : « Morsi a refusé la nouvelle Egypte qui est en train de naître. Alors, elle se bâtira sans lui, surtout qu’il a tout fait pour confondre en une même réalité la foi et la raison, l’Etat moderne et la mosquée, comme si la société égyptienne devait rester une arène où l’islam doit lutter sans cesse contre mille ennemis invisibles. Oui, le grand romancier Naguib Mahfouz avait vu juste : l’Egypte est une nation trop tolérante pour succomber à une quelconque ferveur théocratique. »

La « faillite » de l’islam politique

En Tunisie, les sites d’informations, très réactifs aux événements en Egypte, exultent et s’en prennent également aux Frères musulmans. « Les Egyptiens sont massivement descendus dans la rue pour hurler leur haine et leur ras le bol des Frères musulmans, estimeTunisie Numérique. Près de 20 millions de citoyens ont crié leur refus de cette direction qui les a précipités en un temps record dans des abîmes de misère, d’exactions et de mesures partisanes, eux qui ne tiennent compte de rien en dehors de l’intérêt personnel des dirigeants du parti au pouvoir. (…) Il aura fallu que l’armée intervienne, s’exclame Tunisie Numérique, en renfort à une opposition qui aura tout de même eu le mérite d’être une vraie opposition, efficace et digne, pour qu’ils se décident à filer, la queue entre les pattes. Car sans la force de l’armée et celle de la police, jamais ils n’auraient quitté le “trône” et jamais, ils n’auraient instauré le moindre semblant de début de soupçon de démocratie. »

Enfin, pour Webdo, autre site d’information tunisien, « aujourd’hui, on assiste à un moment extrêmement important dans l’histoire des pays arabes. L’échec de l’islam politique voulu par les Frères musulmans est clair dans la mesure où ils se sont rangés à l’islam wahhabite. Leur soutien au terrorisme en Syrie, mais aussi ailleurs, les violences perpétrées par les milices à leur solde en Tunisie, les fameuses Ligues de la révolution, sont des preuves de leur faillite ! L’Egypte est sur le point de sortir du long tunnel, conclut Webdo, où les Frères ont essayé de l’entraîner, le printemps arabe est peut être (re)parti du Caire après avoir été allumé à Tunis… »

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