Revue de presse Afrique

A la Une : les violences intercommunautaires en Guinée

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Plus de deux jours d’affrontements et des dizaines de victimes en Guinée forestière, région située au sud du pays, près des frontières avec le Liberia, la Sierra Leone et la Côte d’Ivoire. Désormais, le calme semble revenu dans la capitale de la région, Nzérékoré, note le site d’information guinéen Guinée Direct. La ville, « qui doit abriter le 55e anniversaire de l’indépendance de la Guinée, le 2 octobre prochain, a été le théâtre de violences intercommunautaires entre Guerzé et Konianké », rapporte le site. « Dans certains quartiers, poursuit-il, les affrontements ont été indescriptibles (…) menés, entre autres, par d’anciens combattants de l’Ulimo, la fraction rebelle qui avait ensanglanté la Sierra Leone et le Libéria, et qui sont tous des Konianké ».
Précisons que les Guerzé, des autochtones, sont essentiellement chrétiens ou animistes. Et les Konianké, essentiellement musulmans, sont des allogènes, venus d'autres régions que la Guinée forestière.

« La Forêt s’embrase ! », s’exclame pour sa part Aminata, autre site guinéen. « Depuis 72 heures, c’est presque toute la région de la Guinée forestière qui est à feu et à sang : assassinats, vendetta, lynchages, incendies volontaires, immolation par le feu, destructions massives, expéditions punitives, etc. Les affrontements qui opposent à Nzérékoré depuis dimanche soir les communautés Guerzé et Konianké ont viré au chaos généralisé ».

Alpha Condé ailleurs…

En fait, précise Aminata, c’est « la mort d’un présumé voleur de l’ethnie Konianké, tué par un gardien de station-service Guerzé, qui a mis le feu aux poudres. Les autorités locales se sont retrouvées très rapidement dépassées par les évènements. Ni l’appel au calme présidentiel, ni l’intervention du patriarche Azaly, ni le couvre-feu instauré n’ont ramené la paix dans les cités de Nzérékoré et de Koulé. Pire, le conflit s’enlise et s’étend, affirme Aminata. La ville de Beyla, située à une centaine de kilomètres plus au Nord à la frontière avec la Côte d’Ivoire est affectée. On signale également des remous à Yomou ».
Et pendant ce temps, déplore encore Aminata, « le président Alpha Condé est à Abuja au Nigeria pour le 43e sommet de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest. (…) C’est devenu presque une tradition pour Alpha Condé ; à chaque fois que le pays brûle il est ailleurs ».

Rancœurs

« Ce n’est pas la première fois que Guerzé et Konianké se livrent bataille », relève L’Observateur Paalga au Burkina. « En 1991 déjà, au temps fort du règne du général Lansana Conté, les mêmes communautés s’étaient étripées au coutelas. Mais avec les interventions et autres médiations, tout le monde pensait qu’elles fumeraient désormais le calumet de la paix. Hélas, c’était sans compter avec certaines rancœurs recuites. Et ce n’est pas chose aisée pour Alpha Condé, estime le quotidien burkinabé. En effet, précise-t-il, après deux ans de bataille sur le front politique qui a fini par essouffler le pays, le président guinéen, en signant un accord avec son opposition le 3 juillet dernier pour aller à des élections libres et transparentes avant la fin de l’année, pouvait légitimement émettre un ouf de soulagement. (…) Mais, s’interroge L’Observateur, peut-on véritablement parler d’élections libres et transparentes lorsque le couperet de la guerre civile plane sur les têtes ? Assurément non, car de par sa nature et son étendue, si ce conflit communautaire n’est pas circonscrit à temps, il peut se révéler désastreux pour la paix sociale, voire pour la Guinée en tant qu’Etat ».

Vide politique et sociétal

Le Pays, pour sa part, toujours au Burkina, s’en prend à la classe politique guinéenne dans son ensemble : « les leaders politiques, toutes tendances confondues, doivent se faire porteurs de projets politiques qui transcendent véritablement le phénomène des clivages ethniques. La construction de l’Etat-nation semble sérieusement en panne. Les élites parviennent difficilement à se défaire du nœud gordien de l’ethnicisme. (…) Face au vide de projets de société novateurs et viables, les replis identitaires tendent, de plus en plus, à prendre le dessus sur toute autre considération », déplore encore le quotidien burkinabé.
Et Le Pays de conclure : « pour l’heure, tous autant qu’ils sont, les hommes politiques sont coupables des travers qui handicapent la marche du processus démocratique en Guinée. Ce pays a bien trop souffert pour que les Africains n’en ressentent pas les effets ».

 

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